Disparition : Marcel Notargiacomo sur d’autres chemins de rêve

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Son long compagnonnage avec Vénissieux, commencé en 1969, a duré jusqu’après la retraite de la direction de Traction Avant Cie, en 2007. Marcello était revenu de temps en temps dans cette ville qu’il affectionnait, pour y recevoir les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2009 mais aussi, chaque fois qu’il le pouvait, pour suivre l’actualité de la compagnie qu’il avait portée sur les fonds baptismaux. Traction Avant doit célébrer d’ici la fin de l’année son trentième anniversaire et, sans Marcel, la fête n’en sera pas tout à fait une.

Ce fils d’immigrés italiens installés à Villeurbanne avait débuté sa vie professionnelle comme carreleur avant de rejoindre le conservatoire d’art dramatique de Lyon.
La suite, il nous l’avait racontée souvent : il était « entré en empathie » avec Vénissieux. Il travaille alors avec les comités d’entreprise, ensemence « les semailles urbaines » au centre culturel Boris-Vian, passe par la MJC et dirige le service communal de la jeunesse. Il s’intéresse aux jeunes qui, en bas de leurs tours, s’essaient à tourner sur la tête et à reproduire ces gestes de la break dance qui vient des États-Unis. Marcel les fédère, crée avec eux la compagnie Traction Avant, en 1984. Avec leur talent et ses bons conseils, Traction Avant se retrouve sur des scènes professionnelles et Marcel les accompagne jusqu’à New York. La plupart de ces premiers danseurs de hip-hop sont devenus des chorégraphes reconnus : Fred Bendongué, Zoro Henchiri, Samir Hachichi, Fatiha Bouinoual… Les spectacles se suivent et triomphent : « Kaskadance », « Au sud d’Altaïr », « Un break à Tokyo », « Désert » et bien d’autres encore.

Marcel Notargiacomo se lance ensuite dans le « Projet Oradour », qui s’achève en 1994 en présence du président François Mitterrand, à l’occasion du soixantième anniversaire du massacre perpétré par les nazis. Il demande à des artistes (le sculpteur Lovato, l’écrivain Jean-Pierre Spilmont) de travailler avec des enfants venant de Vénissieux et de Saint-Junien, une petite commune du Limousin proche d’Oradour-sur-Glane. Témoins de cette formidable mise en perspective (ville/campagne, passé/présent, parcours individuels des enfants, etc.), les compositions écrites et plastiques sont ensuite rassemblées dans un livre, « Je t’écris pour la vie », édité chez Paroles d’Aube. Et Marcel reçoit le titre de chevalier des Arts et des Lettres.

D’autres souvenirs reviennent, dans le désordre. Après le hip-hop, Traction Avant s’était également lancée dans le théâtre avec Mireille Antoine et Alain Colombani, lui aussi hélas disparu. Puis le chant, suite à la rencontre avec Jean Tricot, et la naissance de la Fanfare à mains nues. À Martigues, la compagnie est accueillie en résidence et se produit sur une scène nationale. Au Sénégal, des liens sont tissés avec une troupe de théâtre locale qui viendra travailler un temps à Vénissieux.

Que retenir de toutes ces années sinon l’enthousiasme de Marcel, « son sourire et un certain regard d’adolescent » ? C’est ce qu’écrivait en 1986 le rédacteur de « Vénissieux Infos » qui concluait : « Et l’enthousiasme est bien une vertu de la jeunesse ». Au fil du temps, Marcel était resté toujours aussi jeune, toujours à s’enthousiasmer pour tel ou tel spectacle, film ou artiste. Mais la maladie était arrivée et un bras de fer s’était engagé. Il a duré plusieurs années et vient de s’achever.

« Passeur de culture et d’éthique », « inventeur de nouvelles fraternités pour devenir de plus en plus humain », Marcello était encore plus que cela. Un véritable et chaleureux ami pour tous ceux qui l’approchaient. Il nous laisse ce message : « Dans le vent de nos sandales, sur d’autres chemins de rêve, de cœur, de vigilance et de vie, nous nous retrouverons. »

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