“L’accueil des réfugiés arrive bien tard”

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Seham, Gian et Fadia (de g. à d.), trois sœurs syriennes réunies dans l’exil

 

Depuis six mois, Seham Sage a transformé son modeste T 4 aux Minguettes en centre d’hébergement d’urgence pour ses deux sœurs, Gian et Fadia, leurs maris et enfants. Treize personnes au total dans un peu plus de 70 m2. “Évidemment c’est difficile, témoigne Seham, qui habite Vénissieux depuis 2003. Mais c’était une question de vie ou de mort pour ma famille.”

Comme Seham, Gian et Fadia sont membres de la communauté des Chrétiens d’Orient. Elles sont originaires du district d’Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. Avant de trouver refuge en France, elles vivaient en Irak, près de Mossoul, une ville riche, active, dynamisée par les importants gisements de pétrole qui l’entourent. Quand la cité tombe aux mains de l’État islamique, en juin 2014, tout bascule. En particulier pour ceux qui ne partagent pas l’idéologie rétrograde des nouveaux maîtres : les Chrétiens d’Orient, les Chiites et les Yezidis deviennent indésirables.

Gian, qui possède un important patrimoine immobilier et commercial avec son époux, s’accroche jusqu’au mois d’août. Puis finit par tout abandonner sous la menace pour rallier un camp de réfugiés à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Fadia, qui enseigne la philosophie — ce qui la rend encore plus suspecte aux yeux des islamistes — résiste quelques mois de plus. En octobre, elle parvient à gagner la France grâce à l’obtention d’un visa d’asile. Fadia et sa famille en bénéficient à leur tour au printemps 2015, après huit mois passés dans le camp.

Sans tergiverser

“Le plus dur, raconte Fadia, c’est de laisser tout ce qui fait votre vie : votre maison, vos biens, vos amis, vos racines. C’est un déchirement terrible.” Grâce à l’asile politique accordé par la France, les deux sœurs se sont épargné une longue errance. “C’est bien plus difficile pour les dizaines de milliers de personnes qui sont actuellement sur les routes, poursuit Fadia. L’Europe a fini par réagir au drame que nous vivons, mais cet accueil arrive bien tard.”

Par la voix de François Hollande, la France s’est engagée à accueillir 30 000 réfugiés sur deux ans. Pour l’heure, les détails de ce dispositif national ne sont pas connus. La Région Rhône-Alpes, au vu de son poids démographique, pourrait voir arriver entre 2500 et 3000 personnes. Dans la Métropole de Lyon, la mobilisation a commencé début septembre entre les services de l’État, les bailleurs sociaux, les opérateurs de l’asile et bien sûr les communes.

“Les maires étaient réunis dans nos murs la semaine dernière, indique le service des relations publiques de la Métropole. Il leur a été demandé de faire remonter leurs possibilités de logement. Mais nous ne savons pas pour l’instant combien de réfugiés seront acheminés sur Lyon, ni quand ils le seront. Nous avons noté un souci commun de construire un accueil pérenne, de qualité, notamment en matière d’éducation des enfants et d’insertion des adultes.”

Pour la Ville de Vénissieux, Michèle Picard s’est rapidement positionnée en déclarant que “la première des urgences est, sans tergiverser, la solidarité et le devoir d’accueil des populations fuyant une guerre sanglante, en vertu du respect de la Convention de Genève.” Quelques jours plus tard, lors de sa conférence de presse de rentrée, elle précisait que “Vénissieux s’inscrira dans le dispositif prévu par la Métropole, sans discrimination religieuse, au nom des principes républicains indivisibles.”

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