Le regard goguenard de Damir Radovic

Ces banderoles, qui s’affichent à nouveau sur les murs de l’usine Veninov, signifient-elles un regain d’activité ? Elles signalent tout simplement, comme celles déposées en face sur la façade de la Maison du peuple, l’exposition Entrefaites de Damir Radovic qui se tient jusqu’au 27 janvier à l’espace d’arts plastiques Madeleine-Lambert. Sur toutes ces banderoles, les slogans commencent par No more, qui peut se traduire par « Fini ».

« J’ai commencé la série de banderoles en 2007, explique l’artiste originaire de Sarajevo et installé en France depuis la fin des années 90, alors que j’étais en résidence à Hiroshima avec l’école des Beaux-Arts de Lyon. J’ai regardé le film de Resnais, Hiroshima, mon amour, où il y avait cette scène de manifestation contre la guerre, avec des banderoles qui disaient « No More Hiroshima ». La phrase m’a plu parce qu’elle était ambiguë. Il y avait eu d’autres guerres depuis, elle n’était pas tout à fait juste. »

Cette recherche d’ambiguïté dans le travail de Damir Radovic se traduit par une ironie certaine, un recul parfois cynique qui le rapproche des Surréalistes et des Situationnistes. « Les banderoles sont comme un manifeste moderne qui rappellent, alors qu’on est dans l’ère numérique, un temps en train de finir et qu’il ne faut pas oublier. »

Un temps en train de finir et qu’il ne faut pas oublier

Et s’il fallait définir la création de l’artiste par un slogan, ce serait sans doute « No More Serious », « Moins De Sérieux ». Tout le travail de Damir montré à Vénissieux est ainsi placé sous un regard semble-t-il goguenard. Telle cette autre série du Rêve paradoxal, démarrée elle aussi en 2007, et dont Damir présente une gigantesque photo placardée en fond de salle et s’offrant en perspective. « Je me suis intéressé au REM (Rapid Eye Movement), ce moment très court où l’on ne sait pas si l’on est dans le rêve ou la réalité. Je me suis installé dans des lieux publics de grandes villes et me suis couché avec un petit bonnet, dans des draps, pour voir les réactions. »

L’image montrée en grand provient de La Havane, où Damir s’est couché, à côté du Malecon, cette belle façade maritime de la capitale cubaine. « Prise en 2017, la même année que l’expo, elle en est le leitmotiv, la locomotive qui tire tout le reste. Je cherchais une perspective précise. Ici, on voit des bâtiments récents qui montrent de Cuba un côté moderne que l’on n’a pas l’habitude de voir. D’habitude, on représente plutôt les maisons un peu vétustes de La Havane. Cette image représente une expérience, comme si l’on était dedans. Elle est en perspective avec les deux néons placés au plafond, « Fall Seven Times Get Up Right » et « Ton combat est fini ». La première vient de « Tomber sept fois, se relever huit », un proverbe japonais dont Philippe Labro s’est servi pour le titre d’un de ses livres. »

Damir s’est également intéressé à l’histoire de la ville pour une série de grands panneaux à la fois peints et utilisant des collages, des bouts de phrases. « J’ai retrouvé par exemple des photos publicitaires des années 70, quand le magasin Carrefour s’est ouvert, avec cette famille qui va faire ses courses. On voit aussi les tours détruites de Démocratie. »

L’installation qui fait face à ces panneaux montrent six étoiles filantes à terre. « L’étoile est le symbole de l’Histoire. Je suis d’un pays, la Yougoslavie, qui avait une étoile sur son drapeau. Le pays n’existe plus. L’étoile est tombée à pic, raide ! »

« Entrefaites » est présentée dans le cadre d’un focus de la Biennale d’art contemporain de Lyon.

« Entrefaites » de Damir Radovic : jusqu’au 27 janvier 2018 à l’espace d’arts plastiques Madeleine-Lambert (Maison du peuple). Ouvert du mercredi au samedi de 14h30 à 18 heures.
Vernissage le 1er décembre à 18h30.

Renseignements : 04 72 50 89 10 – 04 72 21 44 44.

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