L’horizon s’éclaircit pour Marin

Le 11 novembre 2016, la vie de Marin, un étudiant vénissian de 20 ans, basculait dans l’horreur. Après avoir pris la défense d’un couple agressé parce qu’il s’embrassait en public, le jeune homme était roué de coups par le même individu et laissé pour mort dans un bus à la gare de la Part-Dieu. Neuf mois plus tard, Marin est un véritable miraculé, même s’il gardera à vie d’importantes séquelles neurologiques. Porté à bout de bras par ses proches, soutenu par un vaste mouvement de solidarité, il a réussi à déjouer tous les pronostics.

Depuis le 20 juillet, il a intégré un établissement suisse spécialisé dans les neurosciences, où il se trouvait en liste d’attente depuis plusieurs mois. Selon Audrey, sa maman, il y bénéficie d’une prise en charge totalement adaptée à sa pathologie. Le jeune homme, qui souffre notamment de problèmes de mémoire immédiate et qui peine à prendre des décisions, est stimulé quotidiennement. « Tout se passe très, très bien. Le personnel soignant est présent, attentif, et nous sommes informés de tout, s’enthousiasme Audrey. Tout est extrêmement bien pensé, le niveau de technicité est élevé. C’est formidable ! ».

Un mois après son admission, Marin semble d’ailleurs avoir fait des progrès. « Nous n’avons pas de données chiffrées pour l’instant, mais il y a plein de petites choses encourageantes. Marin marche un petit mieux grâce à une attelle qui améliore la position de sa cheville gauche, et qui est changée toutes les semaines, poursuit sa maman. Mais ce que nous attendons surtout, ce sont des progrès au niveau cognitif. Il a par exemple encore beaucoup de mal à mettre des filtres dans ses discours. Il ne se rend plus compte qu’on ne peut pas tout dire ».

Ces soins ne sont pas gratuits : l’établissement facture habituellement trois mois de rééducation au prix de 180 000 euros. Or, malgré un avis favorable du médecin-conseil rendu au printemps, la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) n’a pas encore mis en place de soutien financier. C’est donc via leur site internet La tête haute et les réseaux sociaux que les proches du jeune homme ont pu réunir, à l’heure où nous écrivons ces lignes, près de 203 000 euros de dons selon le site web.

« Nous avons signé pour trois mois, mais nous souhaitons qu’il reste là le plus longtemps possible, jusqu’à ce que le centre nous dise que Marin ne pourra plus y progresser », souligne Audrey. Qui précise que l’association dispose encore d’une somme permettant un mois de prise en charge supplémentaire. Une somme à laquelle devrait s’ajouter une prise en charge « à l’acte » de la CPAM. Le courrier envoyé à la ministre de la santé en juillet a sans doute porté ses fruits…

Un procès aux assises

Parallèlement, la famille a remporté dans le volet civil de l’affaire une autre victoire, financière celle-ci. Une audience en référé s’est tenue le 4 juillet au tribunal de grande instance de Lyon. L’un des avocats de la famille, Maître Dominique Arcadio, a demandé à l’assureur de l’agresseur présumé une avance de 300 000 euros. Le 2 août, la justice lui en a accordé la moitié, soit 150 000 euros. Mais il s’agit bien d’une avance, à valoir sur le montant définitif de l’indemnisation. Laquelle, selon l’avocat cité par « Le Progrès », pourrait s’élever à plusieurs millions d’euros. Le versement risque toutefois de prendre du temps.

Au niveau pénal, l’enquête est terminée. L’agresseur présumé, âgé de 17 ans au moment des faits, est toujours incarcéré dans l’attente d’un procès aux assises. Il avait été identifié grâce aux images de vidéosurveillance, puis interpellé le lendemain. Son casier judiciaire fait état de 18 faits délictueux, dont certains avec violence. Si l’excuse de minorité est retenue par le tribunal, il risquera cinq ans de prison, le double dans le cas contraire.

Le procès pourrait se dérouler dans les mois à venir. « Ce sera une véritable épreuve. Je retourne dans tous les sens ce que je vais dire depuis des mois. J’ai besoin de réponses : il me semble avoir compris ce qui s’est passé dans le bus où s’est produit l’agression. Mais j’aimerais en savoir plus sur ce qui s’est passé juste avant, sur le parvis de la Part-Dieu », nous avait indiqué sa maman en juillet dernier. Avant de laisser transparaître une certaine inquiétude : « Je ne sais pas comment je vais pouvoir rester calme face à celui qui a tenté de tuer mon fils. »

Reste que, depuis sa prise en charge dans l’établissement suisse, Marin semble reprendre espoir. « Pendant l’été, quand il a vu ses copains passer leur licence et se préparer à leur quatrième année, il a eu un petit coup de cafard. Mais maintenant ça va mieux, même si nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait, reprend Audrey. Mais quoi qu’il en soit, sans l’association et les dons, sans ce formidable élan de solidarité, jamais nous n’aurions pu trouver un lieu aussi adapté. On ne pourra jamais assez remercier les gens qui nous ont aidé ».

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