"Le Hobbit" ne fait pas le moine

L’impatience était mêlée de crainte. Dix ans après l’immortelle saga du « Seigneur des anneaux », Peter Jackson remettait le couvert avec les aventures de Bilbo le Hobbit, ébauche de Tolkien à sa fameuse trilogie. Voici donc « Le Hobbit » (son nom a disparu du titre), premier film d’une série de trois. Le premier est à l’affiche depuis le 12 décembre (entre autres, au cinéma Gérard-Philipe), les deux autres étant prévus pour 2013 et 2014. Cette grande histoire se déroulant, c’est entendu, une soixantaine d’années avant « Le seigneur des anneaux ». Ça ne vous rappelle rien ? George Lucas avait démarré sa trilogie des « Star Wars » par les épisodes 4, 5 et 6 avant de tourner les 3 premiers une quinzaine d’années après, avec des similitudes de personnages et d’actions.

Nous voici donc en compagnie du « Hobbit » avec, c’est entendu, autant d’impatience que d’appréhension. Et cette deuxième grandit au fur et à mesure que le film avance, jusqu’à un point de basculement. Que se passe-t-il, avec ce début du « Hobbit » : nous nous retrouvons dans la Contrée, en territoire connu, avec des personnages connus : Bilbo âgé (Ian Holm), Gandalf (Ian McKellen) et même une apparition de Frodon (Elijah Wood). On nous raconte une vieille histoire qui s’est déroulée des décennies auparavant (la perte de leur royaume par les Nains) et comment un petit Hobbit insignifiant se retrouve au cœur d’une grande aventure. Là où le bât blesse un peu plus, c’est que les effets numériques… ressemblent à du numérique et que l’état de grâce n’y est plus. Même l’humour qui envahit les premières séquences avec l’arrivée impromptue des Nains ne semble destiné qu’aux cours de récréation. Tout paraît vu et revu et le roi des Nains (Richard Armitage), dans un rôle similaire, n’a malheureusement pas l’envergure de Viggo Mortensen. L’intérêt se rallume un peu avec l’arrivée d’un nouveau personnage, Radagast, le sorcier brun (Sylvester McCoy).
Le point de basculement cité précédemment survient lorsque la petite troupe, sorte de fac-similé de la communauté de l’anneau, tombe aux mains des Gobelins. Certes, on a déjà vu ce genre de scènes dans l’un ou l’autre épisode du « Seigneur des anneaux » mais, tout à coup, le souffle épique caresse enfin les péripéties montrées à l’écran. L’arrivée de Gollum (et ce n’est pas trahir un secret de dire qu’il fait aussi partie de l’aventure, puisqu’il est présent sur les affiches du « Hobbit ») apporte enfin la grâce et ranime l’intérêt. Mieux, Gollum secoue le spectateur, le prend par la main, lui, toujours aussi répugnant et fascinant, et nous entraîne dans le film. Il était temps qu’un chef de gare siffle enfin le signal de départ du train.


Qu’on ne s’y trompe pas : Peter Jackson suit de très près le récit de Tolkien. Qu’est-ce qui fait alors qu’on soit nettement moins accroché par les images ? C’est comme si on avait grandi (dix ans de plus, quand même) et que la belle demeure de notre souvenir nous paraisse finalement pas si grande que cela. Alors, pour se rassurer, on extirpe de notre collection de DVD le coffret du « Seigneur des anneaux » et, dès les premières mesures de la musique de Howard Shore, on est littéralement chopé par la majesté.
Et vous savez quoi ? Du coup, on se dit qu’on ira malgré tout voir le deuxième épisode du « Hobbit » et sans doute le troisième aussi parce que Peter Jackson, quoi qu’on en dise, mérite vraiment qu’on lui laisse sa chance. Comme un petit Hobbit perdu dans une troupe beaucoup plus aguerrie que lui.

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