Chez Sillia, direction et CGT divergent profondément sur l’avenir

Sillia

Il y a quasiment un an, le groupe breton Sillia reprenait les activités photovoltaïques de Bosch, à Vénissieux, avec 135 salariés. Les débuts, on le sait, ont été compliqués avec un carnet de commandes en berne, du chômage partiel et des pannes récurrentes sur les chaînes d’assemblage de panneaux solaires. Le tout dans un secteur qui reste ultra-concurrentiel, dominé par les entreprises chinoises.

Mais l’heure semble enfin à l’éclaircie selon la direction. Dans une interview accordée à nos confrères de « La Tribune », les responsables de Sillia disaient récemment leur optimisme et leur confiance, nourris par le retour des commandes, la fin du chômage partiel et la mise en place d’une quatrième équipe de nuit.

Optimisme que nous a confirmé Axel Becker, directeur du développement produits et marketing : “Nous pensons en effet que le plus dur est passé, la phase de démarrage était difficile mais aujourd’hui nous avons de bonnes raisons d’être confiants. Les commandes liées au CRE 2 (N.D.L.R. : Commission de régulation de l’énergie) sont en cours d’exécution, nous avons développé un nouveau produit, en résumé je dirais que nous entrons enfin dans un cadre de travail normal.”

Sauf que la CGT (syndicat devenu majoritaire dans l’entreprise lors des dernières élections) a une analyse diamétralement opposée. Ce n’est même plus l’histoire de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, mais une profonde divergence dans la lecture de la situation.

« Les caisses sont vides »

“La vérité c’est que les caisses sont vides, affirme le délégué, Franck Fontimpe. Nous l’avons appris le 22 mai lors d’un comité d’entreprise extraordinaire. Quand Bosch a donné l’entreprise à Sillia l’an dernier, il a laissé une enveloppe de 9,4 millions d’euros pour l’aider à passer les trois premiers exercices. Mais il n’y a déjà plus rien ! Comment allons-nous tenir les deux prochaines années sans ce filet de sécurité ? On aimerait y croire mais on ne voit pas comment c’est possible. Nous travaillons en sous-effectif, les pannes matérielles n’ont pas cessé. Et quand la direction parle d’un retour des commandes, nous, nous voyons bien dans les ateliers qu’il s’agit en fait de travaux qui n’avaient pas pu être réalisés à cause des nombreux problèmes techniques rencontrés ces derniers mois. Il faudrait fabriquer 330 modules par jour pour être rentable, or on ne dépasse pas les 250.”

Axel Becker n’est “pas surpris” par le discours de la CGT qui “n’a jamais cru à la reprise”. “Ce n’est pas faux, concède Frank Fontimpe, nous continuons de penser que le site aurait dû rester dans le giron de Bosch et que Sillia n’a pas les reins assez solides pour s’en sortir.”

Derrière ces discours aux antipodes, on pourrait être tenté de ne voir que deux stratégies de communication poursuivant des objectifs propres : pour la direction rassurer le monde économique, et pour la CGT prouver que son pessimisme de départ était justifié. Mais les enjeux sont peut-être plus lourds. Dans deux ans en effet, s’achèvera la période pour laquelle Bosch s’est engagé à appliquer ses conditions supra-légales de licenciement (assez généreuses) en cas de plan social. Chez les 135 salariés, dont un bon nombre ne sont pas très éloignés de la retraite, la crainte est de basculer dans le régime Sillia et de renoncer à un départ avantageux si l’entreprise venait à fermer. Bosch en revanche s’en tirerait à meilleur compte, et financièrement et sur le plan de l’image.

“C’est évidemment dans les têtes, reconnaît le délégué CGT. Si Sillia tient encore quelques années et dépose le bilan, on aura tout perdu. » La direction est consciente de cette crainte. Elle sous-entend même que cette peur de l’avenir ne serait pas étrangère aux difficultés de l’entreprise. « Si nous travaillons tous ensemble nous pouvons réussir, déclare Axel Becker, mais il faut pour cela que les salariés tournent définitivement la page de l’époque Bosch. »

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