François Couturier : différent, comme tout le monde.

Le parcours personnel de François Couturier en a fait un farouche, infatigable et joyeux, partisan de l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

« J’ai d’abord appris à tomber avant de savoir marcher. Ça a été utile, parce que je n’ai su mettre un pied devant l’autre qu’à quatre ans. » Porteur d’un handicap cérébro-moteur de naissance, François Couturier est la preuve qu’on peut se déplacer difficilement et être partout à la fois, avoir des difficultés d’élocution et être un infatigable débatteur…

Au théâtre, au cinéma, à la médiathèque, dans les manifs, les réunions publiques, vous l’avez forcément remarqué, avec son fauteuil roulant ou ses cannes, sa bouille de bon vivant et ses interventions politiques à tout bout de champ…

Gosse à part

Retraité depuis l’an dernier, François Couturier est né à Mâcon, il y a 62 ans, pendant les vacances de la famille, qui ne l’attendait pas aussi tôt. Prématuré, il présente un handicap lié aux conditions de sa naissance. La famille l’accueille avec le même amour que les quatre précédents. Son père est serveur à la cantine des cadres de Rhône-Poulenc à Saint-Fons, sa mère élève les trois garçons et les deux filles, dans un appartement des UC, à Bron.

De quatre à neuf ans, le petit François fréquente un centre de rééducation spécialisé à Écully. Levé plus tôt que les autres et rentré plus tard, il commence un long parcours de gosse à part. À la différence de ses frères et soeurs, il n’a pas de copains du coin, ceux que l’on se fait à l’école du quartier, ceux qui viennent goûter à la maison le mercredi.

« Bien sûr, mes parents croyaient bien faire, leur priorité était la rééducation motrice. Mais moi j’avais l’impression d’être déraciné chaque matin. » Il rentre ensuite à l’école à Lyon, mais dans une classe spécialisée dont les élèves ne vont pas en récré avec les autres. « Être mis à l’écart, ça ne protège pas. Moi, je m’entends bien avec tout le monde, la distance qui me sépare des autres est involontaire ».

Le bonheur en « milieu ordinaire »

Le choc espéré se produit en 1973. Interne dans un centre de rééducation fonctionnelle à Talence, près de Bordeaux, il est scolarisé en lycée professionnel. « C’était la première fois que je me retrouvais en milieu ordinaire. Le bonheur ! » Seul élève handicapé de l’établissement, il trouve vite des « potes portes-sac ».

Bernard Bouet est l’un d’eux. Aujourd’hui retraité de l’EDF, il se souvient « de ce petit mec joyeux, optimiste et vaillant, tout branliquotant sur ses béquilles. On aimait bien l’aider à rejoindre son car, pas pour faire une bonne action, mais parce qu’on se marrait drôlement, c’était un sacré zigoto ! Les jambes lui ont toujours fait défaut, mais jamais le ciboulot ».
Quarante ans plus tard, le copain girondin décrit « quelqu’un de fidèle en amitié. Et en engagements aussi. D’ailleurs, quand on s’appelle, on parle de tout mais on évite la politique, parce qu’il est un peu trop rouge pour moi ! »

Pratiquant plus les manifestations que les processions, François Couturier n’est pas du genre à mettre ses drapeaux dans sa poche, et assume des engagements qu’il estime fort logiques. Après la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) au lycée, il passe à l’Action catholique ouvrière (ACO), dont le principe est de « s’associer à celles et ceux qui bâtissent la fraternité dans le monde ouvrier ». C’est dans cet esprit qu’il rejoint la CGT, puis le PCF, en 1978. La même année, il adhère à l’AMI, association nationale de défense des malades, invalides et handicapés. Il en deviendra responsable départemental, puis national à plusieurs reprises, et de nouveau depuis 2016.

Une vie parmi les autres

« Je ne suis pas du genre à intriguer pour avoir du pouvoir, mais pas non plus du genre à me dérober quand il faut prendre ses responsabilités. Alors quand ça vous tombe dessus, il faut assumer… » Pas plus que son handicap son militantisme n’est congénital. « Mes parents n’étaient pas des militants. Ce sont les rencontres dans le monde du travail qui m’ont construit tel que je suis. »

En sortant du lycée, BEP d’agent administratif en poche, il a refusé d’intégrer un atelier protégé, ce qui lui était “naturellement” proposé. « J’ai eu la chance de pouvoir faire un choix qui n’est pas possible pour toutes les personnes invalides, admet-il aujourd’hui. Cette décision m’a valu deux ans d’ANPE dans la foulée, mais si j’avais accepté, mon existence aurait été bien différente. À part mon enfance, j’ai passé ma vie au milieu des autres. J’y ai fait des rencontres merveilleuses, professionnelles et personnelles, qui m’ont grandi. À commencer par celle qui partage ma vie ! »

Pour François Couturier, il est nécessaire « de prendre l’air ailleurs ». « C’est valable pour tout, y compris pour son quartier, sa ville, son milieu. Ça ne veut pas dire rejeter qui l’on est ou dénigrer d’où l’on vient, mais il faut sortir se frotter à la vie. » Un credo qui traverse son engagement dans l’AMI et son combat pour l’accessibilité et l’insertion professionnelle, « un travail de conviction sans fin ». De réunions en manifs, il n’a pas fini de marcher, François Couturier.

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