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Portraits

Hamid Ferkioui : l’humour du risque

Avec son association La Perche, ce Vénissian a installé le stand-up dans la ville : festival Vénissieux en rire au théâtre, Satie Comedy Club à la salle Érik-Satie, courts-métrages avec le Jamel Comedy Club et formation de jeunes.

Photo Emmanuel FOUDROT

 

Arrivé à Vénissieux à 2 ans, Hamid Ferkioui a grandi au Moulin-à-Vent — “rue Roger-Salengro”, précise-t-il — puis, l’adolescence venue, sa famille s’est installée à La Darnaise. “C’était compliqué pour moi de passer du Moulin-à-Vent aux Minguettes. J’avais un peu peur, à cause des événements de 1981. J’y ai fait de belles rencontres et c’est au lycée Jacques-Brel que se sont déroulées mes plus belles années. C’est là où j’ai rencontré Hamed Delo, on faisait de la break dance au gymnase Jacques-Brel.” Hamed Delo est devenu aujourd’hui humoriste et comédien à Paris. Il vient de revenir à Vénissieux tourner un documentaire sur les années 90.

“Il faut monter à Paris” se disent les deux jeunes gens. “Je suis resté six mois chez ma tante, à Villiers-le-Bel, reprend Hamid, et Hamed était chez son tonton, près de la fac de Créteil. C’était l’époque de l’insouciance, du rêve.”

À l’époque, les émissions de télé recrutaient des figurants et les payaient. “C’était 250 francs le tournage. J’ai fait plusieurs Millionnaire avec Philippe Risoli, d’autres émissions avec Jean-Luc Delarue, pour l’argent de poche.”

Avec Hamed Delo, Hamid s’exerce au plateau humour dans un café-théâtre de Châtelet-Les Halles, l’Ohlala Café. “Un jour, on tombe sur Lââm, la chanteuse. On lui dit qu’on fait du break et je lui donne mon numéro de Tatoo… Heu, nous étions en 1997 ! On dégotte aussi l’adresse de Thierry Ardisson et on se pointe à son adresse. La gardienne nous a arrêtés et on est repartis bredouilles… C’était de l’insouciance !”

“C’est vrai que j’ai rencontré les bonnes personnes et que tout cela s’est fait naturellement.”

Le projet avec Lââm ne se concrétise pas et Hamid retourne à Lyon. “Mon papa avait une boucherie aux Charpennes, je l’ai aidé.” Mais l’appel du large se fait à nouveau ressentir. “Hamed m’appelle. Il a créé Les Sans Amis avec Booder. Je suis monté à Paris en Golf 2, ma première voiture.” Booder est repéré par Mouss Diouf, Delo par Dieudonné. Hamid, qui ne peut rester à Paris, revient dans la région lyonnaise. Lui qui voyait son avenir tout tracé dans la boucherie se retrouve à la mairie de Vénissieux, où il entre en 2000 au service des cartes d’identité et passeports. “J’ai aussi travaillé au service Élections, puis j’ai passé un concours de rédacteur principal. Ça a basculé mon destin. J’avais un niveau BEP, je me retrouve responsable du service de location de salles et, aujourd’hui, je suis inspecteur d’hygiène et de salubrité.”

Toujours intéressé par l’humour, Hamid dessine ce qu’il appelle “un projet à deux jambes” : proposer des spectacles de stand-up à Vénissieux et accomplir un véritable travail d’éducation populaire, en favorisant la rencontre d’amateurs avec des professionnels. Avec Patrice Pommier, il crée l’association La Perche et prend rendez-vous avec Michèle Picard et son adjoint à la culture, Bayrem Braiki. Tous deux lui font confiance et Hamid peut créer en 2019 le festival Vénissieux en rire au Théâtre de Vénissieux. Premier invité de prestige, Yassine Belattar répond à l’appel.

“Nous n’étions pas connus et nous avons eu 300 personnes. Le Covid a tout stoppé en 2020 et 2021 et nous sommes revenus en 2022 avec le Comte de Bouderbala. Nous avons fait 450 spectateurs rien que pour lui et, sur les deux jours, pas loin de 900 personnes. Cette année, Farouk a affiché lui aussi complet et Redouanne Harjane a eu une très belle salle aussi, malgré la Ligue des Champions qui se tenait le même soir.”

Un projet de web série

À côté, La Perche organise régulièrement, à la salle Érik-Satie, des plateaux de stand-up : le Satie Comedy Club, toujours très suivi. Et, avec toujours l’idée de faire émerger des talents, multiplie les cours d’improvisation et d’écriture, des stages avec les EPJ, etc.

Cette année, pour la troisième fois, des jeunes coachés par La Perche vont pouvoir participer au concours de courts-métrages Filme l’avenir, organisé par le Jamel Comedy Club. “Nous sommes la seule ville avec Marseille à participer trois fois. La première année, une collaboratrice de Jamel Debbouze nous a contactés. Nous avons remporté le prix, remis par Jamel lui-même à Paris. La deuxième année, nous étions dans le carré final mais n’avons finalement rien obtenu et quatre des vingt-deux jeunes nous ont accompagnés à Paris.”

Hamid aime les rencontres, il le dit haut et fort, et il est content que les jeunes qui ont participé aux deux premiers courts-métrages aient travaillé avec les cinéastes envoyés par le Jamel Comedy Club pour les aider. “Nous avons eu Steve Achiepo et Djiby. Le premier a dirigé un film avec Benoît Magimel et le second est sur Netflix. Cet été, nous tournerons fin juillet à Satie. Je l’ai dit, c’est un projet qui marche sur deux jambes et l’un ne va pas sans l’autre.

À 46 ans, Hamid alterne joyeusement sa vie professionnelle et ce qu’il appelle “une parenthèse enchantée”, qu’il a créée et qui fonctionne. “Je donne mon temps à repérer les humoristes de la région. C’est une passion et je ne compte pas les heures. Et mon projet est de faire émerger des talents. Je suis fier quand on m’interpelle dans la rue ou le métro pour me dire que c’est bien ce que je fais. Je suis maintenant considéré comme un organisateur de soirées de stand-up. Ceux qui, avant, avaient peur de venir jouer à Vénissieux me demandent à présent d’être programmés. C’est vrai que j’ai rencontré les bonnes personnes et que tout cela s’est fait naturellement.

C’est qu’il ne manque pas de projets, Hamid, à commencer par celui d’une web série, toute en plans fixes, dont quelques épisodes ont déjà été tournés. “Avoir grandi au quartier est une force. Quand on n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche, il faut trouver des moyens et je remercie vraiment Madame le maire et Bayrem Braiki de me les avoir donnés. En deux ans, j’ai réalisé tout cela. Je n’imagine pas ce que ce sera dans cinq ans. Il reste tant de belles choses à faire !”

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