Marie Cazorla, une vie de militante communiste

Marie Cazorla

L’idée d’ouvrir cette page à Marie Cazorla s’est imposée d’elle-même, le 25 septembre dernier, lors de la remise des “Reconnaissances vénissianes”. Ce jour-là, dans de cadre du Grand rendez-vous de la ville, le maire remettait une distinction aux personnalités qui ont marqué la vie locale. Notamment aux élus ayant accompli trois mandats consécutifs. Quand vint le tour de Marie, ce fut une véritable ovation. Si les élections se faisaient à l’applaudimètre, nul doute qu’elle partirait pour un quatrième mandat.

Quelques semaines plus tard, dans son appartement de la rue du Parc, à Parilly – où elle vit seule depuis que son mari Jean est décédé il y a trois ans – c’est avec un sourire amusé, mêlant satisfaction et un certain détachement, qu’elle évoque cette remise de médaille : “C’est sûr, ça m’a fait plaisir, mais vous savez on milite plus avec le cœur que pour les honneurs. Si j’ai fait tout ça, c’est parce que j’aime défendre les gens et que je suis convaincue de la justesse de mes idées”. Idées politiques. Cela va sans dire. Même à 82 ans, Marie Cazorla ne s’arrête jamais de faire de la politique. “C’est là-dedans, que voulez-vous ?”, dit-elle en se tapotant la tempe de l’index. Le matin, chez le boulanger, ou l’après-midi, au foyer du temps libre, pas question de causer de la météo et autres platitudes. “Ah ça non ! Moi j’aime provoquer le débat. Souvent les copains me disent d’arrêter mais je ne peux pas, c’est plus fort que moi. C’est parce qu’il y a trop d’injustices. Je crois que je suis plus révoltée que jamais, parce qu’on s’est battu pour obtenir des avancées sociales et qu’aujourd’hui on nous reprend tout. Je ne le supporte pas.”

Marie Cazorla date le début de son engagement en 1945, année où elle est “entrée » chez Berliet en même temps qu’à la CGT. Mais dix ans plus tôt, alors qu’elle n’avait que quatorze ans, la petite Marie Bastida avait déjà adhéré aux “Jeunes filles de France”, la version féminine des Jeunesses communistes. “Je suis d’une famille de Républicains espagnols”, précise-t-elle, pour souligner la filiation des idées. Dans les usines du grand constructeur, la nouvelle déléguée CGT ne tarde pas à donner sa pleine mesure. Elle n’hésite pas à prendre la parole devant des centaines d’ouvriers. Elle sait les entraîner dans la grève, trouver les mots justes. “Dès que le patron est revenu, après la période de gestion ouvrière, on s’est énormément battus. On a fait de grandes luttes et on a obtenu de nombreux avantages. J’ai beaucoup donné personnellement, au détriment de mon salaire d’ailleurs. Je ne dirais pas de ma carrière, car je ne suis pas carriériste, je suis communiste.”

Sur le terrain

La “bagarre” syndicale durera 20 ans… Jusqu’au jour où on lui propose d’être candidate aux municipales sur la liste de Marcel Houël. Elle est nommée 3e adjointe, responsable des restaurants d’enfants et des colonies de vacances, puis de l’aide sociale et du 3e âge. “On ne m’avait pas avertie. J’ai été extrêmement surprise. J’ai hésité car Je n’étais pas une femme de bureau, mon univers c’était l’atelier. Cela dit, j’avais très envie d’entrer en politique : la CGT c’est bien, mais le parti communiste c’est le pas en avant.” L’aventure durera cette fois 18 ans. Trois mandats successifs, sans oublier des responsabilités d’élue communautaire à la Courly. Pas beaucoup de place pour la vie de famille. Ni samedi, ni dimanche. Jamais couchée avant minuit. D’autant qu’elle avait gardé de l’époque Berliet un goût prononcé pour l’action de terrain. Pas du genre à rester dans son bureau. “Un jour j’ai fait 700 km pour aller régler un problème dans une colonie à Sète. Et le soir j’inaugurais une sculpture de Georges Salendre aux Minguettes, j’avais même pas eu le temps de préparer un petit discours. Il fallait tenir un sacré rythme, mais c’était toujours avec envie et plaisir. J’avais la satisfaction d’œuvrer pour les gens, de défendre mes idées, et le souci de ne pas décevoir ceux qui m’avaient élue.”

Quand tout s’arrête en 1983, c’est le grand vide. “Le soir je n’arrivais pas à trouver le sommeil, j’avais acheté un canevas pour compenser”, se souvient Marie, en levant les yeux au ciel, comme pour se moquer d’elle-même. Le travail de broderie ne dure pas. L’ancienne syndicaliste a trop besoin d’action, et l’ancienne élue manque de responsabilités. “J’ai eu l’idée de créer l’activité piscine pour les retraités. Il fallait quinze personnes pour démarrer, alors j’ai fait du porte-à-porte dans mon quartier. C’est comme ça que j’ai commencé ma retraite”.

Aujourd’hui, les journées de Marie sont toujours bien remplies. Il y a l’incontournable partie de cartes de l’après-midi avec les copains du foyer du temps libre. Et bien sûr le militantisme : les manifs, les distributions de tracts, le syndicat des retraités Berliet et les réunions du parti communiste. Jamais pour faire de la figuration. Pour parler haut et fort, sans détours, comme à son habitude. “Dans les réunions je dis ce que je pense, sinon je ne dors pas de la nuit, j’en suis malade. Récemment on a enlevé la faucille et le marteau sur le journal de cellule, j’étais pas d’accord. On ne doit pas avoir honte de notre emblème. Je l’ai dit.”

Pas question toutefois, même en cas de désaccord profond, de quitter le navire. “Même si je suis en opposition, je reste, je m’explique, je m’engueule, mais je reste”. Et d’ajouter sur le ton de la confidence : “En ce moment on est un peu divisé au sein du parti à Vénissieux. Ça me fait mal, très mal. On a tellement donné. On doit rester unis. Après tout, on se bat tous pour la même chose.”

Une pensée sur “Marie Cazorla, une vie de militante communiste

  • 31 août 2015 à 18 h 05 min
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    condoleances à la famille.Chapeau bas Mme Cazorla .

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