Manu, virus ou pas virus, au volant de son bus

Photo © Sytral

Manu habite le quartier de Moulin-à-Vent. Chauffeur de bus depuis 14 ans, il est toujours au volant de la ligne C25 qui relie la Part-Dieu à Saint-Priest via Vénissieux. Il raconte son quotidien.

Quelles mesures avez vous mis en place depuis le début du confinement ?

Avant même la décision du gouvernement d’installer le confinement, nous avons reçu des communiqués de notre direction, nous annonçant les premières mesures obligatoires  pour éviter une éventuelle contamination.  Très rapidement, nos clients ont été contraints de monter par les portes arrières.  Celle de devant a été très rapidement condamnée. Parallèlement, nous avons eu interdiction de vendre les tickets : cette décision nous a soulagés. On voyait des clients qui toussaient, qui souhaitaient un ticket, et à qui nous devions prendre des pièces de monnaie… C’était stressant. Enfin, dans chaque bus, on nous a installé une chaîne empêchant les clients de s’approcher des chauffeurs.

Vos horaires ont ils été aménagées  ?

Oui, très rapidement nous sommes passés aux horaires d’été. Normalement je travaille de 14h30 à 22 heures ou de 17 h 30 à une heure du matin. Dorénavant, le dernier départ est  à 23 heures. Outre l’aménagement de nos horaires, notre système de relève a évolué. En période normale, la relève se fait “en ligne”. Concrètement, j’attends mon collègue toujours au même l’arrêt, je prends sa place et je poursuis ma route ! Mais nous n’avions pas grand chose pour désinfecter le volant. Notre direction a alors décidé d’envoyer sur tous les lieux de relève des personnes pour nettoyer, nous apportant également du gel hydroalcoolique et des désinfectants. Cette situation s’est vite avérée compliquée. C’est pourquoi, depuis le 30 mars, on ne fait plus de relève en ligne, on récupère nos bus aux dépôts et on les rentre aux dépôts. Tous les soirs ils sont nettoyés et désinfectés.

Quelle est l’attitude de vos usagers ?

On tourne avec des bus articulés , ce qui permet aux voyageurs d’avoir beaucoup d’espace. La plupart respectent la distanciation sociale. Nous avons des habitués. La direction s’est mis en lien avec les HCL (hospices civils de Lyon) pour que nous puissions ramener chez eux (ou amener à l’hôpital) des aides soignants, des personnels de ménage, des infirmiers. Nous travaillons avec et pour le personnel soignant. Sans oublier les caissières et d’autres personnes qui travaillent. Nous faisons le maximum pour que notre service public puisse fonctionner dans de bonnes conditions. Nous ne roulons jamais à vide. D’où notre utilité.

Êtes-vous volontaires pour travailler ?

Non. Nous avons pas mal de collègues absents, qui gardent leurs enfants. Les syndicats discutent actuellement avec la direction pour la mise en place du chômage partiel. D’autres bénéficient d’arrêts-maladie, avec l’accord du médecin quand ils sont trop fragiles, s’ils présentent des pathologies chroniques ou qu’ils ont un certain âge.

Êtes-vous stressés, vous n’avez pas de masques par exemple ?

Oui on pense à la maladie. Au virus. Nous faisons attention en mettant en place tous les gestes barrière. Concernant les masques, j’ai un avis partagé. Je pense que tout le monde devrait en avoir. Mais quand j’entends aux infos que les personnels soignants n’en ont pas assez , je trouverai déplacé d’en porter un. En revanche ce qui m’étonne, c ‘est le nombre de nos passagers qui en portent, ça pose question.

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