À Monmousseau, une barre et des regards

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Une barre qui va être démolie, un quartier voué à la transformation : comment les jeunes qui habitent Monmousseau vivent-ils ces changements ? Antoine Boureau et Lucie Moraillon, deux photographes de l’association lyonnaise Dialogues en photographie, ont eu une idée originale qu’ils ont mise en place avec le bailleur ICF, la Ville, le GPV, le centre social Eugénie-Cotton et l’Espace Pandora : proposer à 13 jeunes du quartier, âgés de 10 à 14 ans, de suivre un atelier photographique et de ramener des images. Depuis, celles-ci ornent les façades de la barre et y resteront jusqu’à sa démolition en 2019.

« Pendant tout le temps de cet atelier, réalisé pendant les dernières vacances de la Toussaint, ICF avait mis à notre disposition un appartement dans l’allée 13. » Antoine Boureau parle encore avec beaucoup de passion de l’expérience partagée avec les jeunes. « Nous avons l’habitude de faire découvrir la photo et de la partager dans des lieux qu’on ne connaît pas forcément. Nous avons ainsi monté un atelier en Égypte, puis dans le camp palestinien de Chatila, au Liban. Nous l’avons fait encore sur les pentes de la Croix-Rousse et à Vénissieux. Toujours avec des enfants. »

capture-facadeSamy Bendjama, animateur au centre social, a constitué un groupe mixte de 13 jeunes et l’atelier intensif a duré 10 jours. « Nous voulions leur faire travailler l’argentique, poursuit Antoine. La pellicule n’a que 12 poses et, en termes de regard, ça oblige à réfléchir avant de prendre la photo. Nous avons fourni à chacun un appareil Holga, en plastique, pas trop cher et simple dans son fonctionnement, qui garantissait une bonne qualité d’image. Nous étions sur du film 6×6, un grand format qui supporte bien l’agrandissement. »

Fort des conseils et de la vision de livres de photos, après avoir compris qu’il fallait à chaque nouvelle prise penser à avancer le film — l’un d’entre eux a d’ailleurs découvert la superposition et s’en est amusé — chacun est ensuite parti avec un thème en tête, qu’il avait choisi. « Certains ont travaillé le portrait, d’autres le clair-obscur ou la mise en scène, la superposition ou l’intérieur/extérieur… Ils ramenaient la pellicule en fin de journée, on la développait le soir et on tirait de petites impressions que les jeunes découvraient le matin suivant. Ils étaient les artistes, nous étions là pour les accompagner. »

gazonSur les 1000 photos prises, 100 ont été agrandies en 1×1 m, trois en 1,5×1,5 m et une en 4×4 m. Elles ont ensuite été collées à partir des fenêtres par Antoine et Lucie et en rappel par La Cordée lyonnaise sur une façade haute de 60 m. L’atelier a bien sûr modifié la vision des apprentis photographes qui ont bien compris qu’ils pourraient refaire avec leurs portables ce qu’ils avaient appris en argentique.

Après le succès du vernissage du 19 novembre, tous attendent à présent de pouvoir renouveler l’expérience.

2 pensées sur “
À Monmousseau, une barre et des regards

  • 21 décembre 2016 à 13 h 05 min
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    Une très belle initiative de Lucie MORAILLON qui a su mettre en valeur des adolescents de quartier difficile par l’apprentissage de la photo.

  • 13 décembre 2016 à 15 h 26 min
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    J’imagine que ces jeunes auront senti de quoi ils étaient capables quand on leur donne de vrais outils et de bons conseils. Bravo pour cette expérience à renouveler.

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