Laboratoires Carso Vénissieux : première grève pour les salaires

Photo © Raphaël Bert – Expressions

Plusieurs dizaines de salariés se sont relayées, ce vendredi 11 janvier, devant l’entrée du site Carso-LSEHL (Laboratoire Santé Environnement Hygiène de Lyon), à Vénissieux. Déclenchée par des revendications salariales, c’est la première journée de grève organisée dans cet important laboratoire d’analyse des eaux et de l’environnement, depuis son installation à Vénissieux, il y a trois ans.

Pas de revalorisation depuis 2015

« Le ras le bol est total, explique Isabelle Ottaviani, déléguée syndicale CFDT. La dernière augmentation générale des salaires dans l’entreprise remonte à 2015 et ce n’était qu’une aumône de 0,3% ! Depuis, il n’y a qu’un saupoudrage d’augmentations individuelles, attribuées aux salariés “qui contribuent à la valeur ajoutée de l’entreprise”, selon les mots de la direction. Autrement dit, donnés à la tête du client… » « Moi, je ne dois pas être une bonne cliente, intervient Carole Normand, technicienne de laboratoire, parce que n’ai pas été augmentée depuis douze ans ! »

“Prime Macron”

Les grévistes demandent une revalorisation générale de 5 %, alors que la direction propose d’accorder une prime de 125 euros nets, dans le cadre du coup de pouce (défiscalisé et sans cotisation sociale) demandé aux entreprises par Emmanuel Macron. Les salariés mobilisés déplorent aussi que la Gestion prévisionnelle des emplois et des carrières n’a jamais été mise en place bien que ce soit une obligation légale.

“Monologue patronal”

Carso emploie essentiellement des techniciennes de laboratoires, qui toucheraient leur salaire d’embauche pendant cinq ans, soit 1.568 euros brut (moins que le salaire minimum exigé par la convention collective du secteur) pour un niveau Bac + 2 ou + 3, tandis que des aides de laboratoire et des agents administratifs stagneraient au Smic depuis le début de vie professionnelle. « Chez Carso, le dialogue social, c’est un monologue patronal, une parodie de discussion, reprend Isabelle Ottaviani. Les négociations salariales légales ont duré des mois, et au final c’est non à tout ! »

Surcharge de travail

Les grévistes dénoncent aussi de mauvaises conditions de travail. Ils pointent d’abord une surcharge de travail, due selon eux aux rachats successifs de concurrents, dont les clients sont rapatriés à Vénissieux. « L’activité augmente mais pas les effectifs, constate Alain Dafri, délégué du personnel (CGT). Ça s’est vu cet été. Le rachat de laboratoires rennais a entraîné trois fois plus de travail, mais avec trois fois moins de personnel, ça a été l’enfer et les arrêts maladie ont explosé ».

Management “ringard”

Les salariés mobilisés évoquent également un management « ringard », « par la terreur », notamment à l’encontre des CDD, qui représenteraient plus d’un quart des effectifs. « Des petits chefs aux ordres d’une direction autoritaire, pas de 13ème mois, pas de cantine ni de ticket restaurant, pas de perspectives d’évolution… On se croirait dans la caricature d’une petite PME familiale, pas sur un site qui emploie 800 personnes, dans un groupe de 2.500 salariés qui réalise 200 millions de chiffre d’affaire et dont le PDG fait partie des plus grandes fortunes françaises* », dénonce un syndiqué.

Un turn-over “anormal”

Selon Guillaume Dumoulin, secrétaire de l’Union locale CGT, « les mauvaises conditions salariales et de travail chez Carso sont connues dans la profession. Cela explique qu’ils aient du mal à recruter et connaisse un turn-over anormal : l’entreprise à 20 ans mais l’ancienneté moyenne des salariés n’y est que de 5 ans. Dès qu’ils peuvent, les gens s’en vont ».

Sollicitée pour donner son point de vue, la direction de Carso n’a pas encore donné suite à nos demandes.


* Bruno Schnepp est effectivement 341e sur 500 du classement Challenges 2018 des plus grandes fortunes de France, avec 350 millions d’euros en seuls actifs professionnels, sans compter les biens personnels (immobilier, voitures, œuvres d’art…).

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