Renouvellement urbain : « ce n’est qu’un début, continuons le débat »

Une soixantaine de personnes ont participé à cette première réunion publique d’information qui marquait le début d’une concertation lancée officiellement le 17 juillet.

La Métropole et la ville de Vénissieux ont organisé, le 19 juillet à l’hôtel de ville, la première réunion de concertation consacrée au projet de renouvellement urbain du secteur « Marché – Monmousseau – Balmes », une opération qui s’effectuera sous la maitrise d’ouvrage du Grand Lyon.

Le 18 juillet, Michèle Picard et Michel Le Faou, ainsi que Nathalie Frier (maire de Saint-Fons), étaient à Paris pour présenter le projet global devant l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), afin d’obtenir les financements. Le lendemain, une réunion publique organisée à Vénissieux a permis de présenter plus précisément les aménagements prévus dans la zone d’aménagement concerté (ZAC) « Marché-Monmousseau-Balmes » et de recueillir les premières réflexions d’habitants.

En introduisant les débats, Michèle Picard a rappelé les enjeux d’un projet qui va s’étaler sur 10 à 12 ans : « Poursuivre la transformation des Minguettes et créer une continuité avec le centre-ville en réussissant « l’accroche » entre le plateau et le reste de la commune ».

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Sur le secteur présenté, il est notamment prévu la démolition d’environ 500 logements anciens et la construction de 1 000 logements, quasi exclusivement en locatif privé (en accession libre ou aidée) et seulement 8% de logements sociaux. La résidence Edouard-Herriot, en cours de réhabilitation, est hors du périmètre de l’aménagement (voir les plans du diaporama ci-dessous). En revanche, le foyer Adoma, vétuste, sera détruit et reconstruit ailleurs qu’à Vénissieux.

Outre la requalification des voiries existantes et la création de nouvelles rues, le programme prévoit la création d’un parc au niveau des Balmes et la rénovation complète de la place du marché, avec création de halles couvertes.

 

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Comprenant « qu’il puisse y avoir de l’inquiétude face aux transformations, aux démolitions, à la réorganisation de l’espace et des habitudes de vie, surtout quand on habite dans le quartier depuis longtemps », Michèle Picard a jugé ces préoccupations « légitimes ». « Mais, avant la mise en route du premier PNRU, il y a aussi eu des craintes, avec parfois des difficultés à se projeter, s’est souvenu l’élue. Aujourd’hui, chacun voit tout le positif, apporté par ces rénovations urbaines. Notamment en termes de désenclavement, mais également avec des équipements structurants, comme le cinéma et l’école de musique ». En rappelant que le processus sera long, Michèle Picard a invité les Vénissians « à participer, à s’exprimer, tout au long des différentes phases d’évolution de l’opération ».

Justement, après la présentation de Michel Le Faou, la parole a été donnée à la salle. « Avec ces aménagements, n’allez-vous pas casser l’esprit de ce petit quartier paisible ? s’inquiète Christelle Brisson, déléguée au conseil de quartier Centre et membre du Collectif de la rue Billon. Pourquoi urbaniser, détériorer cet espace pour faire des logements ? »
« Rassurez-vous, les 500 nouveaux logements prévus par le programmes ne seront pas tous construits dans votre quartier, répond Pierre-Alain Millet non sans ironie. Un nouveau parc végétalisé d’un hectare est même prévu près de chez vous ! Non seulement il n’est pas question de perdre la qualité de vie appréciée dans le bourg, mais l’objectif est d’appliquer cette qualité à l’ensemble des quartiers. Même après le renouvellement projeté, la densité urbaine des Minguettes restera très en dessous de celle de Lyon ! »

Un habitant de l’avenue d’Oschatz s’alarme : « N’empêche, un jour ou l’autre, on va nous virer ! ». Le vice-président du Grand Lyon lui répond, catégorique : « non, il n’y aura aucune expropriation. La Métropole utilise son droit de préemption et achète les biens qui sont mis en vente, c’est tout ».

Un résident du quartier Pyramide remet en cause la sincérité de la consultation qui s’ouvre : « la loi prévoit une co-construction avec les habitants mais vous arrivez avec des plans et un budget, vous dites rien n’est bouclé et puis un jour on voit arriver les bulldozers ».

Pour Michel Le Faou, « quand on lance un projet, il faut bien avoir une base à proposer, un cadre général à montrer aux gens. On ne part pas d’une page blanche ! Il y a une vision et une gouvernance, en effet, mais tout est soumis aux habitants, dont les remarques, les critiques et les propositions sont analysées et prises en compte. Ce qui est certain, c’est que l’immobilisme est inconcevable, au risque de laisser se dégrader la qualité de vie des habitants. De grandes idées générales ont été présentées en octobre 2016. Les projets vont continuer à évoluer, en écoutant les personnes de bonne volonté et les idées constructives ».

Le périmètre concerné par la ZAC « Marché – Monmousseau – Balmes ». La résidence Édouard-Herriot, en cours de rénovation, n’en fait pas partie.

« C’est vrai, on ne peut pas dire « je suis dans ma citadelle, il ne faut rien changer », mais on se méfie, on est échaudés, voilà tout », intervient Franco Iacovella, habitant du centre-ville, traduisant un sentiment de défiance à l’encontre des institutions présent chez de nombreux citoyens.
Un autre habitant, qui a consulté le dossier sur Internet dénonce « un projet pour la voiture ». « Même s’il doit permettre de mieux irriguer le quartier, le projet ne prévoit pas de voie à grand gabarit, mais plutôt des circulations apaisées, utilisées par différents modes de transport, des zones 30 voire moins », explique Michèle Picard.

« Le projet est bien, surtout la rénovation du marché, intervient à l’inverse M. Hadjarab. Même si tout le monde ne sera peut-être pas content ou d’accord, profitons du budget consacré pour faire quelque chose de bien, pour nous et nos enfants, dans le respect et l’écoute, plutôt que de tout critiquer par principe ».

Pierre-Alain Millet abonde dans ce sens et invite chacun à donner son avis « pour que les futures délibérations des conseils municipaux et métropolitains en tiennent compte, pour aider les élus à orienter les décisions ». L’élu cite en exemple le débat actuel entre son groupe (PCF) et la majorité métropolitaine actuelle sur la proportion de logement social dans le projet, qu’il juge insuffisante. Mais aussi sur la configuration des nouvelles voiries, la fermeture ou non de la future halle du marché ou la possibilité d’obliger les promoteurs immobiliers privés à intégrer plus d’espaces verts dans leurs réalisations. Bref, il reste du grain à moudre pour ces prochaines années…

POLITIQUES : LES PRÉSENTS… ET LES ABSENTS
À la tribune, Idir Boumertit (4ème adjoint au maire, en charge du Grand projet de ville), Yolande Peytavin (1ère adjointe, en charge du Développement de la ville), Michèle Picard (maire de Vénissieux), Michel Le Faou (vice-président du Grand Lyon, en charge de l’urbanisme) et Pierre-Alain Millet (2ème adjoint, en charge du logement).
Dans la salle, plusieurs élus de la majorité municipale mais également de l’opposition, tels Christophe Girard et Frédéric Passot (divers droite) et Maurice Iacovella (UDI). En revanche,  aucun conseiller municipal PS, LREM ou RN n’était présent. Soundes Boudjay, suppléante du député LREM Yves Blein, s’est éclipsée en début de réunion sans avoir pris la parole. Pas concernés ?

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