L’histoire bouleversante d’Amadou, jeune mineur isolé

Jeune migrant isolé de 16 ans, Amadou est décédé il y a deux semaines d’un cancer pédiatrique. Il a été accompagné dans ses derniers jours par l’association Aider son prochain et le personnel du centre Léon-Berard. Il repose désormais dans le cimetière de Vénissieux.

C’est une histoire déchirante à laquelle a été confrontée l’association Aider son prochain (ASP) et le personnel hospitalier de Léon-Berard. Au début du mois de novembre, ils ont été témoins du décès d’un jeune migrant isolé de 16 ans, atteint d’un cancer pédiatrique.

Amadou était Ivoirien. Sans famille, ses seuls repères pour ses derniers jours ont été les membres de l’association et les personnels soignants du centre Léon-Bérard. « Ça a été un cancer très brutal, témoigne Sonia Lassoued responsable du pôle médical-santé à Aider son prochain. L’hôpital nous a contactés il y a seulement quelques semaines pour nous parler d’Amadou, et il nous a quittés très vite. »

Les contours d’une vie morcelée

Amadou est arrivé en France illégalement en passant par le Maroc et l’Espagne. Il était donc considéré comme un mineur isolé étranger. Mais l’association a mis du temps pour connaître les détails de son parcours. « En général, les jeunes mineurs isolés voient l’hôpital comme une institution et n’osent pas parler de leur histoire, ils ont peur des répercussions sur leur famille et surtout d’être expulsés », explique ASP.

C’est donc peu de temps avant son décès que l’adolescent a accepté de partager son histoire. « Le père d’Amadou est décédé, sa mère s’est retrouvée sans aucune solution pour subvenir à ses besoins et ceux de ses enfants, décrit Sonia Lassoued. Elle avait deux choix : soit elle se remariait, soit elle se débrouillait seule. Elle ne voulait pas se marier de nouveau et elle a donc décidé d’abandonner Amadou. Elle l’a laissé dans un champ, mais pour elle ce n’était pas un abandon, elle a considéré que c’était un homme et qu’il pouvait désormais se prendre en charge. »

Pourtant Amadou n’était alors qu’un jeune adolescent. Il décide de venir en Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Contrairement à de nombreux migrants, il est arrivé sain et sauf et d’après ASP, il était en France depuis environ un an. Il a ensuite été pris en charge par les services de la Métropole. C’est à ce moment qu’on lui a décelé son cancer.

Un grand élan de solidarité

Le centre Léon-Bérard et l’association ont décidé d’accompagner ce jeune homme dans ses derniers moments de vie. « Nous avons essayé de le mettre en confiance, de réaliser quelques rêves, nous avons trouvé une personne qui parle son dialecte, on lui a cuisiné son plat préféré. On a trouvé un grand élan de solidarité. Tout le monde a été touché par son histoire, marqué par sa gentillesse, que ce soit le personnel médical ou les bénévoles de l’association. »

Peu avant son décès, Amadou a annoncé ne pas vouloir se faire enterrer en Côte d’Ivoire. « Nous avons réussi à lui trouver une place dans le cimetière de Vénissieux, continue Sonia Lassoued. Les élus nous ont beaucoup aidés pour trouver cet emplacement. »

La cérémonie musulmane – souhaitée par Amadou – a réuni « sa nouvelle famille » : les membres de l’hôpital, d’ASP et aussi d’autres mineurs isolés qui avaient eu vent de la disparition d’Amadou. « C’était très beau », dit avec émotion Sonia Lassoued.

Le Docteur Marie Ouachée-Chardin, qui a suivi Amadou, a également été très touchée par la disparition de l’adolescent. Elle se déclare « reconnaissante pour cette humanité qui lui a été donnée, pour cette dernière étape, si difficile de sa vie. De savoir qu’il est parti ainsi, accompagné et en paix, atténue [son] chagrin et le sentiment d’injustice ».

Pour Sonia Lassoued, le plus difficile est l’inconnu qui demeure autour de la vie d’Amadou. « J’ai récupéré seulement un sac plastique, vous imaginez ? Dedans, il y avait des vêtements, donnés par l’équipe médicale, des photos prises pendant son hospitalisation. De son passé, il ne restait qu’une seule chose : son extrait d’acte de naissance … »

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