À en perdre la boule… lyonnaise

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Le boulodrome Legodec sonne de nouveau creux. Depuis trois ans, des initiatives ont pourtant été prises pour donner un nouvel élan à cet équipement de haute qualité, qui ne fait vraiment pas ses 21 ans. Comment attirer de nouveaux adeptes de « la lyonnaise » ? Sous-utilisé, « Le Legodec » est comme neuf et n’attend que de nouveaux locataires. Les rares challenges et coupes, couplés au Gentleman bouliste de décembre, événement de pure convivialité relancé par la municipalité, ne suffisent pas à masquer la désaffection de cette installation sportive de 1 100 m2 qui avait coûté quelque 5,2 millions de francs en 1995.

« Nous sommes une quarantaine de sociétaires à avoir pris une adhésion annuelle, tous issus du Secteur, regroupement d’associations de Feyzin, Saint-Fons et Vénissieux, explique Maurice Fillon, trésorier de l’association sportive bouliste de Vénissieux (ASBV). On peut y ajouter une quinzaine de licenciés en loisirs, qui utilisent les pistes du boulodrome au gré de leurs envies et des disponibilités de l’enceinte. Pour cela, il leur suffit de prendre une licence, 15 euros l’année. »

Des chiffres modestes, pour ne pas dire insuffisants au regard des capacités d’accueil du boulodrome. C’est du côté des jeunes et des féminines qu’il faut chercher une explication à cette désaffection. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de les attirer. Il y a deux ans, Aurélio Gomez, ancien organisateur de boxe vénissian, avait tenté de relancer le centre de formation. « Notre objectif est de nous appuyer sur les jeunes et les femmes, confiait-il à l’époque. On est en contacts avancés avec des enseignants du collège Honoré-de-Balzac pour intéresser le milieu scolaire. On veut mettre en place un club sportif féminin, et également une section loisirs. »

Une journée particulière avait même été organisée en novembre 2015 au boulodrome avec présentation de l’équipe de dirigeants et démonstration de l’équipe de France féminine de boules lyonnaises. Aurélio était passé de la boxe à la boule lyonnaise grâce à sa fille Jennifer, championne de France avec son équipe de Rives-de-Saône. On attendait non sans une certaine curiosité les suites de cette louable initiative. On attend toujours. Les passerelles inachevées entre le monde bouliste et l’Éducation nationale et le faible engouement suscité par une discipline qui n’a rien à voir avec la populaire pétanque, ont conduit à cet échec.

La pétanque à la rescousse ? 

Qu’en pense l’équipe de l’ASBV ? « On essaie de faire tourner le boulodrome, commente Maurice Fillon, un brin philosophe. On se sent moins seuls lors des grands rendez-vous comme le Challenge Pastor en novembre, la Coupe Rizzo et le Challenge Zini en janvier, le Challenge Debard en mars, ou encore la coupe de la Ville de Vénissieux. Mais en dehors de ces manifestations… »

Pour Gilles Roche, licencié aux Cheminots qui siègent rue Gabriel-Péri, « la boule lyonnaise n’est plus ce qu’elle était. J’ai été président de la Boule du Village en Bois autrefois. Quand on prenait part à un concours ou au challenge Dupic, on accueillait 128 doublettes, il y en avait du monde, et on n’avait pas encore ce magnifique boulodrome. Il y avait des dirigeants qui parvenaient à fédérer autour de la discipline, Albert Debard et Evariste Bagnon à Vénissieux, ou encore Saultier à Saint-Fons. On avait des boulistes de renom et de qualité qui étaient licenciés au Secteur et qui ont très vite évolué au plus haut niveau national. Mais d’autres clubs sportifs de la région, plus huppés, plus riches (la CRO, Saint-Vulbas, La Tour-de-Salvagny) les ont attirés moyennant compensation financière, aides diverses… Comment voulez-vous lutter ? »

Et si on autorisait les adeptes de la pétanque à utiliser le boulodrome, histoire qu’il sonne moins creux ? Quand on ose poser la question à Gilles Roche, celui-ci ne se défile pas. Au contraire : « Ce serait un sacré challenge de réunir ces deux mondes assez éloignés l’un de l’autre. Mais il faut balayer d’un revers de la main cette proposition, et ce pour des contraintes purement techniques. Si jouer à la pétanque peut se faire sur tous terrains, il n’en est rien de « la lyonnaise » qui a besoin d’un cadre en bois de 27,50 m sur 3 à 5 m que les boules ne doivent pas toucher. Accepter cette cohabitation reviendrait à détruire les pistes. Et poser un revêtement spécial au boulodrome, le temps des parties de pétanque, serait extrêmement contraignant. Cela me paraît difficile. Faire revenir les boulistes, notamment les jeunes et les joueuses, nécessite un travail de fond, des aides, de la réflexion. »

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