Une Caméra d’or pour Léonor

Née à Vénissieux, la jeune réalisatrice Léonor Serraille vient de transformer un coup d’essai en coup de maître. Sa Jeune femme a obtenu la Caméra d’or à Cannes et sera présentée en avant-première au cinéma Gérard-Philipe le 19 septembre.

Elle vous explose à la gueule, Lætitia Dosch ! Elle est cette Jeune femme qui donne son titre au premier film de Léonor Serraille. Totalement en roue libre, capable de crier, de pleurer, d’avoir des actes de violence et de vous attendrir, de vous intéresser à son cas, de vous prendre par la main et de ne plus vous lâcher tant le personnage est fort et en même temps fragile, tant elle sort des sentiers battus et des scénarios consensuels qui encombrent le cinéma mondial. Borderline, cet anglicisme à la mode, semble avoir été créé pour elle.

Jeune femme mérite qu’on se penche sur le parcours de son auteur, Léonor Serraille. D’autant plus que celui-ci, de parcours, commence à Vénissieux.

“J’y suis née, commente Léonor, mais je n’y ai jamais vécu. J’habitais à côté, à Lyon, où je suis restée jusqu’à mes 18 ans, après avoir étudié à Saint-Exupéry à la Croix-Rousse et fait hypokhâgne au lycée du Parc.”

Elle s’inscrit ensuite en lettres modernes à Paris, passe un an à Barcelone pour son Master 2 de lettres — “que je n’ai pas validé”, précise-t-elle — et retourne à Paris pour entrer à la Femis, la célèbre école de cinéma, étudier le scénario. “Je me suis vite rendu compte que les lettres me plaisaient beaucoup, lire et aussi écrire. J’écrivais de petits textes, des nouvelles mais pas de scénarios. À Barcelone, j’ai aussi découvert la photo, les balades et, comme j’aimais bien le cinéma où j’allais souvent, j’ai fait le lien avec l’écriture d’un film. Cela m’excitait de découvrir cela dans une école. J’étais sensible aux dialogues chez Cassavetes, Pialat et Sautet.”

Léonor est la fille d’une comédienne de théâtre qui a travaillé entre autres, dans la région lyonnaise, avec le metteur en scène Philippe Vincent — lequel, c’est pas pour la ramener, a été en résidence plusieurs saisons au Théâtre de Vénissieux. On le retrouve dans Jeune femme en tenancier d’un hôtel borgne. Il y est excellent et Léonor regrette que ce rôle soit si court, convenant que Vincent a “une présence incroyable”.

Le cri d’un animal blessé
Alors qu’elle est toujours à la Femis, la jeune femme se sent attirée par la réalisation. “Je ne voulais pas confier mon scénario à quelqu’un d’autre.” Et ce scénario, alors, qu’en dit-elle ? “Je me demandais comment écrire un état, une crise, et la dénouer. Comment m’attacher à quelqu’un dans l’écriture ?” Plus fort encore, elle parvient à attacher le spectateur à son personnage, cette femme qu’elle juge “imparfaite”.

“Dans toutes ses moutures, le scénario s’est toujours ouvert sur cette scène, qui faisait quatre pages, qui ressemble au cri d’un animal blessé. C’est l’une des scènes que nous avons le plus travaillée avec Lætitia. Globalement, elle n’est pas improvisée. Dans l’écriture, il fallait trouver son verbe, son souffle, ses associations d’images qui ont quelque chose d’enfantin. Les gens me disent que le film est comme un survival à Paris. Le récit est assez simple et avance par ellipses. Celles-ci sont cruciales pour le spectateur, qui devient alors actif.”

Avec une caméra presque toujours centrée sur l’héroïne, le film se paie quelques parenthèses : les séquences musicales, la belle série de portraits dans le métro… “À la fin, Paula, l’héroïne, s’affranchit de tout. Les choses vont maintenant se construire.”

On se dit qu’il va en être à présent de même pour Léonor Serraille, avec sa Jeune femme déjà encensée par la critique. Après la convoitée Caméra d’or cannoise, le film a également reçu le Prix du film français indépendant au Champs-Élysées Film Festival, sous la présidence de Randal Kleiser, réalisateur de Grease et du Lagon bleu, et de l’écrivain Pierre Lemaître, Goncourt 2013 avec Au revoir là-haut. Et Léonor coécrit déjà le premier film d’Émilie Noblet, sa chef-opératrice, et hésite entre deux projets pour sa deuxième réalisation.

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