Le Théâtre à l’italienne

Lalala Napoli
Lalala Napoli, un voyage vers un territoire ensoleillé où pauvreté et chansons rivalisent à l’aune de la joie de vivre.

Les spectateurs du Théâtre de Vénissieux vont-ils se comporter comme les tifosi de la Lazio ou de l’A.S. Roma et se mettre à hurler « La mia bandiera al vento » ou « Forza Roma » ? Rien n’est sûr, puisque Naples et Turin seront également à l’honneur. Pour son premier Mitoyens d’honneur, en 2014, le Théâtre de Vénissieux avait marqué les esprits en invitant plusieurs troupes belges. Cette fois, c’est l’Italie qui accède au titre de Mitoyenne d’honneur avec, dans les sacoches de sa vespa, un hommage au grand Pier Paolo Pasolini, quelques clowns piémontais et de la canzone napoletana à faire frémir feu Pino Daniele, disparu le 4 janvier dernier. Che figata ! Le pied, quoi !

« Benvenuta l’Italia » démarre donc ce jeudi 26 mars. À 20 heures, la soirée consacrée à Pasolini se placera sous le double signe du Printemps des poètes et des Mitoyens, en partenariat avec l’Espace Pandora et l’école de musique Jean-Wiéner. L’œuvre du cinéaste et poète, assassiné en novembre 1975 sur une plage d’Ostie, n’a jamais cessé d’être sur le devant de la scène. Pas plus les films que les prises de position politiques de ce communiste chrétien n’ont vieilli, lui qui n’a jamais eu peur de la provocation. L’Espace Pandora vient de publier aux éditions La passe du vent « Un printemps sans vie brûle », anthologie de textes réunis pour la célébration du quarantième anniversaire de la mort de PPP. Parmi les auteurs de ce recueil, plusieurs se retrouveront sur la scène du théâtre pour des lectures : Sylviane Crouzet, Jean-Gabriel Cosculluela, Giuseppe Lucatelli, Marc Porcu, Paola Pigani et Thierry Renard qui nous fera savourer la langue poétique de Pasolini à travers des extraits de « Qui je suis », poème autobiographique et manifeste politique. Dans une mise en scène de Florian Santos — à qui l’on doit un « Roméo et Juliette » et un « Jack l’éventreur » —, ils seront accompagnés de musiques italiennes interprétées par des enseignants de l’école de musique Jean-Wiéner. À partir de 21h30, place au cinéma de Pasolini avec « Mamma Roma », un film de 1962 dans lequel la Magnani, diva parmi les dive, est forcément sublime.

Vendredi 27 mars à 20h30, le théâtre accueille « Zerogrammi », un spectacle de clowns en provenance de Turin, pétillant comme un aperol spritz et aussi perché que le baron d’Italo Calvino. Forts d’un premier prix pour la chorégraphie à OrienteOccidente en 2008 et, l’année suivante, de celui de la meilleure création au festival Giocateatro, Stefano Mazzotta et Emanuele Sciannamea créent une ambiance tout aussi poétique que burlesque, « légère comme un amour à son commencement » ainsi que l’écrit un journaliste italien qui compare « Zerogrammi » au « vent doux d’une soirée de printemps ».

Musique et trattoria

Enfin, le 28 mars à 20h30, avec « Lalala Napoli », les arias napolitaines chanteront avec les mains. Vue de chez nous, la chanson italienne est comme un désert sans Tartares et c’est à peine si nous connaissons « O sole mio » ou « Ti amo ». Allez, ajoutons-y le « Svalutation » d’Adriano Celentano et « Tu vuo’ fa’ l’Américano » tant et tant repris — entre autres par Boris Vian sous le nom de Fredo Minablo et sa Pizza Musicale. Et puis basta ! Pas grand-chose d’autre à nous mettre dans l’oreille. Alors, François Castiello, l’accordéoniste de Bratsch, et les membres du groupe No Mad ? se paient le voyage vers un territoire ensoleillé où pauvreté et chansons rivalisent à l’aune de la joie de vivre.

Ne nous attendons pas pour autant à des sérénades figées dans le temps telles qu’on en entendait dans les films d’Eduardo De Filippo des années cinquante. Non, ceux-là ont une véritable pulsion rock avec des écarts buissonniers sur lesquels leurs instruments (accordéons, clarinettes, violons) sont capables de nous entraîner, qu’ils soient klezmer, manouches ou autres.
Mais parlons plus bas, car l’on pourrait bien nous entendre : « L’art, annonçait Cesare Pavese, est la preuve que la vie ne suffit pas. » C’est certain et, en Italie, tous s’accordent à dire que l’une et l’autre se nourrissent mutuellement. Après de telles pensées, il ne restera plus qu’à aller déguster un limoncello à la cafétéria du théâtre.

En effet, pendant tout le festival, le bar prendra des allures de trattoria, grâce au camion traiteur Mamma Gina. On pourra y déguster de la pasta bien sûr, des arancini siciliennes (boules de riz farcies de bœuf), du tiramisu et quelques autres surprises culinaires. Le tout accompagné par les musiciens de l’école de musique. Tous les soirs à partir de 19 heures. Pendant l’entracte, quand il y en aura un. Et le samedi, à partir de 18 heures, avec enchaînement de duos guitare/voix par les élèves et les professeurs de l’école de musique.

Tarifs spectacles : de 6 à 18 euros.
Les spectacles peuvent aussi faire partie d’un abonnement, avec trois spectacles pour 15 euros (réduit) ou 24 euros (tarif plein).
Les « propositions gourmandes » seront à choisir sur le site internet du théâtre : http://theatre-venissieux.fr/.
Réservation recommandée 48 heures à l’avance au 04 72 90 86 68.

Pour les plus jeunes
Prochaine création après ces journées italiennes, « Le miroir et le coquelicot » de Guy Prunier et la Cie Raymond et Merveilles sera joué au Théâtre de Vénissieux le 1er avril à 15 heures et, en séances scolaires, les 2 et 3 avril à 9h30 et 14h30.
Accompagné par la musicienne et chanteuse Marion Cordier, Guy Prunier ravira les tout-petits —dès 3 ans— avec cette histoire à tiroirs aux rebondissements multiples.

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