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Maréchal, le roi de la toile cirée

Ancêtre de Veninov, elle fut la plus grande usine de Vénissieux. L’entreprise Maréchal, ne fut pourtant créée que par deux modestes ouvriers.

Cette histoire commence par un mariage. Le 9 juillet 1870, soit dix jours avant que n’éclate une bien funeste guerre entre la France et la Prusse, Eugène-Félix Maréchal épouse à la mairie du 3e arrondissement de Lyon, Mademoiselle Louise-Henriette Seghers. Lui a tout juste 25 ans et est un ouvrier peintre sur toiles. Il a vu le jour à Paris en 1845 et est le fils de Félix Maréchal (1815-1896), un paysan originaire d’un minuscule village de la Haute-Saône, Purgerot, et qui, après être monté à la capitale, est devenu fabricant de toiles cirées à Montreuil-sous-Bois, dans l’actuel département de la Seine-Saint-Denis.

La mariée, quant à elle, est née à Strasbourg en 1843 et a pour père Hector-Henri Seghers (1808-1885), issu d’une famille originaire de Belgique, qui a commencé sa carrière comme « vernisseur sur coton » dans la capitale alsacienne puis a migré à Lyon avant 1870, où il a trouvé un emploi de contremaître dans une fabrique de toiles cirées. Le jeune couple Seghers-Maréchal nage donc dans ce milieu professionnel des tissus imperméables, au point que leurs témoins de mariage sont presque tous eux aussi, des « fabricants de toiles cirées ».

À l’origine, un jardin acheté 16 000 francs

Sitôt mariés, Eugène et Louise emménagent chez les parents Seghers, à Lyon, 26 rue de la Ruche aux Feuillants, à deux pas de La Part-Dieu. Ils vivent là entourés de voisins ouvriers ou petits employés, d’un marchand de vin et d’un boulanger. Puis vient le saut vers l’inconnu, vers la grande aventure. En 1874, Eugène et son beau-père Henri Seghers décident de fonder un atelier de toiles cirées, et choisissent pour ce faire de s’installer à Vénissieux. Notre ville est alors peuplée par 5000 habitants, et voit depuis quelques décennies les usines chimiques fleurir dans le quartier de Saint-Fons, au point de susciter bien des oppositions à cause de la pollution qu’elles génèrent. Seghers et Maréchal, eux, jettent leur dévolu sur le hameau de Moirieu, tout à côté de l’ancienne gare de Vénissieux et au bord de l’actuel boulevard Laurent-Gérin : le 12 mai 1874, ils achètent à un artisan peintre un grand jardin de 7600 m2, moyennant la jolie somme de 16 000 francs –payable dans 15 ans –, et avec l’intention « d’ériger d’importantes constructions ».

À deux pas du Bourg, ne vont-ils pas s’attirer les foudres de la population ? Apparemment non. Alors qu’en 1863, la municipalité avait refusé l’implantation d’une « fabrique de couleur d’aniline » dans ce secteur, elle ne met aucun véto au projet des deux Lyonnais. Le préfet lui-même donne sa bénédiction, en autorisant son implantation le 23 juillet 1874. Cette entreprise qui voit le jour est d’abord bien modeste, puisque après une vingtaine d’années d’existence, elle ne compte encore que 30 ouvriers. Dans le lot figure le propre frère d’Eugène, Émile Maréchal, qui quitte la région parisienne en 1876 pour rejoindre Vénissieux, et dont le métier d’ébéniste intéresse tout particulièrement l’atelier : désormais, il y sera « imprimeur sur toile cirée ».

Des usages multiples

Ces toiles sont fabriquées à partir de tissus de coton, et d’huile de lin importée d’Inde ou d’Amérique du Sud, préalablement cuite à 280° pendant deux à trois jours dans de grandes cuves, et que l’on mélange à des teintures pour lui donner de la couleur. Puis l’on pose la toile sur un châssis, on la recouvre d’une à plusieurs couches d’huile, plus une de vernis, et l’on fait sécher le tout dans des séchoirs chauffés à 70-80°. Ainsi imperméabilisées, les toiles cirées servent à toutes sortes de choses. Elles peuvent bien sûr se muer en nappes, et multiplier les décors : ainsi en 1912, elles figurent des courses automobiles, des dirigeables, et même des fables de La Fontaine. Mais elles peuvent aussi se transformer en sacs, en tentes, en pèlerines pour les militaires, voire, nous dit une publicité de 1923, en tapis, en « toiles à chaussures, toiles pour hôpitaux, garnitures de voitures d’enfants », et ainsi de suite.

Très vite, les clients affluent pour acheter ces produits vénissians, et pas seulement en région lyonnaise : dès 1892, Eugène Maréchal se targue d’avoir un dépôt à Paris, et d’être un fournisseur de la Marine Nationale et des hôpitaux parisiens. Il recrute aussi ses clients jusqu’au fin fond de la France, comme ce Monsieur Farradèche, du village d’Allanche, dans le Cantal, qui se plaint en 1892 que les toiles qui lui ont été livrées ont été abîmées, et qui réclame leur remboursement !

Du petit atelier à la grande firme

Le succès, dès lors, ne fait que s’amplifier. En 1906, après qu’Eugène Maréchal a transmis les rênes de l’entreprise à ses fils Henri (1873-1929) et Alexandre (1874-1953), l’usine occupe désormais 200 ouvriers et étire, tout à côté du manoir familial, une mer de bâtiments industriels, dominés par trois cheminées hautes comme des gratte-ciel. Le petit atelier des débuts est devenu la principale firme de Vénissieux. Convertie au plastique au XXe siècle, avec le PVC, elle allait passer le cap des 1000 employés, ouvrir une autre usine à Saint-Priest, produire jusqu’à 1100 kilomètres de feuilles plastiques et de toiles cirées en 1951, devenir la plus importante usine en la matière dans notre pays, et couvrir la France et l’Europe de ses marques Vénilia, Vénibox, Vénilyn, Véninappe, Vénisol et autres, toutes rendant hommage à notre ville.

Jusqu’à ce que son héritière, la société Veninov, ferme définitivement ses portes, en 2016. Quant à Eugène Maréchal, il mourut à Vénissieux le 9 septembre 1899. Son souvenir se perpétue aujourd’hui par une rue portant son nom, le long de ce qui fut son usine.

Sources : Archives de Lyon, 2 E 911 et 922. Archives de Seine-Saint-Denis, Etat-civil de Montreuil, 1896. Archives de Haute-Saône, Etat-civil de Purgerot, 1815. Archives du Bas-Rhin, 4 E 482/5. Archives du Rhône, 3 E 34350, 3 E 11582, 4 E 6132, 4 E 8009, 4 E 12253, 6 M 249. P. Videlier, « De la toile cirée au PVC (…), les Etablissements Maréchal à Vénissieux », Le Monde Alpin et Rhodanien, 1986, n° 3-4.

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