Imaginez une course de fond. Les participants jettent des coups d’œil à droite et à gauche pour épier leurs adversaires. Ils démarrent tous du même pied et attaquent la première courbe d’une même foulée. Leurs mains se tiennent à hauteur de leur taille d’une manière identique. Puis un coureur se détache du groupe, trouve sa propre foulée, se démarque totalement dans la façon d’incliner son corps, de serrer les dents. Il a trouvé son rythme, le souffle qui lui convient, il lève les bras. La course est gagnée.
Prenons maintenant les rappeurs. Ils peuvent être amateurs, comme ces sympathiques groupes qui se sont produits le 13 juillet, en début de soirée, sur la petite scène du parc Dupic. Amenés par les Equipements polyvalents jeunes, ils ont su déclencher les applaudissements de ceux qui les écoutaient. Regardons-les de plus près : la main droite se plaque sur l’aine, l’autre est levée à hauteur du visage, l’index recourbé. Ils scandent les mots et portent les tenues des rappeurs américains ou de ces rappeurs sud-africains aperçus sur les télés lors de la Coupe du monde. Cela peut paraître étrange de citer McLuhan à leur propos mais ils appartiennent à ce village global dont parlait le sociologue américain, un village planétaire hip-hop.
Un peu plus tard, sur la grande scène, deux groupes plus professionnels se succèdent, estampillés Bizarre ! : les Vénissians de 404 Prod et les Lyonnais de Fowatile. Leur main droite se plaque sur l’aine, l’autre est levée à hauteur du visage, l’index recourbé. Ils scandent les mots et portent les tenues des rappeurs. Ils font du bon boulot mais ils n’ont pas encore trouvé leur souffle, leur rythme.
Arrive alors Beat Assailant. Ce rappeur américain a été remarqué en France, où il poursuit sa carrière. Il a le phrasé rap mais sa musique le pousse vers de nouveaux horizons. Sa section cuivres (un tromboniste, un trompettiste et un saxophoniste) se déhanche d’une manière régulière, qui rappelle ces grands orchestres de jazz ou les instrumentistes de BB King ou de James Brown. Le rap se marie ici harmonieusement avec la soul et le rythm ‘n’ blues. Beat Assailant n’appelle-t-il pas sa formation “Hip Hop Big Band” ? Les musiciens de sa formation sont d’ailleurs des multi-instrumentistes : la choriste prend la basse, le saxophoniste s’empare de la guitare ou de la flûte traversière quand il ne chante pas. Ils occupent tous la scène, le flow est là et l’on se dit que les Fêtes escales 2010 ont bien démarré.
Cette première soirée se conclut par un joli feu d’artifice tiré depuis le stade Laurent-Gérin.
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