Avadel Pharmaceuticals : les blouses blanches voient rouge

« Qu’est-ce que je fais, j’ai pas de mégaphone, je monte sur une chaise, pour que tout le monde m’entende ? » Plus habitués au calme aseptisé d’un labo qu’aux clameurs d’une manif, près d’une centaine de scientifiques en blouse blanche forment un attroupement devant les locaux d’Avadel Pharmaceuticals, au coeur du parc d’activités Eiffel, à Vénissieux. Techniciens de laboratoire, cadres de recherche, ingénieurs, docteurs en chimie, ils « débrayent » le temps du comité d’entreprise du 10 mai. Un CE dont l’ordre du jour est le licenciement de la moitié d’entre eux.

Bénéfices records
Le 30 mars dernier, la direction du groupe a annoncé un plan de licenciements entraînant la suppression de 47 postes sur les 101 du site Avadel Research de Vénissieux. Deux tiers dans les labos, un tiers dans les fonctions supports (comptabilité, informatique, achat, services qualité ou juridique). « Ça a surpris tout le monde, la direction nous disait depuis des mois que tout allait pour le mieux » confie Noëlle Villard, secrétaire-adjointe du comité d’entreprise. De fait, l’entreprise, cotée au Nasdaq à New York, va très bien. Les résultats du premier trimestre 2017 (52,5 millions de dollars, contre 36,2 à la même période de 2016) sont même les meilleurs de l’histoire du groupe, qui réalise un bénéfice historique, selon le rapport trimestriel  d’Avadel publié le 9 mai.

Un plan social déjà chiffré !
Un passage de ce même rapport en dit long sur la détermination de l’entreprise à réduire la voilure à Vénissieux : alors que les discussions sociales légales sont en cours et doivent s’achever fin juin, le coût du plan social à Vénissieux y est carrément précisé ! « le bénéfice net au premier trimestre de 2017 inclut les coûts de restructuration de 2,7 millions de dollars liés à la réduction de la main-d’œuvre de la société en France, qui comprend les indemnités de départ, les avantages sociaux et les autres coûts »

« Évasion fiscale »
Le 1er janvier dernier, le siège social avait été transféré à Dublin. « L’Irlande est un lieu idéal pour concrétiser l’ambition de notre entreprise de devenir rapidement une plateforme pharmaceutique de premier plan », justifiait alors Michael Anderson, le PDG. Un « lieu idéal » aussi pour « l’optimisation » fiscale, puisque les taux d’imposition y sont parmi les plus bas du monde… « Lors de l’annonce du déménagement à Dublin, la direction a juré ses grands dieux que la restructuration n’aurait aucun impact social sur le site de Vénissieux, se rappelle Noëlle Villard. Aujourd’hui, elle nous parle de « licenciements pour sauvegarder la compétitivité ». Sauvegarder nos emplois, ça n’a pas l’air de les intéresser. » Devant les locaux, une affiche dit « Non à l’évasion fiscale, non à la dictature des actionnaires américains ! ». Officiellement, Avadel justifie le plan social par l’objectif « d’aligner la structure des coûts sur ses projets actuels et futurs ».

Profits rapide contre recherche
« Ce sera impossible de travailler correctement avec un effectif amputé de moitié, estime une salariée qui a 20 ans d’ancienneté. À court terme, c’est la mort du site qui a vu naître l’entreprise ». Une « mort programmée », selon plusieurs salariés. « Je pense que les actionnaires veulent changer de business model, explique un ingénieur. La vente de produits matures est plus rentable que la recherche et le développement, qui travaillent sur le long terme. Or c’est un profit rapide qui est désormais recherché par l’actionnaire principal, Derfield, un fonds de pension américain. Leur méthode est claire : ils vont rendre notre site non fonctionnel pour justifier sa fermeture pure et simple dans quelques mois. »

Soutiens dans le « couloir de la chimie »
« L’ancienneté moyenne dans la boîte est de 15 ans, indique Noëlle Villard. C’est la bonne durée pour bénéficier d’un savoir-faire utile mais ça rend difficile un reclassement ailleurs, surtout que dans le secteur, c’est pas la joie. » Dans cette entreprise sans syndicats, les élus du personnel s’opposent aux licenciements, demandent un plan de départs volontaires, réclament de meilleures indemnisations, des mesures d’accompagnement efficaces pour ceux qui partiront et des garanties pour ceux qui resteront.

Leur mobilisation est soutenue par la fédération CGT des industries chimiques, qui a prévenu la presse et relayé cette lutte dans les entreprises du secteur. Aussi, des cégétistes de Solvay, Sanofi, Biomérieux, Famar, Arkéma, Kem One, Belle Etoile, sont-ils présents ce 10 mai. « Un soutien qui fait du bien », estime le secrétaire du CE, avant d’entrer dans la salle de réunion entre une haie d’honneur.

De Flamel à Avadel

Créé en 1990 par le chercheur Gérard Soula, Flamel Technologies a fusionné en 2012 avec l’américain Eclat, avant de racheter FSC Pediatrics en 2014, « En écartant le fondateur en 2015, les actionnaires ont fait passer l’entreprise d’une direction scientifique à une direction financière », regrette une technicienne.
Rebaptisée Avadel Pharmaceuticals en janvier 2017, le groupe pharmaceutique conçoit à Vénissieux des médicaments à « libération prolongée des principes actifs » dans l’organisme. Un principe qui permet, par exemple, de prendre un comprimé au lieu de trois, avec la même efficacité et en limitant les effets indésirables. Ou de passer d’une forme gélule à la forme sirop, plus facile à administrer aux enfants et aux personnes âgées.
On ne trouve pas en pharmacie les produits conçus à Vénissieux, ils ne sont vendus que sur le marché américain. La production des médicaments se fait d’ailleurs là-bas, par des sous-traitants, tandis que la structure commerciale est basée à Saint-Louis (Missouri).

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