Amiante. Constituer son dossier, indispensable travail de fourmi

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Piles de dossiers. Ce jeudi-là, dans les salles mises à leur disposition par la 525e Mutuelle à Saint-Priest, Gérard Patrick et Guy Talès terminent la troisième des permanences désormais bi-hebdomadaires de l’APER. À chaque fois, une cinquantaine de salariés de Renault Trucks, R-VI ou Berliet, actifs ou retraités, viennent compléter ou remettre leur dossier en vue de faire reconnaître par les Prud’hommes de Lyon un “préjudice d’anxiété” causé par leur exposition à l’amiante. Un patient travail de fourmi. En trois jours, ils ont déjà constitué près de 250 dossiers. “Et ce n’est pas fini, estime Guy Talès. Environ 10 000 personnes ont travaillé sur le site entre 1964 et 1996, la période retenue pour le classement amiante. On est là au moins jusqu’en juin 2017 !”

Inquiétude. Serge Mouchet, 63 ans, est l’un des salariés reçus. Embauché en 1969, retraité en 2013, il résume sa carrière par “arrivé en Stradair Berliet, reparti en e-truck !” Pendant dix ans, il a découpé et posé des plaques d’amiante dans les cars et les bus, pour isoler le moteur des sièges des voyageurs. “Bien sûr, je suis inquiet. J’ai un ami qui travaillait dans une usine de bobinages à Villeurbanne, et dont le cancer de la plèvre s’est déclaré juste après son départ en retraite. J’ai été contacté par les copains du syndicat, qui m’ont dit de me rapprocher de la mutuelle.” La mutuelle, c’est la “525e mutuelle d’entreprise”, dont tous les adhérents travaillent ou ont travaillé sur le site. Engagée dès sa création dans l’amélioration de la santé au travail, elle avait organisé en octobre 2001 l’assemblée générale constitutive de l’APER, avec l’appui de la Fédération des Mutuelles de France et de syndicats de l’entreprise.

“À cette époque, nous nous étions aperçus que de plus en plus de nos adhérents étaient suivis pour des affections longue durée, des cancers du poumon, des mésothéliomes, raconte Dominique Chambas, responsable de l’agence de Saint-Priest de la 525e mutuelle d’entreprise. Les atteintes liées à l’exposition à l’amiante sont difficiles à quantifier car tous les maux vous tombent dessus et tous les postes de soins sont impactés : consultation, hospitalisation, pharmacie, soins de suite…” En juin, la mutuelle a contacté l’ensemble de ses adhérents, actifs et retraités, pour les informer du classement amiante de l’usine et de l’action de l’APER.

L’APER confiante. Guy Talès, l’un des bénévoles expérimentés qui tiennent la permanence, a été président du “Comité amiante prévenir et réparer” de Bourgogne où il a suivi le dossier Eternit. Il dit ne pas rencontrer de problème majeur pour constituer les dossiers, “si ce n’est qu’à la retraite, beaucoup de salariés jettent leurs feuilles de paie à la poubelle !” Une mauvaise idée, qui complique parfois la reconstitution de carrière, d’autant que le site de Vénissieux a souvent changé de main et de statut juridique… Gérard Patrick et lui sont certains que l’action de l’APER va porter ses fruits. “C’est toujours grâce au combat collectif des victimes que le droit a évolué, jamais grâce à une action individuelle !”


Le préjudice d’anxiété, qu’est-ce que c’est ?
En droit civil français, c’est un préjudice moral qui découle généralement “d’une situation d’inquiétude permanente face au risque de déclaration à tout moment d’une maladie” (définition de la Chambre sociale du 11 mai 2010). Dès que le classement amiante de Renault Trucks sera publié au JO, l’APER déposera une centaine de demandes devant le tribunal des Prud’hommes de Lyon.


 

© Archive photo Raphaël Bert – Expressions

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