17 octobre 1961 : “Construire ensemble le socle d’une mémoire partagée”

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Une cérémonie commémorant la journée du 17 octobre 1961 à Paris s’est déroulée vendredi soir, devant la stèle du souvenir que la Ville a fait ériger en 2011 au parc Louis-Dupic. 53 ans plus tôt, des milliers d’Algériens se rejoignaient sur les Grands Boulevards, pour une manifestation organisée par le FLN (Front de libération nationale) en faveur de l’indépendance de l’Algérie. La répression policière, dirigée par le préfet Maurice Papon, est sanglante : les historiens estiment que quelque deux cents Algériens sont morts sous les coups portés par les forces de l’ordre. Certains sont jetés dans la Seine. D’autres manifestants, arrêtés et internés, subissent des violences plusieurs jours durant.

Organisée par le maire, Michèle Picard, avec le Collectif des associations algériennes pour la reconnaissance du 17 octobre 1961 que préside Amar Chebel, la cérémonie s’est déroulée en présence de nombreux conseillers municipaux, de Vénissians et de l’ancien ministre algérien Ali Haroun et du consul d’Algérie Abdelkader Kacimi El Hassani. Une gerbe de fleurs a été déposée devant la stèle.

Dans son intervention, Ali Haroun a rappelé “les souffrances endurées par ces hommes et ces femmes dont le seul crime était de se battre pour leur liberté, comme le peuple français l’avait fait à de nombreuses reprises par le passé.”

“Le pire, pour les familles endeuillées, pour les progressistes qui dénonçaient et luttaient contre la colonisation depuis des années, c’est cette chape de plomb qui allait s’abattre sur la mémoire collective de notre pays, déclarait pour sa part Michèle Picard. Elle n’a pas été immédiate. (…) Puis plus rien, on efface, on cache, on gomme un chapitre noir de l’histoire de notre pays. Ce vide est voulu, intentionnel, il rejoint la stratégie d’amnésie collective, de la raison d’État au-dessus de tout. (…) Nous avons aujourd’hui retrouvé la mémoire du 17 octobre. Elle est le fruit d’avancées réelles, souvent accomplies à petits pas, mais qu’il nous faut défendre. Le déni et l’amnésie sont derrière nous, ne perdons pas de temps pour construire ensemble le socle d’une mémoire assumée, d’une mémoire enfin partagée.”

La soirée s’est poursuivie à la médiathèque Lucie-Aubrac par un hommage rendu à l’historien et écrivain Jean-Luc Einaudi. Un débat a suivi la projection d’une vidéo de l’INA sur le procès en diffamation que lui avait intenté en 1998 le préfet Papon, procès qui se terminera par la relaxe de l’historien.

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