« Amertume et colère » après la table ronde en préfecture sur Veninov

veninov-4-940x623
Une table ronde sur la situation de l’entreprise Veninov a été organisée à la préfecture du Rhône en fin d’après-midi jeudi 17 novembre. Le maire de Vénissieux, Michèle Picard (PCF), avait demandé la tenue d’une telle réunion avec tous les acteurs du dossier le 7 octobre, à l’annonce de la fermeture du site, puis le 18 octobre dans un courrier adressé au Premier ministre. Autour du préfet Delpuech se trouvaient donc Michèle Picard, Laurent de Galard (délégué du gouvernement), des fonctionnaires de la Direrccte (1) et du Grand Lyon. Aucun représentant de la Région.

Le maire de Vénissieux était la seule élue présente, le député de la circonscription, Yves Blein (PS), s’étant fait représenter par son attaché parlementaire. Coté Veninov, Eric Kurtz (directeur général de Windhager France) était venu accompagné d’avocats. La CGT, seule organisation syndicale de l’entreprise, était reçue plus tard, en début de soirée (voir plus loin).

Colère et amertume
Après deux heures de discussion, la maire de Vénissieux est sortie de la réunion « toujours en colère et amère ». Pour Michèle Picard, « on se demande bien à quoi sert le tribunal de commerce de Nanterre, à quoi servent les décisions de Justice. » En avril 2012, les juges avaient autorisé la cession de Veninov à Windhager sur la base d’engagements pris par le repreneur : embauche de 80 salariés d’ici fin 2015, investissement de plus de 20 millions d’euros, relance de la production. « Depuis, les cylindres d’impression ont été transférés en Hollande, toute activité a été stoppée et les salariés licenciés. Tout le contraire de l’ordonnance du juge, mais Windhager exploite les marques Venilia et Bulgomme, les matrices et 6 hectares de terrain ! » Michèle Picard a rappellé que les collectivités publiques (Grand Lyon, région, commune) avaient mis la main à la poche pour permettre une reprise de l’outil industriel dans de bonnes conditions.

veninov-912-728x486
Michèle Picard, lors du rassemblement devant Veninov, le 3 novembre

Déménagements
Pendant ce temps, rue Eugène-Maréchal à Vénissieux, des intérimaires finissent d’écouler les stocks. Les derniers rouleaux de toiles cirées sont expédiés chez les clients (grandes surfaces de bricolage, supermarchés Leclerc…). Ensuite, c’est un sous-traitant alsacien qui sera chargé de la logistique. Les 11 salariés de Veninov Productions ont quitté les lieux le 10 novembre. Ne reste sur place que la filiale Venilia France (marketing – vente), qui commercialise les produits de la marque Venilia, désormais fabriqués à l’étranger. Elle emploie 8 salariés et a doublé son chiffre d’affaires entre 2014 et 2015 (2). Lors de la table-ronde du 17 novembre, Eric Kurtz a annoncé que Venilia France déménagerait bientôt à Bron, dans des locaux nettement moins grands que les 6 hectares du site vénissian.

Un emplacement convoité
Justement, que vont devenir ces terrains ? Acquis pour deux millions d’euros en 2012 par Windhager, lors de la reprise de Veninov, ils sont situés en centre-ville de Vénissieux, à deux pas du tram et des gares du métro et de la SNCF, dans un secteur très convoité par la promotion immobilière et en pleine croissance démographique. Le soupçon d’opération de plus-value foncière pèse d’ailleurs sur la reprise de Veninov depuis longtemps. Pour empêcher ce « tour de passe-passe », la municipalité de Vénissieux a toujours affirmé qu’elle ne changerait pas la destination de ces terrains lors de la prochaine révision du PLU-H, en conservant le zonage en activité de production (industrielle ou artisanale) de ces parcelles. « J’ai réaffirmé haut et fort cette position le 17 novembre devant le préfet, qui l’a actée, explique Michèle Picard, et devant les représentants du Grand Lyon. Si Windhager vend ces terrains, ce sera à ces conditions. » En février dernier, Eric Kurtz avait confié au Progrès que sa société cherchait à vendre une partie du site. A l’époque, le directeur général excluait une fermeture totale. Sept mois plus tard, l’entreprise est déserte.

Quelles sanctions ?
Devant le Préfet, les représentants des collectivités et du repreneur, Michèle Picard a dénoncé un « scandaleux gâchis ». « Si les ordonnances du tribunal de Nanterre avaient été suivies par Windhager — qui n’est pas en difficulté, je le rappelle — nous aurions une entreprise de 80 salariés au lieu d’un désastre économique et social dont on est libre de penser qu’il a été organisé. En France, si on ne respecte pas une décision de justice, il y a des sanctions. Quelles seront-elles dans le cas de Windhager ? Je n’ai pas eu de réponse à cette question lors de la table ronde ».

Quatre mois de salaire pour se taire
Windhager France a mis en place une cellule de reclassement pour les salariés de Veninov Productions licenciés le 10 novembre. En plus des indemnités légales de licenciement, la filiale du groupe autrichien leur octroie quatre mois de salaire. A condition de signer confidentiellement une « renonciation d’action et d’instance », selon le document dont nous avons pris connaissance. En clair, à condition de s’engager à ne pas poursuivre l’entreprise, aux Prud’Hommes par exemple. La CGT a pourtant l’intention de porter l’affaire en justice. C’est ce qu’a indiqué la délégation syndicale (3) reçue à son tour par le préfet le 17 novembre, à 19h30, après un rassemblement devant la préfecture. « Windhager a usurpé la reprise, a estimé François Marques. Il n’a même pas essayé de tenir ses engagements, il doit rendre des comptes ! »


(1) Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi
(2) Plus de 2 millions d’euros. Source : www.verif.com (greffes des tribunaux de commerce), novembre 2016
(3) Composée de Joao Pereira-Afonso (secrétaire de l’Union départementale CGT), François Marques (secrétaire de l’Union locale CGT Vénissieux-Saint Fons-Feyzin), Jean-Luc Gras (délégué CGT de Veninov)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *