Patrick Charconnet, l’homme de réseaux

Une belle carrière s’offrait à lui dans le public, mais Patrick Charconnet a préféré relever les défis du monde de l’entreprise / © R.BERT

À l’approche de la trentaine, sa carrière semblait toute tracée. Cadre à la SNCF après un parcours sans faute commencé avec un bac comptabilité, Patrick Charconnet aurait pu se satisfaire de sa situation. Et qui lui en aurait voulu ? Mais à 29 ans, alors que les prémices de la crise se font déjà sentir, le voilà qui décide de changer de cap.

En 1989, il fait l’acquisition d’une entreprise de matériel agricole, placée en redressement judiciaire. Un an plus tard, elle devient rentable. L’entrepreneur la revend alors pour acheter avec un ami une boulangerie industrielle, elle aussi en difficulté. Il la cédera gratuitement à son associé après l’avoir remise à flots. « L’idée, c’était d’améliorer la gestion des coûts à tous les niveaux, explique-t-il. Ce n’est qu’un exemple, mais alors que l’ancien gérant se déplaçait en CX GTI, moi je me contentais d’un simple utilitaire. »

En 1992, Patrick Charconnet renoue avec le salariat, en devenant responsable des grands comptes pour les Pages Jaunes. Mais en 2001, un plan social le pousse vers la sortie. Il redevient alors entrepreneur, pour se lancer dans la création de Charco Net, qui verra le jour fin 2002. Cette agence de communication est spécialisée dans le conseil en publicité sur les annuaires Pages Jaunes et pagesjaunes.fr. « À ces domaines que je connaissais déjà, j’ai ajouté la création et le référencement de sites internet. »

Deux ans plus tard, il est l’un des tous premiers à établir sa société dans le nouveau parc d’entreprises Bourdarias, en plein cœur des Minguettes. « Au départ, je voulais m’installer dans une zone franche pour embaucher du monde. Mais ce n’est pas tout. J’ai tout de suite aimé Vénissieux. Il est vrai que j’ai été très bien accueilli, notamment par le maire de l’époque, André Gerin, se souvient-il. Pourtant, parfois, lorsque je dis que j’ai ma société aux Minguettes à Vénissieux, les gens me regardent avec de grands yeux. Or, je me sens en sécurité, et je n’ai jamais eu à subir d’incivilités. »

« Je n’hésite pas à investir dans l’humain »

Mais qu’est-ce qui fait marcher Patrick Charconnet ? « L’envie, répond-il sans ambages, le regard gourmand. Et puis j’aime bien décider tout seul. Dans certaines entreprises, on n’a pas un gros pouvoir de récompense et de décision. Pourtant, j’ai envie de créer, d’inventer, de mettre en lumière. J’essaie cependant d’associer tout le monde aux décisions et aux résultats. Ici, je n’ai pas cinquante niveaux à franchir pour savoir si quelque chose est possible. »

La « méthode Charconnet » va cependant plus loin. « Pour que les choses se passent bien, j’essaie de faire en sorte que les gens soient motivés. Mon bureau est toujours ouvert. On échange, on s’écoute. L’ambiance, c’est sacré ! Si on va au travail en traînant les pieds, cela ne peut pas marcher. Je n’hésite donc pas à investir dans l’humain, même en ce qui concerne les salaires. Et le résultat est là. En quinze ans, je ne me suis séparé qu’une seule fois de quelqu’un. »

En 2013, Patrick Charconnet crée une nouvelle entreprise, Charco Tourisme. Elle gère plusieurs portails internet. Ces guides en ligne couvrent la Camargue, les Alpilles, le Lubéron et la Provence. « L’an dernier, nous avons fait notre plus belle année sur les deux entreprises ! 28 % de progression pour Charco Net et 100 % pour le portail de la Camargue », se félicite-t-il. Une réussite d’autant plus remarquable que l’embellie économique tarde à venir. « Je regarde ma paroisse, mais aussi ce qui se passe autour. Chez mes clients, il y a une véritable crise depuis deux ans et contrairement à ce que j’entends à droite ou à gauche, la reprise n’est pas encore là, juge-t-il. Les gens sont inquiets, réticents, parce qu’ils manquent de visibilité. Vous savez, la publicité, c’est le premier secteur qui trinque en temps de crise… Je suis donc plutôt fier de notre bébé. Ses finances sont saines, et il a une très belle trésorerie. »

Un des premiers signataires de la Charte de coopération Ville-Entreprises

Signataire en juin dernier, avec 24 autres sociétés de Vénissieux, de la Charte de coopération Ville-Entreprises, Patrick Charconnet se définit aussi comme un homme de réseaux. « J’ai toujours joué le jeu, et j’ai été honoré de faire partie des premiers signataires. J’ai récemment bloqué quatre heures pour donner des conseils à des jeunes sur leur recherche d’emploi. Je fais ce que je peux, à mon petit niveau. C’est une façon de m’impliquer dans le tissu local. »

L’entrepreneur est par ailleurs président national du réseau ASAM, qui regroupe des agences spécialisées dans le multimédia et les annuaires. Dans ses locaux du parc Bourdarias, il héberge une association d’aide aux créateurs d’entreprises. Et Charco Net fait partie du réseau ALYSEE, l’association Lyon Sud-Est Entreprises, qui fédère huit groupements d’entreprises du sud-est Lyonnais.

Systématiquement présent dans toutes les réunions qui concernent l’activité économique de la commune, il œuvre parallèlement au Rotary Club de Lyon, où le travail ne manque pas, entre gestion des colis alimentaires et dons aux associations : « C’est ma fibre sociale, je ne la renie pas. »

« Parfois, j’ai envie de dire que ma plus grande fierté, c’est que ma petite entreprise de cinq salariés prenne des parts de marché à des mastodontes du secteur. Mais non, ma plus grande fierté, c’est mon fils », insiste-il. C’est que David, qui travaille avec son père depuis sept ans, gère déjà de nombreux clients. « Il a fait son chemin tout seul, après ses études, avant de me rejoindre. Et aujourd’hui, tout le monde est ravi de ses services. »

À quelques années d’une retraite bien méritée, l’homme prépare donc déjà sa succession. « Au fur et à mesure, je délègue de plus en plus de responsabilités à David. Dans deux ou trois ans, c’est lui qui reprendra », explique-t-il avec une certaine fierté. Mais alors, c’est déjà fini ? « J’ai commencé à travailler à 18 ans. Alors lorsque j’en aurai 60… place aux jeunes ! »

Toutefois, même s’il envisage un « nouveau projet de vie » au soleil du Lubéron, Patrick Charconnet compte bien poursuivre ses activités à Vénissieux. Au moins en partie. « Internet permet de gérer beaucoup de choses à distance et puis, je serai là au moins trois jours par semaine. »

Le chef d’entreprise n’est donc pas prêt à raccrocher totalement. Mais quand ce jour arrivera, ce sera sans regret. Ce mot ne fait d’ailleurs pas partie de son vocabulaire. « Des regrets ? Non, je n’en ai aucun, jure l’entrepreneur. Sur ma tombe — mais je ne veux pas de tombe —, je voudrais simplement que l’on marque « Il a été heureux ». Je considère que la malchance est une faute professionnelle. On ne peut pas ne jamais avoir de chance. »

 

 

 

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