Sétif, l’autre 8 mai 1945

À l’invitation du collectif « Mémoire et réconciliation » de Farouk Ababsa, le journaliste Kamel Beniaïche était reçu à la Médiathèque Lucie-Aubrac, le 3 mai. Il a présenté puis dédicacé son ouvrage Sétif, la fosse commune devant une trentaine de personnes. Fruit de douze ans de recherches, l’enquête éclaire par de nombreux témoignages les massacres perpétrés par l’armée française et des milices de colons à Sétif, Guelma, Kherrata et dans tout le Constantinois du 8 mai jusqu’à fin juillet 1945.

Un massacre colonial

Le mardi 8 mai 1945, l’un des défilés organisés pour fêter la fin des hostilités de la seconde guerre mondiale (où de nombreux algériens ont combattu) s’était transformé en manifestation nationaliste et avait dégénéré en affrontements meurtriers à Sétif. « Veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tous agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs » avait ordonné le général de Gaulle, chef du gouvernement, le 11 mai. Mais, loin de se contenter des meneurs, les autorités locales déclenchent une campagne de terreur coloniale à grande échelle. Ferhat Abbas arrêté, la police et l’armée sont déployées dans la région, des milices de colons écument les douars, des villages sont bombardés par l’aviation et la marine….

Les opérations feront plus de 20 000 victimes selon la majorité des historiens (45 000 selon les chiffres officiels algériens). Elles seront le ferment de l’insurrection de 1954 et la lutte pour l’indépendance. « Ce jour-là, les enfants ont compris qu’il faudrait se battre les armes à la main pour devenir des hommes libres », dira Houari Boumédiène, futur président algérien.

Devoir de mémoire, travail de vérité

Une participante, avocate d’origine sétifienne, constate que ces événements ne figurent pas dans le manuel scolaire de sa fille, en CM2 : « interpellons l’Éducation nationale pour qu’ils ne soient pas occultés ». La question de la transmission revient dans chaque intervention. « J’ai fait ce livre sans volonté de polémique ni esprit de vengeance, insiste Kamel Beniaïche, mais parce qu’un travail de vérité est indispensable pour construire une amitié franco-algérienne solide ». Farouk Ababsa relève que « Vénissieux est l’une des rares villes françaises à avoir une stèle commémorant le massacre d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Et bien peu de maires de France font comme Michèle Picard, qui cite les massacres de mai 1945 lors des cérémonies de la Libération et le 17 octobre ». Présente elle aussi à la conférence, Michèle Picard a appelé de ses vœux l’ouverture des archives, « pour faire connaître et reconnaître les crimes de la colonisation et permettre le travail des historiens ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *