L’air à la loupe

Dans la région, 83 % des habitants se disent “assez” ou “très préoccupés” par la qualité de l’air qu’ils respirent. C’est ce qui ressort d’une récente étude commandée à l’institut Ipsos par l’observatoire Air Rhône-Alpes. Il faut dire qu’entre la pollution à l’ozone l’été et aux particules fines l’hiver — l’hiver dernier, le seuil réglementaire avait été dépassé un jour sur trois, et les premières alertes à la pollution de cette saison ont été données dès le 18 novembre —, les Rhônalpins ont des raisons de s’inquiéter.

“Ce qui est sûr, indique Éric Chaxel, d’Air Rhône-Alpes, c’est que les particules fines font beaucoup parler d’elles.” C’est légitime : avéré par de nombreuses études, leur impact sanitaire est réel. Et leurs conséquences sont nombreuses : citons par exemple une perte d’espérance de vie de six mois en moyenne, ou encore une augmentation de la part d’asthmatiques dans la population de l’ordre de 15 %. “L’opinion publique, sensibilisée à ces dangers, se mobilise donc fréquemment pour faire baisser les sources de pollution.”

Dans le cas de Vénissieux, les polluants sont principalement causés par le secteur industriel, davantage que dans le reste du Grand Lyon. En revanche, si la part du trafic automobile est sensiblement équivalente dans l’agglomération, celle du chauffage est inférieure. “Avec le périphérique, Vénissieux a une source importante de pollutions liées à l’automobile, explique Éric Chaxel. Elle diminue ces dernières années, grâce aux transports en commun et aux pistes cyclables. Concernant le chauffage, il existe un réseau de chaleur assez développé, utilisant notamment la biomasse à la place du fuel. Les émissions de polluants sont donc plus faibles.”

Doit-on s’inquiéter de la raffinerie ?

L’air de Vénissieux est donc “plus vicié” par le secteur industriel que celui du reste de l’agglomération ; il est en revanche moins impacté par le secteur résidentiel et son mode de chauffage. “Au final, c’est équivalent, tranche l’observatoire Air Rhône-Alpes : on ne respire pas moins bien à Vénissieux qu’à Lyon.”

Notons que les études réalisées se basent sur une période durant laquelle l’entreprise Carbone Savoie, qui était l’une des principales sources de pollution en HAP (Hydrocarbures aromatiques polycycliques) de l’agglomération, n’avait pas encore mis en service son nouveau centre de traitement des fumées par OTR. Celui-ci, en route à l’été 2013 sera au centre de toutes les attentions lors du prochain bilan que réalisera l’observatoire. Les premiers résultats, mesurés par la société elle-même, sont encourageants : l’équipement a fait passer les émissions de HAP de 0,54 ng/m3 en juillet 2011 à 0,04 ng/m3 en juillet dernier.

Reste la question de la proximité avec la raffinerie de Feyzin. Combien de Vénissians, à la vue des embrasements inhabituels de la torche, l’été dernier, ont craint pour leur santé ? Selon Air Rhône-Alpes, les conséquences de ces épisodes seraient minimes… en tout cas au niveau du sol. “Nous vérifions constamment les émanations dans ce secteur, grâce à deux capteurs — dans le stade de Feyzin et à Pierre-Bénite —, confirme Éric Chaxel. S’il est malgré tout difficile de savoir avec certitude ce qui sort de la torche lors d’un incident, puisque ce qui est mesuré dépend de beaucoup de facteurs, comme la météo ou la direction du vent, nous avons quelques informations. La sortie de la torche est assez haute pour que les fumées soient vite dispersées dans l’atmosphère. De fait, on relève très peu d’impact au niveau du sol. Sauf en ce qui concerne les odeurs, qui peuvent parfois être très fortes.”

Des odeurs qui ne sont donc forcément synonymes de pollution. Reste que la gêne, réelle, pousse les habitants à réagir. La moitié des Rhônalpins sondés par Air Rhône-Alpes envisagent de se mobiliser dans des actions citoyennes pour lutter contre la pollution atmosphérique.

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