Le tri à l’essai au marché des Minguettes : les forains jouent le jeu… de mauvaise grâce

Deux semaines après la mise en place d’un dispositif expérimental de tri des déchets, les résultats sont plutôt encourageants. Mais les forains, eux, ne sont pas emballés.

Depuis le 1er octobre 2020, et pour une durée d’un an, le tri des déchets est mis en place sur le marché des Minguettes dans le cadre d’une expérimentation menée par la Métropole de Lyon sur dix communes.
Pourquoi le marché des Minguettes ? Parce que c’est l’un des plus importants de la région, avec ses 300 forains et ses 5 tonnes de déchets, chaque jeudi et samedi. L’enjeu est donc de poids en termes environnementaux.

Concrètement, à la fin du marché, les forains doivent eux-mêmes porter leurs déchets vers un point de collecte géré par l’entreprise Pizzorno pour le compte de la Métropole. On y trouve trois camions compacteurs et un grand bac : le premier destiné aux cartons, le 2e aux cagettes en bois, le 3e aux résidus divers (métal, plastique et verre), et le dernier aux biodéchets (fleurs, fruits, légumes…).

Après deux semaines d’expérimentation, les membres de l’association Aremacs, chargés par la Métropole de sensibiliser les forains à l’intérêt de la démarche, dressent un bilan positif. « Nous n’avons pas encore énormément de recul, mais je dirai que c’est en train de prendre », considère Benoît Authier qui, ce jeudi 15 octobre, est accompagné de deux collègues pour veiller à ce que les déchets finissent bien dans les bonnes bennes.

De fait, en fin de matinée, les forains affluent, les bras chargés de cagettes, de cartons, ou en train de tirer de petites poubelles roulantes mises à disposition pour la collecte des déchets putrescibles. Hormis quelques réfractaires, minoritaires, la plupart jouent le jeu. Mais de mauvaise grâce. « C’est peut-être bon pour l’environnement et c’est pour ça que je le fais, mais c’est une contrainte supplémentaire pour nous », estime Marie-Lyne Fajardo, qui vend du textile. Plus loin, Barbara, qui gère un étal de cosmétiques, dénonce « une mesure économique sous couvert d’écologie, parce que l’on nous fait faire une partie du boulot des cantonniers ». Et de préciser que « ce nouveau système est encore plus contraignant pour nos collègues de l’alimentaire ».

Derrière la banque réfrigérée de la poissonnerie « Le Dauphin bleu », Karim confirme : « Le jeudi encore ça peut aller, mais samedi dernier j’ai dû employer un petit jeune pour enlever les déchets au fur et à mesure. Sinon, il faut tout évacuer à la fin du marché. Sauf qu’on est censé avoir tout rangé à 13h30. Il faut donc arrêter de vendre plus tôt que d’habitude. Dans tous les cas, je perds de l’argent. Ce ne sont pas des sommes énormes, mais sur une année ça peut faire beaucoup. »

Autre aspect soulevé par les forains : le glanage en fin de marché par les personnes dans le besoin n’est plus possible avec ce nouveau système. « C’est effectivement un problème, reconnaît Yolène Augier, de l’association Aremacs. Il est plus difficile de récupérer les fruits et légumes dans des poubelles profondes que dans des cagettes. C’est une des informations que nous allons faire remonter. Il peut y avoir des ajustements. C’est tout l’intérêt d’une expérimentation. »

Ceux qui applaudissent des deux mains, ce sont les employés de Pizzorno. « Pour nous, c’est un vrai progrès, se réjouit Azzedine Ben Douissa. Avant, tout était mélangé en fin de marché, et c’était très sale, avec des déchets qui volaient de partout avec le vent. Maintenant, c’est beaucoup plus propre. »

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