Dessiner pour l’égalité des sexes

« La mode et le harcèlement de rue » dessiné par Johnny

L’an dernier, à l’occasion des 70 ans de l’Unesco, le collège Honoré-de-Balzac (qui fait partie depuis 2007 du réseau des établissements scolaires associés à l’institution) avait lancé un concours de dessins humoristiques, relayé par des classes de Guyane, de La Réunion, d’Alsace et de Givors. Deux élèves de 6e de Balzac avaient eu les honneurs du jury, dans lequel on retrouvait trois dessinateurs professionnels : Bridenne, Keravis et DuBouillon. Ce dernier a remis le couvert cette année. Il est même venu, le 17 février dernier, rencontrer à Balzac des élèves de 5e et 3e dans la classe de la prof de musique Hélène Leone. Le but de sa présence était double : découvrir les premiers dessins du nouveau concours et écouter la chorale du collège interpréter une chanson que le dessinateur a écrite et qui sera chantée en juin.

« Cette année, explique Hélène Leone, nous avons fait travailler les élèves sur l’égalité filles/garçons. Nous avons également organisé, le 8 février, un café-philo-chocolat-débat sur cette même thématique qui a été très réussi. Nous avions contacté l’association lyonnaise Égaligone, quatre jeunes femmes qui travaillent au centre associatif Boris-Vian et Helen Dugelay de l’OL, venue parler des filles dans le foot professionnel. Dominique Letard, le directeur de l’UNSS (Union nationale sport scolaire), dont le siège est à Sembat-Seguin, a témoigné sur les projets d’accompagnement des filles dans le sport. Des parents du centre social du Moulin-à-Vent étaient présents, dont trois mamans. Nous avions dix tables et une thématique par table : le vêtement, la représentation des femmes dans les paroles de rap, les femmes et le travail… »

« Les inégalités salariales » par Thibaut

Pour l’heure, place aux dessins avec DuBouillon. Avant de parler des travaux des élèves, celui qui enrichit de son humour l’actualité hebdomadaire du Progrès accepte de répondre aux interrogations des jeunes. « Vivez-vous de votre métier ? » Qu’il soit écrivain, peintre ou dessinateur, l’artiste qui intervient dans les classes entend toujours cette question. Elle est l’occasion pour DuBouillon de retracer son parcours, qui l’a fait passer de Tintin à Paris Match, Lyon Poche et Le Progrès.

On lui demande alors s’il fait le même genre de caricature que dans Charlie Hebdo. « C’est différent, je dessine pour Le Progrès de Lyon qui a un grand lectorat très populaire. Charlie Hebdo est orienté politiquement, il se moque du pouvoir en place… »

« De la religion aussi », remarque un élève. « Oui, et c’est la liberté de notre métier, de pouvoir plaisanter sur des sujets très sérieux. Les journaux comme Charlie se sont toujours moqués de l’autorité, de l’armée, de l’institution de l’État, de la religion aussi et, à une époque, ça ne posait pas de problème. La religion est devenue aujourd’hui très envahissante et nous avons envie de parler de tout. Mais elle n’est pas le seul sujet de nos dessins. »

On pense au Tartuffe de Molière et à son « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » En matière de presse caricaturale, Molière lui ferait dire : « Montrez ce dessin que certains ne sauraient voir ! »

En maillot à l’Assemblée

« À l’Assemblée nationale », par Linda

Il est temps de regarder les œuvres des élèves, projetées au tableau. Le premier montre une fille obligée de s’exhiber en maillot devant un parterre d’hommes à l’œil bien arrondi par sa performance. On comprend que c’est la seule façon pour elle de se faire entendre. « Cette assemblée masculine, commente DuBouillon, pourrait être l’Assemblée nationale. Tu devrais le préciser au-dessus, parce que l’hémicycle sera trop dur à dessiner. »

L’élève mentionne alors son inspiration, cette « dame qui, à l’Assemblée, s’est fait siffler en jupe ». Sur un autre dessin, une fille demande à un garçon son numéro de téléphone. « C’est très intéressant et très bien dessiné, remarque DuBouillon. Un dessin doit être compréhensible au premier coup d’œil ! » Sur un autre, un garçon se vante de ses conquêtes et une fille dit qu’elle aussi en a eu. Un rappeur — c’est clairement écrit au-dessus du personnage — est entre les deux. Explication de texte : « C’est parti d’une chanson où la fille fait des choses que le garçon ne tolère pas. Elle dit qu’elle a eu plusieurs conquêtes, elle se fait passer pour une… heu… voilà… alors que, pour un garçon, c’est bien ! »

Il s’agit à présent de retravailler un peu le dessin pour que le sens apparaisse mieux. Il va en être ainsi des autres propositions que les élèves peaufinent depuis leur retour des vacances de février. D’autres arriveront encore. Les résultats du concours seront proclamés le 20 juin au Théâtre de Vénissieux.

Une pensée sur “
Dessiner pour l’égalité des sexes

  • 10 mars 2017 à 8 h 38 min
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    Merci et bravo pour ce super article qui rend visible et valorise le travail et l’implication des élèves, des artistes, des équipes.

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