À la Maison de quartier Darnaise : tolérance et poésie

La salle de la Maison de quartier Darnaise est pleine. Les riverains sont venus nombreux, hommes, femmes, jeunes, écouter une conférence sur un sujet qui pourtant semble très pointu : la poésie andalouse au féminin. On ne peut que saluer le travail de l’équipe de la structure et de la compagnie Gertrude II, qui organisent depuis plusieurs années des “gaadas”, c’est-à-dire des lectures de poésie sous une tente berbère, installée dans la Maison de quartier mais aussi sur le marché des Minguettes ou ailleurs. Juste avant la conférence de Hamdane Hadjadji, un universitaire d’Alger dont l’érudition et la passion pour la poésie font merveille, une gaada a fait elle aussi le plein, en présence des poètes Anas Alaili et Moussa Harim. “On y a retrouvé beaucoup de gens du quartier”, se réjouit Guillemette Grobon, directrice de la compagnie Gertrude II, qui sait qu’elle a gagné son pari. “Nous avons à présent de nombreux projets, poursuit-elle : un café littéraire dans le quartier et un gala poétique auquel on assisterait en tenue de soirée !”Pour Maryam, de la Maison de quartier, “beaucoup d’actions ont été menées depuis notre création mais celle-ci prend aujourd’hui une ampleur différente. Cela fait un moment que nous avons, avec Gertrude II, ce projet de promouvoir le patrimoine poétique arabe, berbère et français. Cette culture, on devrait la connaître dans nos quartiers mais on se rend compte qu’il y a une méconnaissance totale.”
Ce qui suit va être formidable. Hamdane Hadjadji sait communiquer sa passion pour cette poésie médiévale. Auteur d’une thèse et de nombreux ouvrages sur le sujet, il va entraîner l’assistance dans un voyage dans le temps, remonter jusqu’au VIIIe siècle, époque où les Abbassides chassent les Omeyyades, poussant Abd ar-Rahman à fonder à Cordoue une nouvelle dynastie omeyyade en 756. Le conférencier donne quantité de détails sur cette culture andalouse, sur Abd ar-Rahman III, “qui fait de Cordoue le phare du monde connu”, sur son fils, Al-Hakam II, “bibliophile possédant 400 000 ouvrages. On voit alors des bibliothèques chez tous les notables et dans les jardins publics où les livres, à la libre disposition des promeneurs, ne sont ni volés ni détériorés. Al-Hakam rend l’enseignement gratuit et prône l’égalité des chances : les pauvres sont à la charge du Trésor tandis que les riches peuvent payer”.
Puis, Hamdane Hadjadji présente les poétesses andalouses : Wallâda, d’abord, qui ouvre le premier salon littéraire à Cordoue. “Elle se libère du voile, qui est pour elle une entrave à la liberté. Les hommes veulent la détruire et pour cela, c’est simple : ils s’attaquent à sa vertu. On dit des choses abominables sur elle.” Il y a ensuite Nezhoun, “une polissonne, une femme très libre”, et Hafsa, pour laquelle l’universitaire avoue sa profonde admiration. “Alors qu’elle est amoureuse d’un jeune homme, le fils du calife, gouverneur de la province, a le coup de foudre pour elle. Il fait tuer l’amant et Hafsa ose porter le deuil. Elle part à Marrakech où, en raison d’une épidémie de peste, le gouverneur reçoit l’ordre de se rendre. Là, il succombe à la peste.”
Un dernier exemple, Kasmouna la Juive, est l’occasion d’une nouvelle leçon de tolérance de la part de cette société andalouse : “Son père était le premier ministre du prince berbère de Grenade. En Andalousie, les juifs étaient très proches des musulmans.”
À la fin de la conférence, des doigts se lèvent, des questions sont posées : à l’évidence, l’exposé tout aussi érudit que passionnant de Hamdane Hadjadji n’a laissé personne indifférent.

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