Conseil de quartier du centre : le fleuriste, le boulanger et la fée Clochette

Ils sont nombreux à être venus à leur conseil de quartier. Plus d’une centaine, assurément. Et beaucoup de ces habitants du centre sont impatients d’interpeller les élus. Un problème les taraude en particulier : le petit commerce local et son offre alimentaire. Et quand Jean-Maurice Gautin, le président du conseil, fait circuler le micro, il passe vite de main en main.

La première intervention vient d’une dame qui se plaint des « inconvénients » engendrés par l’immeuble que l’Opac du Rhône a construit à l’angle des rues Jules-Ferry et Paul-Bert. Elle décrit le bruit, les trottoirs pas nettoyés. Aussitôt, un monsieur se présente. Il est le « mari de la fleuriste », installée à proximité de cet immeuble où des surfaces commerciales sont à louer : « J’ai appris par hasard qu’un fleuriste allait s’installer. » Indigné qu’une telle concurrence puisse s’installer en face du “Lys d’Or”, il déplore qu’on lui vienne pas en aide : toutes les idées qui ont été avancées lors d’une réunion avec le service municipal de l’économie (transfert, achat, location…) débordent largement de son budget.

Comment faire admettre qu’une ville n’a pas le pouvoir d’empêcher un commerçant de s’implanter ? Tour à tour, les adjoints au maire Bayrem Braïki et Henri Thivillier vont s’y essayer. « L’ouverture d’un commerce relève d’une démarche privée qui rapproche un propriétaire et un locataire, explique l’adjoint à l’économie. La liberté d’exercer s’impose à tous.” Si elle n’est pas décisionnaire, la Ville a cependant un droit de regard, qu’elle a fait jouer, assure Henri Thivillier : “Quand l’Opac nous a informé qu’un fleuriste voulait s’implanter dans ce bâtiment, nous avons attiré son attention sur le Lys d’Or. Nous avons dit : ne faites rien sans avoir eu contact avec la fleuriste et sans que des propositions lui soient faites. Nous réinsisterons pour que l’Opac examine avec vous toutes les possibilités. »

Plus tard, une dame reviendra sur le sujet pour se plaindre d’avoir vu fermer douze commerces autour de chez elle depuis 1978. « On n’a pas besoin de quatre opticiens et de cinq coiffeurs. Ce qui nous manque, ce sont des commerces de bouche. » « On voudrait tous que le centre ville retrouve des commerces dynamiques, rajeunis et répondant aux besoins, répète l’adjoint à l’urbanisme. Mais on est dans des rapports de marché. Prenez les boulangers : il y en avait deux rue Paul-Bert, qui ont fait le choix de partir. Pour les remplacer, il faut qu’un boulanger dise : je viens. Mais les seules offres sont celles de points chauds. La dynamique commerciale d’une ville relève des commerçants eux-mêmes. » Désireux qu’une action coordonnée se monte avec l’association Plein centre, H. Thivillier suggère aussi qu’un « atelier de ville » (autrement dit, un groupe de travail) réunisse sur le sujet conseil de quartier, habitants et commerçants.

Beaucoup de personnes interviendront sur des questions liées à l’urbanisme et à la sécurité, des biens et des personnes. Une dame voudrait savoir ce qu’il adviendra du site du lycée Jacques-Brel lorsqu’il sera déconstruit. « Le Grand Lyon, par précaution, préempte tout ce qui se vend autour de cette zone de 4 hectares afin de garantir une unité de terrain. Mais rien n’est décidé », répond Henri Thivillier. Il est aussi question de la vitesse sur les rues Jean-Jaurès, Jean-Macé, rue Billon… de beuveries sur un parking public, de voitures vandalisées sur un autre. Christian Falconnet assure que la police municipale y sera attentive. Comme dans tous les conseils de quartier, le maire a insisté auprès de ses administrés pour qu’ils transmettent leurs doléances au commissaire de police. « Pas parce que je m’en moque, dit Michèle Picard, mais pour être plus efficace. » Elle s’inquiétait aussi du prochain passage en zone de police de Feyzin, pour deux mois encore en zone de gendarmerie. Avec quelles conséquences sur les effectifs policiers dédiés à Vénissieux ? Synthétisant les discussions animées de la soirée, sur les commerces et sur la sécurité, Michèle Picard lançait : « Le maire n’est pas la fée Clochette ». La formule pourrait résumer le débat.

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