Implants Essure : une plainte déposée contre l’État

Plusieurs femmes, dont Anne-Cécile Groléas, militante associative et ancienne conseillère municipale à Vénissieux, annoncent attaquer l’État en responsabilité. Seize études scientifiques menées sur les implants Essure démontrent en effet leur toxicité.

Comme elles l’avaient annoncé en février, plusieurs femmes ont déposé plainte au tribunal administratif pour faire reconnaître la responsabilité de l’État et de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) dans le dossier des implants de stérilisation Essure, commercialisés en France de 2002 à 2017.

« On vient de comprendre que nous sommes empoisonnées pour la vie, nous avons été cobayes à l’implantation, cobayes à l’explantation et cobayes pour le reste de notre vie. » Dans la voix d’Anne-Cécile Groléas, la colère et l’émotion sont toujours là. « Cette plainte, c’est vraiment une décision qui me tient à coeur, précise t-elle. Il faut que nous soyons reconnues comme victimes. Sur les 200 000 femmes implantées en France, 11 %, soit 22 0000, ont d’ores et déjà été explantées, et parmi celles-ci, 70 % continuent à avoir des symptômes. »

Ces femmes victimes avaient espoir que l’État les entende. « Nous avions adressé, par l’intermédiaire de nos avocats, un courrier fin janvier à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour qu’elle reconnaisse la faute de l’Etat. Nous n’avons reçu aucune réponse. Nous comprenons bien qu’en cette période de crise sanitaire il y a beaucoup à faire, mais quand même. L’État a sa part de responsabilité et il ne nous protège pas. C’est une colère insupportable. Je suis triste : je n’aurais jamais pensé que je porterai plainte contre ‘mon’ pays, mais on n’a pas d’autre choix, l’État ne fait rien alors que l’alerte est ancienne. »

D’autant que l’ANSM a organisé, le 1er octobre, une réunion d’échanges sur les connaissances scientifiques au cours de laquelle plusieurs équipes – dont cinq lyonnaises – ont présenté des travaux dont les conclusions vont toutes dans le même sens. « Les connaissances scientifiques montrent l’instabilité de la soudure en étain de l’implant et le relargage des métaux dans le corps des femmes… »

Avec ce recours, les plaignantes et leurs avocats espèrent de l’État qu’il s’engage « à faire réaliser des études, à lancer une information générale auprès de toutes les femmes porteuses d’un implant Essure et auprès des médecins généralistes pour mieux orienter leurs patientes, mais aussi former les spécialistes à l’explantation ».

L’explantation ne résout pas tout, disent les études

Il y a urgence car selon une étude menée par le CHU de Lille, les femmes implantées présentent de nombreux symptômes : douleurs musculo-squelettiques (75 % des patientes), asthénie (63 %), et douleurs pelviennes (55 %) notamment. Pire : cette même étude montre que l’explantation ne fait que réduire le nombre de symptômes chez 60 % des femmes, et ne les réduit pas chez 7 % des patientes. Tous disparaissent seulement dans un tiers des cas.

Ces résultats confirment les résultats d’une étude demandée par les patientes. Elles avaient, en effet, fait réaliser auprès du laboratoire indépendant Minapath, basé à Villeurbanne, des analyses qui « prouvent la toxicité des implants ». Le Dr Michel Vincent, fondateur de ce laboratoire, en avait présenté les résultats à l’occasion d’une conférence de presse en février dernier, après avoir analysé les implants Essure et les tissus utérins de 25 patientes explantées. Il a conclu à une « altération majeure de la zone de la soudure de l’implant qui semble éclatée et susceptible de déverser de nombreuses particules d’étain qui ont pu essaimer le long de l’implant. »

Ce qui n’a fait que confirmer l’hypothèse d’une première étude, réalisée en mars 2019 par un chargé de recherche à l’ENS (École normale supérieure) de Lyon. Celle-ci concluait que le dispositif Essure se dégradait dans le corps des femmes, « libérant nécessairement des particules de métaux lourds qu’il contient ».


POUR EN SAVOIR PLUS

Les implants Essure, dispositif médical implantable, sont un dispositif de stérilisation féminine irréversible. Il s’agit d’une tige métallique de quelques centimètres, souple, entourée de spires métalliques. Le processus d’obstruction est total à trois mois de l’implantation. Dans la mesure où la trompe de Fallope est totalement bouchée, ni l’ovule, ni les spermatozoïdes, n’y circulent plus. Aucune fécondation n’est possible. 175 000 femmes auraient été implantées en France.

Le dispositif a été mis sur le marché en France en 2002 et retiré en septembre 2017. Il était commercialisé par le laboratoire Conceptus de 2002 à 2013, cette société rachetée par le laboratoire Bayer l’a exploité jusqu’en septembre 2017.

Le 19 avril 2019, près de 70 patientes et leurs proches ont déposé une plainte pénale contre X auprès du pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille
Plus d’infos sur : www.ansm.fr

Une pensée sur “Implants Essure : une plainte déposée contre l’État

  • 18 septembre 2021 à 13 h 10 min
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    Je viens de subir l’explantation d’un Essure et souhaite dire que près de 20 ans de ma vie se sont vus réduits à des douleurs justifiant l’utilisation à certaines périodes d’une canne et à la consommation d’anti-inflammatoires; à des hémorragies donnant lieu à « brûler » l’utérus et à une fatigue persistante. Et je ne parle pas des douleurs de l’endomètre et des problèmes dentaires… et certainement d’autres choses que j’ignore être liés à cela.
    Merci au laboratoire qui m’a rendu malade !
    Je crois que ces gens devraient être poursuivis et punis.
    Supprimer l’implantation du Essure n’est pas suffisant.
    Certes rien ne pourra être rattrapé mais se savoir entendu est important.

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