La mission locale entre inquiétude et changement

La Mission locale fait face en 2019 à une modification de ses modes de financements. Parallèlement, elle redéploie une offre de formation plus adaptée, et s’apprête à emménager dans de nouveaux locaux.

Au vu des statistiques, tout indique que la mission locale de Vénissieux travaille dans la continuité. Sa fréquentation en 2018 aura été sensiblement identique à celle de 2017 avec 2 700 inscrits. Un sur deux était une femme, 53 % résidaient dans des quartiers Politique de la ville (QPV) et 57 % n’avaient aucun diplôme. Les indices de précarité varient peu également : 77 % des nouveaux inscrits (784) sont sans ressource, 75 % ne possèdent pas le permis de conduire, et 27 % vivent en hébergement précaire. Tout comme les résultats : 600 jeunes ont été mis en situation d’emploi.

Mais derrière les apparences, 2019 s’annonce comme une année charnière. D’abord parce que la structure d’insertion devra faire face à une modification de ses modes de financement. « La Région et l’État, tout en reconnaissant le travail des missions locales, et malgré une volonté déclarée de faire de la jeunesse une priorité, ont réduit nos financements socles de 5 %, a regretté le président de la Mission locale vénissiane, Saïd Alleg, lors de l’assemblée générale du 13 juin dernier. Il nous faut désormais intégrer dans notre gestion quotidienne des financements liés aux indicateurs de résultats, des notions de performance, et des réponses à des appels à projets pour assurer nos missions de base. » L’élu s’inquiète de ce changement de règles, qui risque de nuire aux publics les plus fragiles. « C’est notre stabilité financière mais aussi humaine qui est fragilisée. Notre organisation et nos stratégies aussi. »

Course à la subvention
Présentes sur l’ensemble du territoire national, les 450 missions locales ont pour objectif d’accompagner les jeunes de 16 à 25 ans dans leurs parcours d’insertion professionnelle et sociale. Elles ont pour vocation d’être « un lieu d’écoute, de dialogue et de travail ». Mais si leur financement doit reposer sur des critères de performance, ne seront-elles pas tentées de favoriser des jeunes dont la réussite semble acquise, au détriment des plus fragiles ? Et comment quantifier ces fameuses performances ? « Toutes les missions locales ne sont pas comparables, avertit le directeur de la structure vénissiane, Martial Guiguet. Certaines se trouvent dans des bassins économiques plus ou moins privilégiés. Elles n’ont pas toutes la même taille. Leurs publics ne rencontrent pas les mêmes difficultés. » Et de pointer les risques d’une concurrence pour les subventions : « Nous n’avons pas à rentrer dans une logique financière ».

Accès à la formation
Se pose par ailleurs le problème de la formation. Après le désengagement de la Région constaté en 2017 — en 2016, 63 jeunes avaient accédé à une formation qualifiante contre 130 en 2014 — l’offre de formation à la disposition des missions locales est désormais gérée par Pôle emploi. « Elle devra à nouveau permettre d’amorcer des parcours de remise à niveau, éventuellement en amont de la qualification« , assure Martial Guiguet. Qui précise qu’en 2018, seulement 217 jeunes ont suivi un parcours de formation, contre 303 en 2017, 403 en 2016 et 484 en 2018. Soit une baisse de 55 % en quatre ans.

Déménagement en novembre
L’avenir n’est pas pour autant sombre sur tous les tableaux. À la mi-novembre, la mission locale emménagera dans de nouveaux locaux situés dans la Maison des services publics de Vénissy, propriété de la Ville. Ils seront un peu moins grands mais bien plus fonctionnels. « Nous disposerons d’une véritable salle informatique. L’ensemble sera plus moderne, plus adapté à l’accueil des jeunes et donnera plus d’importance au centre de ressources interne. En un mot tout sera optimisé, grâce à une étude de plusieurs mois menée avec les services de la Ville, détaille Martial Guiguet. La proximité des services de la mairie et des travailleurs sociaux de la Métropole nous permettra aussi d’être plus efficaces. »

Chômage : les jeunes toujours à la peine

À Vénissieux au 1er trimestre 2019, le nombre de chômeurs en catégorie A (sans emploi) a progressé de 0,6 % pour atteindre 5 715 personnes. Ce sont les jeunes (+2 %), les chômeurs de longue durée (+2 %) et les seniors (+4 %) qui paient le plus lourd tribut. Au 31 mars, 8 705 personnes étaient donc inscrites en catégories A, B et C confondues. La directrice de Pôle emploi Vénissieux, Corinne Nicolas, considère que la crise des Gilets jaunes pourrait avoir contribué à cette situation : « Notre public est principalement situé dans les premiers niveaux de qualification, qui sont les plus fragiles. Or nous savons que des contrats précaires n’ont pas été renouvelés, notamment dans la logistique ou dans la vente, et que des licenciements économiques ont eu lieu car certains chefs d’entreprise ont perdu des marchés ».
Et pour la suite ? « Nous avons actuellement des offres d’emploi, avec une activité soutenue au niveau de l’industrie et des services à la personne, répond Corinne Nicolas. Mais la grande distribution et la restauration restent en retrait, sachant qu’elles proposent souvent des contrats courts, qui servent de marchepied à la population de Vénissieux. » Pour la reprise, il faudra donc s’armer de patience.

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