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Blandine Chagnard : connaissance du monde et des autres

Avec son sac à dos et son keffieh sur les épaules, vous avez forcément croisé Blandine Chagnard.
Au cours d’une manifestation culturelle et plus sûrement lors des Fêtes escales, dans une réunion du Parti communiste ou lors d’un couscous organisé par Jénine-Vénissieux, l’association qu’elle préside.

La scène se passe à Ramallah, en mars 2002. Yasser Arafat, le président de l’Autorité palestinienne, est assiégé dans cette ville de Cisjordanie par l’armée israélienne. Il accueille à la Mouqata’a, quartier général de l’administration palestinienne, de nombreuses délégations étrangères.
“À cette époque, un groupe de Français, dont José Bové, était bloqué avec Arafat dans la Mouqata’a. Nous les avons croisés. Moi, je faisais partie d’une délégation du Mouvement de la paix. Arafat serre la main à tout le monde et quand il arrive vers moi, je lui dis qu’en France, on se fait la bise. Et il m’a embrassée.”
Cette scène pourrait résumer tout ce qui est important pour Blandine Chagnard : sa chaleur humaine et ce besoin d’aller vers l’autre, son indifférence à l’étiquette, son militantisme et sa passion des voyages.
Née à Gerland (“Ma mère a accouché chez elle”), Blandine est arrivée à Vénissieux alors qu’elle avait 7 ans. “J’ai été élevée dans la religion catholique, raconte-t-elle. Le dimanche, à la sortie de la messe, je partais vite rejoindre mes copines à Gerland. Aujourd’hui, je me sens complètement vénissiane. J’aime cette ville pour ses côtés pudiques et durs. L’an dernier, une stagiaire du festival Fêtes escales, qui ne connaissait pas la banlieue, a remarqué : “Vous êtes solidaires entre vous mais avec une violence qui part à la vitesse grand V.” C’est vrai que nous avons de belles solidarités. Et le reste aussi !”
Blandine commence à militer à la Joc (Jeunesse ouvrière chrétienne) vers l’âge de 12-13 ans. “J’ai quitté ce mouvement que je ne trouvais pas assez politique ! Je viens d’une famille de gauche, mon père est socialiste.” Jugeant trop tièdes aussi les réunions du PS local, elle adhère au Parti communiste en 1974. “Je ne le regrette pas, malgré les problèmes avec la direction à l’heure actuelle. Le PCF continue à représenter quelque chose dans la tête des gens, il ne faut pas le lâcher. Et quitte à être communiste, autant l’être pleinement. Cela ne sert à rien d’aller chercher ailleurs.”
Suivant aussi l’exemple de son frère Lilou, qui fut conseiller municipal à Vénissieux, Blandine a toujours aimé militer. “Que ce soit dans mes voyages ou pour mon travail, pour le PCF ou pour la Palestine, je veux comprendre le monde et être sur le terrain. Pourquoi je voyage ? Pour aller à la rencontre des gens, voir leurs façons de vivre. C’est aussi pour cette raison que je fais des photographies et que je participe à la manifestation “10 mots de la langue française”. Je fais de petites expos dans les quartiers, “Portes et fenêtres”, comme autant d’ouvertures sur le monde. En regardant les portes et les fenêtres, on devine les gens. C’est mon côté catho. Une de mes meilleures amies est une religieuse cloîtrée en Suisse. Je vais la voir dans son couvent une fois par an. Je l’ai connue quand elle était au Moulin-à-Vent. Sa vue du monde est juste, avec beaucoup de recul. Moi, je n’ai pas réglé son compte à Dieu ! Quand je vois les guerres, la misère, je ne peux pas croire. Mais j’ai été élevée dans un milieu catholique de gauche et on ne peut pas se couper de son enfance. Les seules fois où je crois en Dieu, c’est pour le remercier de quelque chose de joli. En tout cas, je ne pratique pas et ne supporte pas la bigoterie.”

Au cœur du monde
En plaçant le voyage au centre de ses passions, là encore Blandine se tourne vers son passé. “Petite, je voyageais beaucoup avec mes parents, autour de la France. On pratiquait le camping sauvage. Les prolos ne voyageaient pas beaucoup et mes parents nous imposaient une visite culturelle obligatoire. J’ai continué à le faire et ma fille Édith aussi.”
Le goût du déplacement reprend Blandine quelques années plus tard. “J’ai emmené Édith avec moi très tôt. Quand son père est décédé (j’ai mis dix ans à m’en remettre), il m’avait laissé de l’argent que j’ai dépensé dans les voyages.”
Le Maghreb et surtout l’Algérie la passionnent. Plusieurs fois, elle se rend au Burkina et au Mali. “Je parraine un enfant là-bas, même si je pense que ce n’est pas une bonne idée et qu’il vaut mieux trouver une solution politique au problème de la misère. J’ai eu des épisodes Cuba et New York, quand Édith était ado, Canada aussi, mais il y fait froid ! J’aime beaucoup le Moyen-Orient : il est étonnant de voir que le Liban, la Jordanie, la Syrie se sont construits et ont évolué différemment alors qu’ils ont les mêmes danses, la même nourriture. C’est une destination vers laquelle ma fille m’a attirée. Nous nous sommes aussi retrouvées coincées en Iran ensemble. Un continent par existence suffit, disait Théodore Monod : moi, j’en ai visité plus d’un !
Je ne sais pas si je voyage pour prendre des photos ou si c’est l’inverse. Tout est complètement imbriqué. À l’époque des appareils argentiques, je faisais déjà mille photos. Alors maintenant, avec le numérique… Alexandre Astier
(NDA : l’acteur-réalisateur de “Kaamelott”, qui est son filleul) m’a offert à Noël un super appareil numérique. Ma vie a changé ! J’essaie de dire des choses avec la photographie mais je n’avais jamais osé exposer. Et puis un jour, dans le cadre de mon travail sur les Fêtes escales, j’ai vu une expo et je me suis dit que je ferais largement aussi bien. L’année suivante, j’ai exposé !”
Ce qu’elle dit à propos d’elle-même, que ce soit pour ses expos ou pour ses participations annuelles aux 10 mots (“Il y a les pros et les amateurs, chacun doit avoir sa place”) est aussi valable pour tous ces ateliers avec les habitants qu’elle est chargée de mettre en place en amont des Fêtes escales. Omniprésente, Blandine n’aime pourtant pas vraiment être dans la lumière. Laissons-la encore raconter : “J’ai participé à la création de la compagnie de théâtre La Mouche, avec Joëlle Sevilla et Bruno Boeglin. J’étais à l’administration et je ne suis montée qu’une seule fois sur scène. Gilles Chavassieux (aujourd’hui directeur du Théâtre Les Ateliers) s’est moqué de mon accent lyonnais.”
On ne saurait conclure sans mentionner une nouvelle fois la fille de Blandine, Édith Chagnard-Peillard, adjointe au maire de Vénissieux. “Je suis fière comme un coq, comme une poule, comme un loup, comme tu veux… Alors que ni moi ni son père n’avions le bac, elle a mené à bien des études de sociologie. L’intérêt pour les gens, toujours. Je me souviens qu’au Kenya, discutant avec des Masaï alors qu’elle avait 11-12 ans, Édith leur disait qu’elle voulait être sociologue. Elle assure que j’ai inventé ce souvenir mais non ! Je m’en souviens bien.”

ASSOCIATION JÉNINE-VÉNISSIEUX

19 mars : couscous pour la Palestine
Théâtre, photo, voyage… À ces passions, il faut encore ajouter celle de la Palestine. Son premier voyage, en 2002, a marqué Blandine Chagnard : “J’ai tenu un carnet de bord, que j’ai ensuite réécrit comme il faut après avoir pris quelques cours d’écriture. Ce livret, je le tiens à la disposition de ceux qui sont intéressés. Quand je lis mes lignes sur les check-points, j’ai encore les larmes aux yeux et je tremble. J’ai eu la peur de ma vie. De retour à Vénissieux, j’ai participé à un rassemblement à l’initiative de partis politiques pour venir en aide au camp de Jénine. J’ai pris le micro et proposé de nous occuper d’enfants blessés par balle. L’association Jénine-Vénissieux est partie de là, avec Abdelhak Fadli, Jean Zunino, Martine Jardin, Fatiha Sanlaville…”
Ces enfants blessés, malheureusement, sont nombreux et on n’a pas oublié Ibrahim, Amad-Abu, Musab-Atef, Samer et encore moins Ghadir : la jeune fille, qui avait bénéficié en 2002 d’une opération à l’œil dans un hôpital de Lyon, est revenue à Vénissieux l’an dernier pour un suivi médical. Une fois par an, l’association organise un couscous qui permet de financer de telles aides, qui s’évaluent également en cartables, en paniers-repas, etc.
“Cette fois, nous n’avons pas à nous occuper d’enfant blessé et c’est tant mieux. Notre couscous de la solidarité, le 19 mars à partir de 18 h 30 à la Halle à grains, nous permettra d’envoyer de l’argent à Jénine. Sur place, nous avons des personnes de confiance, tel le père de Ghadir qui s’occupe de la redistribution.”

Couscous de la solidarité
Participation aux frais : repas adulte 16 euros – enfant (moins de 10 ans) : 6 euros.
Menu : salade, couscous, gâteau et salade de fruits.
Réservation obligatoire, accompagnée du règlement, auprès de Jénine-Vénissieux :
8, boulevard Laurent-Gérin 69200 Vénissieux. Tél. : 06 70 04 86 10 – 06 82 28 97 08.

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1 Commentaire

  1. houhou

    9 mars 2011 à 23 h 11 min

    C’est un bonheur de lire cette présentation et ceux qui connaissent blandine ne retireront pas une ligne et j’en rajouterai même pour dire qu’elle est de tous les combats où prime la justice. J’attends toujours qu’elle fasse sa demande carte de citoyenne du Monde .

  2. houhou

    9 mars 2011 à 23 h 11 min

    C’est un bonheur de lire cette présentation et ceux qui connaissent blandine ne retireront pas une ligne et j’en rajouterai même pour dire qu’elle est de tous les combats où prime la justice. J’attends toujours qu’elle fasse sa demande carte de citoyenne du Monde .

  3. houhou

    9 mars 2011 à 23 h 11 min

    C’est un bonheur de lire cette présentation et ceux qui connaissent blandine ne retireront pas une ligne et j’en rajouterai même pour dire qu’elle est de tous les combats où prime la justice. J’attends toujours qu’elle fasse sa demande carte de citoyenne du Monde .

  4. houhou

    9 mars 2011 à 23 h 11 min

    C’est un bonheur de lire cette présentation et ceux qui connaissent blandine ne retireront pas une ligne et j’en rajouterai même pour dire qu’elle est de tous les combats où prime la justice. J’attends toujours qu’elle fasse sa demande carte de citoyenne du Monde .

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