Christian Maurin, un flic à l’écoute

 Christian Maurin, commandant de police honoraire, est délégué cohésion police-population à Vénissieux depuis 2014.

Commandant de police à la retraite, Christian Maurin est délégué à la cohésion police-population. Sa mission : renforcer les relations et le climat de confiance entre les policiers et les citoyens, et désamorcer les conflits. Mission possible ?

Vous êtes l’un des 130 délégués à la cohésion police-population en France. En quoi consiste votre mission ?
Les DCPP sont des fonctionnaires de police retraités. Notre tâche est de renforcer les relations et le climat de confiance entre les citoyens et la police, dans les villes ayant des quartiers identifiés comme prioritaires en termes de sécurité, les quartiers populaires, les grands ensembles, les cités.

Vaste programme… Comment vous y prenez-vous ?
J’assure une permanence le lundi et le mardi, au commissariat de Vénissieux. Je ne suis ni en tenue, ni armé, je ne fais aucune procédure judiciaire. Mon boulot, ce n’est plus d’attraper les voleurs, mais d’être autrement au service de la population, en conseillant les gens et en désamorçant les conflits. Mon expérience, ma connaissance des rouages administratifs et mon statut dégagé de toute « casquette » judiciaire me donnent du recul pour appréhender les choses calmement, apaiser les tensions, traiter les conflits avant qu’ils ne s’enveniment. Une grande partie de mes interventions concerne d’ailleurs des conflits de voisinage, des broutilles qui se sont envenimées, qui se transmettent parfois d’une génération à l’autre…

Comment faites-vous pour « déminer » ?
Je commence par rappeler les règles. Ce qu’il en coûte de faire une fausse déclaration, que la police ne travaille pas sur des rumeurs colportées sur Internet. Mais aussi que, s’il y a vraiment une infraction, il y aura des suites judiciaires. Une fois que c’est fait, j’écoute. Mon atout, c’est que j’ai le temps. Je n’ai pas d’obligation de résultat, pas de pression pour passer rapidement du dossier A au dossier B. C’est un énorme avantage par rapport à mes collègues d’active, qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens qui sont les leurs, et qui peuvent parfois prendre mal les accusations d’inaction. Moi, on peut tout me dire, je peux tout entendre !

Du coup, vous devez en entendre…
Au début, c’est souvent vif, mais derrière une colère il y a toujours une souffrance. Je demande ce que je peux faire pour aider à régler le problème, la pression redescend, le sujet revient a de plus justes proportions. À la fin, je demande : « mais, au fond, qu’est-ce que vous voulez ? ». Neuf fois sur dix on me répond « avoir la paix ». Je dis alors « ça tombe bien, nous aussi. Seriez-vous disposé à participer à une médiation, avec une période d’essai d’un mois où chacun fait un effort ? ». Et on met un dispositif en place. Ça ne marche pas à tous les coups, mais quand ça marche c’est efficace. Du coup, on a décidé de perfectionner cette méthode en nous dotant d’un nouvel outil de médiation à Vénissieux.

Quel nouvel outil ?
En juin dernier, nous avons créé un « Groupe médiation et traitement des conflits de voisinage ». Cette structure, que je pilote, inclut la mairie, la police municipale, des bailleurs publics et privés, des syndics de copropriété, des associations de médiation, la coordinatrice sociale du commissariat… On associe beaucoup de monde parce que chacun va amener un petit bout de la solution. Si la médiation échoue, on passe à l’échelon supérieur, la justice, mais ça donne déjà de bons résultats.

Vénissieux a obtenu de bénéficier d’effectifs supplémentaires dans le cadre de la Police de sécurité du quotidien (PSQ). Ce dispositif, qui ambitionne de renouer des liens de proximité entre la population et la police, va-t-il court-circuiter votre mission ?
Au contraire, il va renforcer le rôle du DCPP, qui en sera l’une des chevilles ouvrières. Il est indispensable de consacrer plus de moyens humains au contact avec la population. Par manque de temps et d’effectifs, les agents sont scotchés sur le flag, alors qu’il faudrait aussi prendre le temps d’écouter la mamie exaspérée par un chat qui prend son balcon pour une litière. Il faut remettre de l’humain dans les missions de police, c’est essentiel.


Bio express
Né au Puy-en-Velay en 1957, Christian Maurin entre dans la police en 1978 comme gardien de la paix. En prenant du galon, il intègre les renseignements généraux à Paris puis la sureté urbaine de Lyon, où il co-dirige la brigade anti-criminalité. Nommé commandant en 2005, il est le premier patron du Service interdépartemental de sécurisation des transports en commun en région lyonnaise. Il est ensuite nommé au service de nuit. Fin 2013, retraité du service actif, il rempile aussitôt comme DCPP, sur la demande du directeur départemental de la sécurité publique.

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