Avadel Research : sabotage, acte 2

La direction américaine du groupe pharmaceutique achève la liquidation de son service de recherche et développement, situé à Vénissieux, laissant les 45 dernières “blouses blanches” sur le carreau.

Pendu à un arbre, un mannequin en blouse blanche flotte au vent. Derrière lui, la photo d’un businessman qui empoche une liasse de dollars. Ce 4 avril, devant les locaux d’Avadel Research, dans le parc d’activités Eiffel à Vénissieux, des salariés ont manifesté bruyamment leur colère (en présence du maire de Vénissieux) avant une réunion avec la direction de ce labo pharmaceutique. Techniciens de laboratoire, cadres de recherche, ingénieurs, docteurs en chimie : dans quelques mois les 45 rescapés d’une première vague de licenciements seront tous mis à la porte.

En 2017, en effet, alors que l’entreprise venait de réaliser des bénéfices historiques, un premier plan social avait supprimé 47 postes. Revenus de leur surprise, les salariés accusaient alors les dirigeants du groupe de préparer la mort du site, en lui ôtant les moyens de travailler correctement. « Leur méthode est claire, analysaient-ils alors, ils nous rendent non fonctionnels pour justifier sa fermeture pure et simple dans quelques mois ».

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La suite leur a donné raison : le 28 février dernier, la direction a annoncé que le site fermerait définitivement d’ici fin 2019. « Une exécution bien plannifiée : 35 postes supprimés en juin, 10 autres au second semestre, le temps de boucler un traitement contre la narcolepsie sur lequel la société compte beaucoup. Une manière assez tordue de reconnaître l’utilité de notre activité », décrit Noëlle Villard, déléguée unique du personnel CGT, technicienne de laboratoire depuis 1996.

Les chercheurs et les techniciens d’Avadel Research conçoivent des médicaments à « libération prolongée des principes actifs » dans l’organisme. Une méthode qui permet, par exemple, de prendre un comprimé au lieu de trois, avec la même efficacité, en limitant les effets indésirables et les risques d’oubli. Ou de passer d’une forme gélule à la forme sirop, plus facile à administrer aux enfants et aux personnes âgées.

Jusqu’au 31 décembre 2016, le siège social du groupe était à Vénissieux, et les brevets déposés en France. Le lendemain, tout était transféré à Dublin, seul les labos restaient à Vénissieux. « L’Irlande est un lieu idéal pour concrétiser l’ambition de notre entreprise de devenir rapidement une plateforme pharmaceutique de premier plan », justifiait le PDG. Un « lieu idéal » aussi pour “l’optimisation” fiscale, puisque les taux d’imposition y sont parmi les plus bas du monde… « Lors de l’annonce du déménagement à Dublin, la direction jurait ses grands dieux que la restructuration n’aurait aucun impact social sur le site de Vénissieux, se rappelle Noëlle Villard. Trois mois plus tard, elle virait 47 personnes pour “sauvegarder la compétitivité“. Un an plus tard, elle achève le sale boulot ».

Créée en 1990 par un chercheur français, l’entreprise cotée au Nasdaq est désormais aux mains d’un fonds spéculatif américain qui exige de rapides retours sur investissements. Pour Noëlle Villard, « les actionnaires scient la branche sur laquelle ils assoient leurs bénéfices ». Christian Albanese, de la Fédération nationale de l’industrie chimique CGT y reconnait, lui, une logique à l’oeuvre dans toute l’industrie pharmaceutique : « tous les groupes suppriment leur service interne de recherche et développement. Ils préfèrent surveiller les milliers de start-up du secteur et acheter à prix d’or l’une de leurs rares trouvailles, plutôt que de payer une équipe de chercheurs à plein temps qui vont mettre des années à mettre au point un produit-maison. À court terme, c’est plus rentable. Mais cette logique marchande à courte vue est porteuse de perte d’indépendance et elle est risquée ».

La seule organisation syndicale de l’entreprise, la CGT, a été créée lors du précédent plan de licenciements. « Le soutien de l’union locale et de collègues de l’industrie chimique et pharmaceutique, la mobilisation lors des réunions de négociation du plan, tout ça a permis aux salariés licenciés en 2017 de bénéficier d’un accompagnement correct. Entre les aides au reclassement ou à la création d’activité, la totalité d’entre eux a retrouvé du travail en moins d’un an. Nous avons bien compris que nous n’allons pas sauver nos postes, mais au moins, qu’on nous fasse bénéficier des mêmes mesures », estime Noëlle Villard. Or, le nombre de salariés étant désormais inférieur à 50, la direction d’Avadel estime qu’elle n’est pas contrainte par les obligations légales d’appliquer les mesures sociales prévues en cas de PSE.

Le 4 avril, le maire de Vénissieux, Michèle Picard, était présente aux côtés des salariés d’Avadel, « pour les soutenir ». Dans un courrier adressé la veille au préfet du Rhône, elle a demandé au représentant du gouvernement de veiller à ce que « des solutions soient trouvées pour assurer aux salariés des conditions de départ décentes ». Elle lui rappelle aussi qu’Avadel a bénéficié d’aides de l’État via le Crédit impôt recherche (plus de 42 millions d’euros en dix ans, selon la CGT) et le CICE. L’élue a également alerté le directeur de l’unité départementale DIRECCT, sur cette situation.

En mai 2017, la moitié des effectifs d’Avadel avait fait l’objet d’un PSE.

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