Vénissieux, partie civile contre le rappeur Elams

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Le rappeur Elams s’est invité au conseil municipal du 15 mai. Mais pas pour s’y produire. À l’ordre du jour de l’assemblée figurait une délibération permettant à la Ville à se porter partie civile dans l’affaire de son clip, tourné sans autorisation à La Darnaise et qui avait entraîné violences et dégradations, le 1er février.

Met le darwa et puis s’en va…

Fin janvier, via les réseaux sociaux, le Marseillais avait donné rendez-vous à ses fans au parc des Minguettes, pour faire la figuration du clip de son morceau « Le son qui fout le darwa » (le bordel). Près de 200 jeunes, essentiellement des mineurs, avaient répondu à son invitation, un mercredi après-midi.

Sans doute transportés par la poésie baudelairienne du texte (« ils cassent les couilles la police. Projectile sur le pare-brise. Dans mon quartier, telle est la devise », par exemple, ou « À la kalash, c’est chacun son sort, Criblé de balle, on retrouve ton corps ») et la chorégraphie de l’artiste (à base de doigts d’honneur et de simulacre d’égorgement), certains participants chauffés à blanc avaient joint le geste à la parole. Fumigènes, jets de projectiles, casse de mobilier urbain…

Plusieurs interpellations avaient eu lieu. Mais pas celle du chanteur, qui avait déjà pris la tangente, laissant des gamins instrumentalisés assumer seuls ses propres provocations. Une information judiciaire a néanmoins été ouverte contre Elams, pour « provocation directe à un attroupement armé, suivie d’effet », « outrage » et « organisation d’une manifestation non autorisée ».

Préjudice matériel et moral

Pour avoir accès au fond de ce dossier, la Municipalité a souhaité se porter partie civile. « Lorsque le procureur aura rendu sa décision, nous pourrons attaquer pour préjudice matériel et moral, a expliqué Michèle Picard. « Je ne suis pas pour la censure, comme chacun le sait, mais le clip mis en ligne comporte des appels à la violence et au désordre public, explicites et inacceptables. C’est bien l’image de la ville qui a été atteinte et dévalorisée. »

Dans une intervention qui a fait la distinction entre  « rap qui tue et rap qui lutte »,  citant Kerry James, les NAP, Akhenaton et Sonita,  Pierre-Alain Millet (PCF) espère que l’État conduira cette action « avec toute la sévérité nécessaire ». « Le procureur n’hésite pas à poursuivre des syndicalistes pour une simple distribution de tracts à un péage, souligne l’élu. On ne comprendrait pas qu’il n’use pas de tous les moyens de la loi pour faire respecter les Vénissians et la ville contre un provocateur qui se permet de privatiser le parc des Minguettes, appelant au vandalisme et à la violence urbaine… ».

« Ghettoïsation »

Côté opposition, Christophe Girard (« Rassemblement pour Vénissieux ») a rappelé qu’il avait réagi dès le 1er février, dénonçant comme « doublement criminels ceux qui font cela mais aussi ceux qui laissent faire cela : ils enferment ces jeunes dans une ghettoïsation programmée et sèment la tempête dans notre société. » « Nous sommes donc heureux qu’enfin il y ait une réaction de votre part », a-t-il lancé à la majorité municipale.

Effet retour des provocations du Marseillais, la délibération a été adoptée à l’unanimité du conseil. Parfois, « les choses se passent à fond « , comme dit le rappeur québecois le Roi Heenok. Il ne fallait pas chauffer le crew municipal…

« Liberté d’expression » ou diffamation ? La justice tranchera
Prenant la parole au tout début de la séance du conseil municipal du 15 mai, au moment où les élus sont invités à se  prononcer sur le compte-rendu du précédent conseil, Anne-Cécile Groléas a préféré parler d’autre chose. En l’occurence, de la citation à comparaître de Lotfi Ben Khelifa, chef du groupe des élus socialistes et républicains dont elle est l’une des trois élus, devant le tribunal correctionnel de Lyon le lendemain, pour « injure publique envers une personne chargée d’un mandat public » à l’encontre du maire. Le conseiller PS (ainsi que l’administrateur vénissian d’une page Facebook hostile à la municipalité) est poursuivi par le procureur de la République sur plainte de Michèle Picard, pour des propos tenus et maintenus sur la page Facebook de M. Ben Khelifa. « C’est un élu du peuple que vous voulez interdire de parole, s’est indigné Mme Groléas. C’est une erreur politique, car vous ne nous ferez pas taire, c’est aussi une faute morale car vous piétinez une valeur centrale de notre démocratie, la liberté d’expression. » Sans vouloir entrer dans le fond d’une affaire « qui est dans les mains de la justice », le maire a rappelé qu’elle a porté à la connaissance du juge des injures grossières et sexistes proférées à son endroit, et que « le juge décidera ». La question en restant là, une vingtaine de personnes a alors quitté les bancs du public. Manifestement déçus par la tournure d’un débat qu’ils auraient voulu plus animé, ils ont posé le temps d’une photo dans l’entrée de la salle du conseil avant de partir de l’Hôtel de Ville (photo ci-dessous). Ils ont été suivis peu de temps après par les trois membres du groupe « Ensemble pour Vénissieux » de Lotfi Ben Khelifa, qui n’ont donc pas pris part à la suite du conseil. De son côté, le tribunal correctionnel a fixé au 17 octobre l’audience sur cette affaire.

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