L’Europe, si loin, si proche

L’abstention est déjà présentée comme le grand vainqueur des élections européennes. À Vénissieux, en 2014, elle avait frôlé les 72 % ! On aurait pourtant tort de bouder les urnes ce dimanche 26 mai.

L’hémicycle du Parlement européen de Strasbourg. Photo European Union 2017 – Source : EPI/Christian Creutz

L’Europe ne fait pas rêver, ne fait plus rêver. Selon un sondage Odoxa publié début avril, 61 % des Français percevaient la construction européenne avec espoir il y a 15 ans, ils ne sont plus que 29 % aujourd’hui.

Pas étonnant qu’ils soient également près de 60 % à déclarer qu’ils n’iront pas voter ce dimanche 26 mai. Le désamour entre les citoyens et l’Union européenne (UE) se creuse. Depuis 1979, date de la première élection au suffrage universel direct, l’abstention n’a cessé de croître. Sauf un improbable rebond civique, on connaît déjà le vainqueur du prochain scrutin. C’est encore plus vrai dans les villes populaires comme Vénissieux, où 71,85 % des électeurs avaient boudé les urnes en 2014.

Comment expliquer ce désintérêt alors que les décisions votées au Parlement de Strasbourg impactent directement et lourdement notre quotidien, en particulier dans les domaines économiques et social ? Sans doute parce que l’UE apparaît comme un paquebot qui, quoi qu’on vote, ne change pas de direction, imperturbablement calé sur le cap libéral. Les États ne peuvent déroger à la sacro-sainte limite des 3 % du PIB déficit public, à l’équilibre budgétaire, à la réduction de la dette. En 2005, les Français avaient rejeté par référendum cette vision de l’Europe, mais quatre ans plus tard elle était entérinée par le Traité de Lisbonne. En 2015, les Grecs avaient porté le parti de gauche Syriza au pouvoir pour échapper aux politiques d’austérité, mais Alexis Tsipras avait dû capituler en rase campagne. On ne peut plus explicite, le président conservateur de la Commission européenne, Jean-Clause Juncker, avait alors eu ces mots : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

Pas un parlement croupion

La complexité des institutions européennes renforce ce sentiment d’éloignement et d’impuissance à peser politiquement par le vote. Car le Parlement de Strasbourg partage le pouvoir avec le Conseil des chefs de gouvernement et surtout la Commission européenne, qui est la seule à pouvoir proposer des textes de loi et veille au respect des traités, ce qui en fait le véritable pilote de l’Union.

Le Parlement européen n’est toutefois pas un parlement croupion. En 40 ans d’existence, ses pouvoirs ont augmenté de manière significative. Avec l’instauration de la codécision, les députés peuvent bloquer une directive ou modifier en profondeur des règlements en cas de désaccord. Et ce dans de nombreux domaines : la gouvernance économique, la liberté, la sécurité et la justice, l’énergie, les transports, l’environnement, la protection des consommateurs, la politique agricole commune (PAC), etc. La directive sur la libéralisation des transports ferroviaires justifiant le changement de statut de la SNCF, que les cheminots ont combattu en vain, n’est ainsi passée en décembre 2016 qu’avec 24 voix d’avance.  Autres exemples concrets : en octobre 2017, le Parlement a exprimé son désaccord avec la Commission à propos des perturbateurs endocriniens ; le mois dernier, les eurodéputés ont proposé et adopté la directive sur la protection des lanceurs d’alerte, quelques jours après l’arrestation de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks.
Le budget de l’Union est également soumis au Parlement, qui peut l’amender ou le refuser. Les eurodéputés disposent enfin d’un pouvoir de contrôle sur l’exécutif qui peut aller jusqu’à la motion de censure.

On le voit, en dépit des défauts de la construction européenne, bouder les urnes le 26 mai prochain reviendrait à se priver de l’opportunité d’envoyer à Strasbourg des élus qui peuvent influer sur le quotidien et, pourquoi pas, réorienter le cours de l’Europe.

Pratique

Quand a lieu l’élection ?
À l’échelle européenne, le scrutin se déroulera entre le 23 et le 26 mai. En France, il aura lieu le 26 mai. Dans la plupart des communes françaises, les bureaux de vote seront accessibles de 8 heures à 18 heures. Dans les grandes villes comme Lyon, ils seront ouverts jusqu’à 20 heures. À Vénissieux, ils fermeront à 19 heures.Qui va voter ?
La France compte 45,5 millions d’électeurs — âgés d’au moins 18 ans et inscrits sur les listes électorales. Le scrutin est en outre ouvert aux citoyens de l’UE résidant en France depuis six mois au moins et inscrits sur les listes complémentaires. 
Vous pouvez vérifier en ligne votre inscription sur les listes électorales et identifier votre bureau : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F34687.

Qui va-t-on élire ?
705 sièges d’eurodéputés sont à pourvoir, contre 751 lors de l’élection de 2014. Brexit oblige, 46 des 73 sièges britanniques seront gardés en réserve pour de futurs États membres. Les 27 autres ont été répartis entre 14 états dont la France et l’Espagne (5 chacun), l’Italie et les Pays-Bas (3 chacun) ainsi que l’Irlande (2). En France, la loi interdit désormais le cumul d’un mandat d’eurodéputé avec une fonction exécutive locale (maire, président de Région…). Un député européen peut en revanche conserver un mandat local (conseiller municipal, départemental…). 34 listes — un record — ont été déposées en France.

Quel est le mode de scrutin ?
Il s’agit d’un scrutin à la proportionnelle et à un seul tour. Les partis ayant obtenu au moins 5 % des suffrages bénéficieront d’un nombre de sièges proportionnel au nombre de leurs voix. Les électeurs votent pour une liste déposée par un parti de leur pays. La date limite des dépôts des candidatures était le vendredi 2 mai.

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