Théâtre de Vénissieux : le meilleur des mondes

La nouvelle saison de la scène vénissiane a été dévoilée devant une salle pleine. Son thème : tous les mondes sont au théâtre. Avec 9 créations, dont sept par des compagnies régionales.

Plutôt que d’égrener chronologiquement les spectacles de la programmation 2013/14, Françoise Pouzache, la directrice du Théâtre de Vénissieux, a choisi de les regrouper thématiquement. “Le déclencheur de ce choix, explique-t-elle, a été la vision du spectacle “La face cachée de la Lune”, qui renvoie au mythique album des Pink Floyd, “The Dark Side of the Moon”. C’est un voyage musical et je me suis dit qu’il serait bien d’aligner ainsi, tout au long de l’année, la rencontre d’un chanteur et d’un auteur. Nous aurons ainsi Carmen-Maria Vega dans une création autour de Boris Vian (octobre) et Abd al Malik qui, dans “L’art et la révolte” qu’il vient de créer à Marseille, s’inspire d’Albert Camus (novembre).” Parallèlement, dans le cadre du centième anniversaire de la naissance de l’écrivain, une exposition prêtée par l’Espace Pandora sera installée dans le hall du théâtre tout le mois de novembre.
Les quatre musiciens d’Entre 2 Caisses créent une histoire à partir des textes d’Allain Leprest (“Je hais les gosses”), mis en scène par Juliette (février) ; un spectacle estampillé “en famille”. On en arrive à “La face cachée de la Lune”. “Tous ces sons que les Floyd, à l’époque, ont mis un an à produire en studio, la compagnie Inouïe va les jouer en direct, sans bande magnétique. Tout sera sur scène : les vieux synthétiseurs avec les potards, le son d’époque, même un orgue Hammond” (novembre).
Le deuxième univers dans lequel la programmatrice nous invite sera celui de l’interface musique-danse, avec trois propositions : “Replay” (“Deux percussionnistes, une danseuse et une zapette géante. Celui qui s’en empare commande les autres”, février), Rocío Molina et La Tremendita (“Complètement flamenco et pourtant nous sommes dans l’épure, pas dans le folklore”, janvier) et “Bounce !” par la compagnie Arcosm (décembre). “Deux danseurs et deux musiciens travaillent sur l’échec et le rebond. Un spectacle jeune public à voir en famille.”
Le troisième monde ne sera que dansé. Avec “Silence, on tourne !”, le Pockemon Crew ouvre la saison (octobre). Cet “hommage athlétique et acrobatique aux frères Lumière et aux comédies musicales américaines” fait également la part belle au hip-hop. Avec “La preuve par l’autre”, trois chorégraphes issus de cette même scène hip-hop (Anne Nguyen, Farid Berki et Bouba Landrille Tchouda) vont venir avec chacun deux danseurs. Objectif : créer un ballet pour les six danseurs. Alors que, d’habitude, les chorégraphes connaissent les qualités techniques de leurs interprètes, cette contrainte les amènera à se poser une double question : comment on transmet et comment on continue ? (mars).
Nous poursuivons avec “une petite géographie de l’enfance et des voyages”. La compagnie lyonnaise Le voyageur debout met en scène dans “M’envoler” deux petites filles désireuses de savoir comment c’est chez les grands (octobre). Dans le cadre du festival Sens interdits et en partenariat avec les Célestins, nous retrouverons la troupe cambodgienne (et le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine) vue à Vénissieux en 2011 dans “L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge” ; ce second épisode démarre en 1975, avec l’arrivée des Khmers rouges (novembre).
Changement de méridien avec “Pedro Páramo” (janvier). Le roman du Mexicain Juan Rulfo est adapté par Sarkis Tcheumlekdjian et sa compagnie Premier acte, qui avait déjà porté à la scène deux textes de Gabriel García Márquez (“Erendira” et “Macondo”). “Nous nous retrouvons dans le réalisme magique de l’écriture sud-américaine : un homme part à la recherche de son père et rencontre des personnages étranges qui vont l’aider — ou pas. Ce spectacle sera créé à Vénissieux.”
Une création du festival off d’Avignon
La compagnie Les yeux grands ouverts nous conduira dans le sillage d’une autre épopée, celle de “Don Quichotte” (janvier). En adaptant le texte de Cervantes, Sylvain Levey a écrit une mise en abyme directe. Nous sommes sur le plateau d’un théâtre où un metteur en scène et un régisseur s’interrogent sur le bien fondé de monter “Don Quichotte”. Sa quête paraît-elle ridicule ? “Le régisseur, indique Françoise Pouzache, ressemble à Sancho Pança, face au metteur en scène, grand dégingandé. Ce jeu avec les ombres, dans lequel la roue d’un vélo se transforme en celle d’un moulin, est très beau ! La compagnie sera en résidence ici et mènera avec plusieurs classes du lycée Jacques-Brel un travail de réflexion sur Quichotte.”
“End/igné” nous emmène en Algérie (février). Le récit de Mustapha Benfodil s’interroge sur les morts par immolation, leur désespoir et ce sentiment de non-écoute totale. “Mustapha a écrit un texte. Kheireddine Lardjam en a fait l’adaptation : un jeune chargé de laver les cadavres dans une morgue découvre sous un drap celui d’un de ses amis, brûlé. Commence alors son monologue, véritable autopsie poétique. Il y a dans ce texte de la dérision et de l’humour, pour traiter le sujet avec distance. Créé à Alger, “End/igné” est présenté cet été en Avignon, au festival off.”
Enfin, la rencontre d’une Européenne de l’est et d’un Africain (“Dans le vent des mots”, spectacle pour les tout-petits de la compagnie Graine de malice) clôt ce tour de planète (avril).
“Les mondes sont joyeux et c’est tant mieux” annonce Françoise Pouzache pour son nouvel univers. Lequel comprend un spectacle de clowns (“Concerto pour deux clowns”, par Les rois vagabonds, novembre) et du cirque équestre Pagnozoo, dont le chapiteau sera implanté à Saint-Priest (mars). Comme pour le cirque Plume il y a deux ans, les théâtres associés sur la carte ScènEst (Corbas, Vaulx-en-Velin, Saint-Priest, Vénissieux et Bron) proposent conjointement ce cirque familial et ses neuf chevaux.
C’est une évidence mais “les mondes sont proches”. Aussi Françoise a-t-elle décidé d’ouvrir les portes du théâtre à nos voisins du nord, à l’occasion des Belges journées (avril). Tous les équipements culturels de Vénissieux y participeront : arts plastiques, cinéma, médiathèque, école de musique. Pour l’instant, seul un spectacle (“Îlo”) est réservé au théâtre mais Françoise assure que deux autres suivront. Et, kriek sur le koukestut (version belge de cerise sur le gâteau) : “Nous proposerons une restauration spécifique, avec des moules-frites, de la bière, des boulettes de viande et, le dimanche, des gaufres et du chocolat chaud.”
Enfin, conclut la directrice, “les mondes seront à partager”. Le théâtre, Bizarre ! et l’école de musique s’associent une nouvelle fois pour un deuxième “2 temps 3 mouvements” (avril).

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