Laurent Vichard : les mains sur les anches

 

« Ça fait plaisir de rejouer ici ! »
Laurent Vichard regarde la plaquette du Théâtre de Vénissieux, plus particulièrement à la page Une Carmen en Turakie. Ce spectacle du Turak Théâtre est programmé ce 1er décembre et Laurent y est crédité comme musicien sur scène mais aussi comme adaptateur musical de l’opéra de Bizet et réalisateur des films d’animation qui remplacent les entractes.

« J’ai passé mon enfance à Vénissieux. Mon père, Gérard Vichard, était instit’ à Romain-Rolland dans les années soixante-dix, en même temps que Guy Fischer, et ma mère était secrétaire à l’école de musique. Mes parents ont fait beaucoup d’allers-retours entre Vénissieux et la campagne iséroise et j’ai habité dans tous les quartiers : les Minguettes, le Charréard, le Moulin-à-Vent… J’ai ainsi passé mon adolescence à La Darnaise. »

Laurent démarre le piano à 6 ans mais s’arrête vite… pour continuer avec la clarinette six ans plus tard, alors qu’il est en 5e. « Un copain en jouait et m’a donné l’envie. Je ne savais pas ce que c’était. Je m’inscris à l’école de musique au centre-ville et, rapidement, je joue avec l’orchestre d’harmonie, devenu le Presto, et qui est dirigé par Gilles Raymond. Je rencontre là un groupe de potes avec qui je répète tous les samedis. Les musiques actuelles n’étaient encore pas enseignées mais il y avait un big band, dont je faisais partie. »

Après le lycée Jacques-Brel, Laurent entre en fac de musicologie en même temps qu’au conservatoire de Villeurbanne. Il obtient au Cefedem (centre de formation des musiciens enseignants) son diplôme d’État pour enseigner la clarinette à l’école de musique de Saint-Fons.

Entretemps, Laurent a goûté au plaisir de la scène et de la composition. « J’écrivais la semaine et, le samedi à l’école de musique, on testait avec les copains. Je ne savais rien, c’était du hasard ! C’était génial ! J’ai appris à écrire pour le saxo, la trompette, le trombone, tous les instruments de la rythmique grâce à cela. »

La scène, c’est depuis le début des années quatre-vingt-dix, avec le groupe No Man’s Land, devenu Tribulation. Avec aussi sa sœur Katia, aujourd’hui directrice musicale des Mains nues, aux Fêtes escales. Puis, entre 1997 et 2005, il suit le cheminement de la Tribu Hérisson, créée par un groupe de jeunes musiciens, dont Stéphane Lambert et Frédéric Roudet. « Nous avons eu le Club, à la MJC de Vénissieux, une aventure dingue ! On écrivait la musique, on la répétait et on la jouait et c’était différent à chaque session. Nous avons eu des invités comme Beñat Achiary, avec qui nous avons partagé ensuite la scène du Théâtre de Vénissieux. Le gros temps fort a été l’année 2002 où nous avons reçu Louis Sclavis et le percussionniste Jean-Pierre Drouet. Avec Sclavis, nous avons joué cinq-six fois. La première fois où je l’ai vu, c’était au Théâtre de Vénissieux, pour un programme Ellington. Je ne pratiquais pas encore la clarinette basse et je m’étais dit qu’il fallait que je m’y mette. »

En parallèle, Laurent travaille avec Résonance contemporaine, une structure de Bourg-en-Bresse qui gère un ensemble vocal de femmes et les Percussions de Treffort. Sa clarinette accompagne les six voix féminines et les Percussions, qui mêlent gens valides et handicapés, et où il reste de 1997 à 2010.

Un Laurent en Turakie
Il entre au Turak Théâtre en 2007 et s’apprête aujourd’hui, à la fin de la tournée de Carmen, à se lancer dans d’autres projets loin du théâtre d’objets de Michel Laubu. « Le premier spectacle, Intimae, on l’a joué au Théâtre de Vénissieux comme À notre insu, en 2010. J’ai commencé comme musicien de scène et compositeur et, depuis cinq ans, je me suis mis aussi à la vidéo. »

Outre pour le Turak, Laurent a également signé quelques vidéo-poèmes pour Armand le poête, alias Patrick Dubost. Côté musique, il a retrouvé depuis 2012 son copain de toujours, le trompettiste Fred Roudet, au sein de Possible(s) Quartet, aux côtés de Rémi Gaudillat et Loïc Bachevillier. « Avec Fred, on a commencé ensemble à l’école de musique et on a partagé les aventures de No Man’s Land, la Tribu Hérisson, Treffort et le Turak. J’ai de la chance de jouer avec lui depuis 30 ans. Il y a une telle émotion, dans son jeu… « 

Le festival Rhino Jazz de Rive-de-Gier a passé une commande à Possible(s) Quartet, Imperial Quartet et à quatre musiciens américains qui sont sur le dernier album de Bowie de faire des créations autour de l’œuvre du génial chanteur britannique. « Daniel Yvinec, directeur de l’Orchestre national de jazz, a proposé à chaque groupe une liste de morceaux. Nous avons écrit nos arrangements et il a ensuite aiguillé nos répétitions. Nous avons créé cet hommage à Bowie, We Could Be Heroes, le 14 octobre dernier à Saint-Chamond et avons obtenu un gros succès. Nous allons maintenant le tourner — entre autres le 26 janvier 2018 au théâtre Jean-Marais, au cours du Saint-Fons Jazz Festival — et le disque, enregistré en février, sortira à l’automne. »

Autre projet, cette fois avec Stephan Roelants, l’auteur d’un documentaire sur Une Carmen en Turakie qui va sortir prochainement en DVD : « Il a flashé sur le Turak et nous a suivis pendant deux ans. Il est aussi chanteur et nous allons faire un disque ensemble, avec des musiques que j’ai écrites sur ses textes. Je répète aussi en ce moment avec l’ensemble Odyssée un spectacle que l’on créera dans un an. »

Une Carmen en Turakie, le 1er décembre à 20 heures au Théâtre de Vénissieux.

 

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