Les éboueurs en première ligne : “Désormais, certains nous applaudissent.”

Le ramassage des ordures ménagères continue d’être assuré pendant cette période de confinement. À Vénissieux, quatre camions assurent les tournées. Un équipage témoigne de ses conditions de travail et du regard des habitants, qui a changé.

“Entre 8 et 10 tonnes de déchets ramassés par camion”, chiffre en connaisseur Abdelbast, conducteur d’un véhicule qui assure une tournée qui part de l’hypermarché Carrefour, poursuit jusqu’au dépôt SNCF et Les Marronniers, avant de traiter le centre de Vénissieux et de revenir à son point de départ.

« Je suis dans le métier depuis 2009, et la première chose qui m’interpelle depuis le confinement, c’est l’ambiance qui a radicalement changé au siège,
témoigne Abdelbast. Les discussions animées et les franches rigolades, c’est terminé. On vient faire notre job, point barre. La situation est extraordinaire, on n’a jamais vécu cela, même durant les périodes de grève. S’il y a quelques salariés absents — certains obligés de garder leurs enfants, d’autres qui font valoir leur droit de retrait —  il n’y a pas pas d’inquiétude à avoir sur le maintien du service. La Métropole forme des cantonniers qui vont venir sur les camions en fonction des besoins.”

Y a-t-il davantage de déchets à ramasser ? “Paradoxalement, non. Habituellement, les habitants posent leurs poubelles à moitié remplies. Là, on a moins de bacs, mais c’est grosso modo le même tonnage. Par contre, on s’aperçoit que les gens balancent un peu n’importe quoi, des cartons, des bouts de meubles, du volumineux.”

Et en matière de protection ? “Dans les camions, le port du masque est obligatoire pour les deux ripeurs et moi-même, commente le chauffeur. Il faut savoir que la durée de vie d’un masque est de quatre heures, le temps d’une tournée. On a également du gel, du savon et de l’eau pour se laver les mains, ainsi qu’un virucide pour nettoyer le volant et les poignées des véhicules. Mais c’est en rentrant chez nous, qu’on est doublement vigilant. On enlève toutes nos affaires avant d’entrer, on les nettoie, les désinfecte à l’aide de spray, on se lave et relave les mains. Pas question d’être tête en l’air.”

Un métier enfin reconnu à sa juste valeur ?
Adama, un des deux ripeurs, toujours souriant, nous fait part de quelques nouveaux comportements d’habitants. “Quand on peut débarrasser des déchets encombrants, on le fait, mais ce n’est pas automatique. On tombe parfois sur des gens agressifs, on ne sait pas pourquoi. Peut-être en souvenir des grèves des éboueurs qui les ont marqués. Mais le grand changement, ce sont les applaudissements et les remerciements de certains, souvent des personnes âgées.”

Une reconnaissance de la pénibilité de leur travail, que les trois gaillards espèrent ne pas voir cesser après cette crise sanitaire. “Et pourquoi pas une revalorisation de notre travail, suggère Martin* (prénom changé), le second ripeur. Je suis intérimaire depuis trois ans, j’ai l’impression de n’être qu’un bouche-trou ? On m’appelle au gré des contraintes des services et des remplacements à assurer. Parfois, cela se traduit par un coup de fil le matin même. Souvent, je ne travaille qu’un jour sur deux. Et mieux, ou plutôt pire : durant les congés, nos services font d’abord appel à des saisonniers pour assurer les remplacements. Cela devient difficile à vivre. J’espère que cette situation fera réfléchir la direction.”

Une pensée sur “Les éboueurs en première ligne : “Désormais, certains nous applaudissent.”

  • 28 mars 2020 à 7 h 45 min
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    Ce témoignage est parlant, oui ces métiers durs sont indispensables : les ripeurs prennent des risques pour garder une ville propre, oui leurs salaires devraient être revalorisés, la situation d’intérimaire est précaire. On peut les applaudir au même titre que tous ceux qui assurent notre quotidien. Souhaitons que cette pandémie inspire les politiques dans la justice sociale pour tous ceux qui prennent des risquent pour leurs concitoyens et ne sont pas reconnus. Merci

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