Contre les violences conjugales, des moyens encore insuffisants

Les signalements pour violences conjugales ont encore augmenté en 2019. Et tout indique que l’année 2020, avec le huis clos des deux confinements, marquera une nouvelle aggravation. Plus d’un an après le lancement du Grenelle, et à deux jours de célébrer la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, la question des moyens reste entière.

Alors que l’on célèbre ce mercredi 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le service de la statistique du ministère de l’Intérieur a publié, le lundi 16 novembre, des chiffres alarmants. En 2019, les services de police et de gendarmerie ont enregistré une hausse de 16 % des signalements de violences conjugales. 142 310 personnes sont concernées tous sexes confondus. Mais l’immense majorité des victimes (88 %) sont des femmes.

Concernant les féminicides, les dernières données officielles remontent au mois d’août. 146 femmes ont été tuées en 2019 par leur conjoint ou ex-compagnon, soit 25 de plus que l’année précédente.
Ces chiffres glaçants ne reflètent pourtant que partiellement la réalité vécue par les femmes en France. Selon les enquêtes réalisées par l’Insee pour compléter les données brutes des plaintes enregistrées, elles sont effet 213 000 à avoir déclaré chaque année, entre 2011 et 2018, être victimes de violences physiques et/ou sexuelles.

2020, année noire ?

2020 sera-t-elle une année encore plus noire ? Depuis le reconfinement du 30 octobre, la plateforme de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes a enregistré une hausse de 15 % des appels de victimes. Et lors du premier confinement, les appels au 3919 avaient déjà bondi : 44 235 signalements (+ 400 % par rapport à la même période en 2019).

La promotion active du numéro national d’écoute, ainsi que la mise en place de nouveaux dispositifs (mobilisation des centres commerciaux et des pharmacies, tchats ou service d’alerte par texto), ont certes pu conduire davantage de femmes victimes à oser sortir du silence. Mais il y a fort à craindre que dans le huis clos anxiogène du double confinement les actes de violences n’aient encore augmenté.

Quel bilan depuis le lancement du Grenelle ?

Le lancement du Grenelle contre les violences conjugales, en septembre 2019, avait suscité de forts espoirs. Aujourd’hui, les associations qui travaillent sur le terrain dressent un bilan en demi-teinte. Dans un rapport publié à la rentrée, la Fondation des femmes constatait ainsi que seulement un tiers des mesures annoncées ont été mises en œuvre, essentiellement des modifications législatives peu coûteuses.
Le gouvernement avait annoncé un budget d’un milliard d’euros. Mais un rapport sénatorial publié cet été est venu pointer le décalage entre le discours et les actes. Éric Bocquet, sénateur PCF et coauteur de ce rapport, a dénoncé « une malhonnêteté intellectuelle ». Selon lui, le budget alloué aux violences faites aux femmes n’aurait en réalité que peu évolué.

Doutes également sur la question cruciale de l’hébergement d’urgence. 1 000 nouvelles places avaient été promises dans le cadre du Grenelle en septembre 2019 et 1 000 autres en septembre 2020. Sauf que sur le terrain, encore une fois, les associations ne vérifient pas toujours la réalité de ces annonces. Et quand des places sont effectivement créées, c’est le financement qui pêche. « Ce ne sont pas de vraies places, explique Élisabeth Liotard, directrice de l’association VIFFIL-SOS femmes, basée à Villeurbanne. La plupart relèvent du dispositif Allocation logement temporaire (ALT), avec un budget notoirement insuffisant. C’est de places en centres d’hébergement, bien mieux dotées, dont nous avons besoin. Mais elles sont rares. Du coup il faut trouver des financements complémentaires. On se retrouve à faire les marchands de tapis. Même si depuis deux ans on sent que les lignes bougent, les moyens restent très insuffisants. »


Le 3919 en danger

Le Grenelle lancé par l’État en 2019 a prévu de rendre accessible 7j/7 et 24h/24 le numéro d’écoute 3919. Une décision unanimement saluée à l’époque. Mais pour ce faire, le gouvernement dit aujourd’hui devoir engager une procédure de marché public. En d’autres termes, la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), qui gère le 3919 depuis sa création en 2014, va être mise en concurrence. Soutenue par un collectif de personnalités qui a publié une tribune dans Le Monde le 16 novembre, la FNSF pointe le risque d’une gestion de « rendement » et d’une détérioration de la qualité du service rendu. Elle demande à l’État de renoncer à ce projet : « La lutte contre les violences et la protection des femmes est une cause d’intérêt général et non une activité marchande à laquelle on peut appliquer les lois du marché ». Une pétition a été lancée en ligne sur change.org/sauvonsle3919

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