Résidence Édouard-Herriot : locataires inquiets, élus et bailleur rassurants

Une quarantaine de locataires de la résidence Édouard-Herriot craignent que leur immeuble ne soit rasé dans les années à venir, pour désenclaver le plateau des Minguettes. Une opération qui n’est pas à l’ordre du jour, rassurent les élus vénissians qui les recevront le 7 juillet.

À tort ou à raison, les locataires de six allées de la résidence Édouard-Herriot sont inquiets. Cette longue barre de 4 étages fait face au marché des Minguettes d’un côté, et surplombe un vaste espace vert (où se trouvaient des tours avant leur démolition), de l’autre. Ils ont peur que leur immeuble ne soit démoli et d’être obligés de déménager.

Un projet de 2015…
« Infondée », selon la mairie et leur bailleur (Alliade), leur crainte s’appuie sur deux éléments. D’abord, l’annonce récente d’une réhabilitation d’ampleur en 2018, qui concernerait les autres bâtiments de leur résidence, mais pas le leur. Ensuite, le plan d’urbanisme des aménagements du Grand projet de ville (GPV), présenté publiquement en 2015 mais qu’ils semblent découvrir aujourd’hui. Sur ce plan d’architecte, leur barre est remplacée par deux petits immeubles (en accession à la propriété) traversés par une nouvelle rue.

…qui devient une rumeur
« Ça fait longtemps que des rumeurs courraient sur la démolition, mais personne n’y croyait vraiment, raconte Hocine Brighet, locataire au 9. Début avril, une réunion a présenté la réhabilitation de la résidence, sans préciser si notre barre était concernée. Un mois plus tard, on a appris qu’elle concernerait 200 logements, dans cinq bâtiments de la résidence, alors qu’elle compte 260 logements et six bâtiments au total… On a vite fait le calcul, l’immeuble et les 60 logements manquants, ce sont nos 6 allées, c’est chez nous ! »
Pour en avoir le cœur net, M. Brighet contacte Pierre-Alain Millet, adjoint au maire notamment en charge du logement. Selon lui, l’élu se serait montré rassurant. « Il m’a dit que c’était un projet non acté ».

Le ton monte
Les 60 locataires des allées 1, 3, 5, 7, 9 et 11 sont invités à la Maison du Projet pour une réunion d’information, le 29 mai. Une dizaine fait le déplacement mais le rendez-vous se passe mal. « Beaucoup de gens n’ont pas l’habitude de ce genre de réunion et le sujet est sensible, raconte M. Brighet. Le ton est vite monté, c’est devenu impossible de dialoguer. J’y suis retourné seul et le directeur m’a montré les plans du projet de rénovation urbaine du quartier. En effet, notre immeuble serait remplacé par deux nouveaux bâtiments de même hauteur, traversés par une rue qui rejoint l’avenue d’Oschatz en face du lycée Jacques-Brel. Même si ce n’est qu’un projet, ça fiche un coup ! »

Une pétition de 40 locataires
Marie-Claude Parisse habite au 4e étage, allée 5. C’est elle qui a rédigé et fait signer une pétition qui a recueillie une quarantaine de signatures, remise à la mairie accompagnée d’une lettre au ton plutôt sec. « Nous avons appris avec regret que vous autorisiez la démolition de nos logements, avance le courrier. L’explication nous paraît, irraisonnée, voire suspecte ». À 73 ans, fluette et posée, Mme Parisse n’a pourtant rien d’une virago. « Je suis bien, ici, je ne veux pas partir, explique-t-elle. J’ai le chauffage collectif, un garage, des toilettes séparées de la salle de bain, une grande cuisine, un grand balcon et même une belle vue ! Avec mes 900 euros de retraite, je ne trouverai jamais aussi bien ailleurs. Nous voulons que notre immeuble soit réintégré dans la rénovation de l’ensemble de la résidence ».
Pour « bien faire comprendre leur inquiétude et leur détermination », une dizaine de locataires ont même organisé une « mini-manif » lors du conseil municipal du 26 juin, avec pancartes et enfants. Une action de cinq minutes abondamment relayée par les opposants politiques à la municipalité.

Désenclaver, oui, mais pas ici
Loin de cette agitation, Hocine Brighet apprécie le calme de la résidence, malgré l’envahissement des voitures les jours de marché. « La rénovation urbaine, je suis pour, je vois bien tout ce qui a changé en positif à Vénissieux, le tram, les commerces à Vénissy, les nouveaux immeubles… Par exemple, je suis complètement d’accord avec l’idée de relier le plateau au reste de la ville, de désenclaver les Minguettes. Mais est-ce que la priorité c’est de supprimer un petit immeuble de 4 étages avec des allées tranquilles et propres, que les gens sont heureux d’habiter, alors qu’il reste des tours de 16 étages avec plein de problèmes ? »

Pas à l’ordre du jour
« La démolition de cet immeuble n’est tellement pas une priorité qu’elle n’est pas prévue, tranche Idir Boumertit, adjoint au maire en charge du Grand projet de ville. Ce n’est pas parce qu’un architecte conçoit un projet d’ensemble jusqu’en 2030 que tout se fera. C’est une projection, une hypothèse qui n’a pas été validée », insiste l’élu. Même son de cloche du côté du bailleur social de la résidence, Alliade Habitat : « La démolition de cette barre n’est pas à l’ordre du jour, elle reste dans notre patrimoine, assure Estelle Masson, responsable communication et marketing. Si c’était le cas, les habitants en auraient été informés et placés au centre du projet, notamment avec une enquête pour cerner leurs besoins de relogement. »

Rendez-vous le 7 juillet
« Je comprends que la rénovation urbaine puisse parfois créer des inquiétudes, mais elle ne sera jamais imposée, insiste M. Boumertit. La consultation est toujours en cours, on peut donner son avis à la Maison du Projet, à la Métropole, au service urbanisme de la Ville, dans les conseils de quartier… Les habitants de cette résidence seront reçus le 7 juillet à l’hôtel de Ville par Pierre-Alain Millet et moi-même. Leur inquiétude et leurs arguments seront pris en compte. Ils seront associés à l’avenir de leur quartier et la concertation peut aussi bien décider d’aller vers une réhabilitation. »

Une autre réunion est d’ores et déjà prévue pour cet automne, avec des représentants de la Métropole, qui est compétente en la matière.

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