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Portraits

Lucie Carrasco : de toutes fashions

Née à Vénissieux, cette jeune styliste a su dépasser son handicap et rapidement réaliser plusieurs de ses rêves : créer des vêtements, organiser des défilés et vivre aux États-Unis.

Née à Vénissieux, cette jeune styliste a su dépasser son handicap et rapidement réaliser plusieurs de ses rêves : créer des vêtements, organiser des défilés et vivre aux États-Unis.
Ce n’est pas une vantardise si le livre que Lucie Carrasco a écrit pour raconter son trajet s’intitule « Plus forte que la maladie » (il est publié chez Flammarion, avec une préface de Bruno Gaccio). Que peut-on faire, en effet, lorsque, souffrant d’une maladie rare, l’amyotrophie spinale, on vous annonce que vos jours sont comptés ? Baisser les bras ou vivre. Lucie a choisi la seconde solution. Plus forte que la maladie, elle l’a été, dépassant les obstacles et parvenant à se faire un nom dans le milieu très fermé de la mode. Le parcours de cette jeune native de Vénissieux mérite qu’on s’y arrête.
« Je suis née à la clinique des Minguettes en 1981. Elle venait d’ouvrir, c’était la maternité de référence dans la région. Mes parents habitaient Villefranche et mes deux sœurs aussi sont nées aux Minguettes. »
Le goût de la beauté et de la création, Lucie le revendique depuis sa petite enfance. « Je dessinais beaucoup. Souvent des personnages, qui avaient tous un nom, un prénom, un âge, un métier… et toujours des femmes. Je suis encore impressionnée quand je les revois : j’avais 6 ans et on dirait qu’ils sont d’un enfant de 12-13 ans. Quand je prenais mes crayons, il était évident que je n’allais pas dessiner une maison ou un paysage mais des personnages très détaillés, avec les boutons aux chemises, les boucles d’oreilles, la cigarette à la main… »
La petite fille s’invente des « défilés Lucie Carrasco », des « concours de beauté Lucie Carrasco ». « Ma mère a été ma première source d’inspiration. Elle travaillait beaucoup et je la voyais peu. C’est mon papa qui s’occupait de moi. Cela rendait ma mère plus fascinante, inaccessible. Quand je la voyais, j’étais éblouie par ses grands cheveux bouclés, sa beauté. Je la regardais se maquiller le matin, aligner ses crayons et ses pinceaux et j’étais pressée de jouer avec tout cet attirail. Tout, chez elle, tournait autour de la féminité : son parfum, ses cheveux, ses bijoux. C’était une fée ! »
Les rêves de Lucie et ses dessins contrebalancent un quotidien beaucoup plus dur : « J’avais une santé fragile, qui s’est beaucoup améliorée aujourd’hui, contrairement aux pronostics des médecins. J’avais des problèmes respiratoires, étais rapidement essoufflée. J’étais souvent malade. Pendant ces longs moments, je m’ennuyais et avais soif d’apprendre. Je regardais à la télé des séries ringardes comme « Amour, gloire et beauté », où les femmes étaient très belles. Et les Miss France, la montée des marches à Cannes, les Oscars, les films de Marilyn Monroe… Je dessinais, je jouais aux Barbie, je les coiffais, les habillais, les changeais. Ce que je fais aujourd’hui dans mon métier. »
Son grand-père maternel saisit le besoin qu’éprouve sa petite fille de s’éloigner de sa maladie en apprenant. Il lui donne ses premiers cours d’anglais. Lui raconte l’histoire des Européens débarquant dans le port de New York, avec la statue de la Liberté en ligne de mire. « Il m’a fasciné avec ses récits fantastiques et vrais ! L’Amérique, d’ailleurs, me fascine toujours. À 7 ans, je mettais des sous dans une tirelire pour partir à New York, persuadée que Hollywood était à New York. »

« J’étais angoissée. Christian Lacroix m’a envoyé une composition florale d’un mètre de haut, avec un gentil mot. Un très grand moment ! »

Aujourd’hui, Lucie a choisi de vivre à Los Angeles, où elle trouve « plus de liberté » (la côte Est, remarque-t-elle, étant « plus européenne »), après ce qu’elle appelle « un long chemin ».
Elle revient sur son année scolaire 1992-93. Elle entre en 6e et sa santé décline de plus en plus, avec un problème de perte de muscles. « Ma colonne vertébrale se tassait. Vers 12 ans, c’est devenu très critique. Mes parents avaient divorcé et mon père a passé encore plus de temps avec moi. C’est de lui que je tiens mon énergie. »
La jeune fille est hospitalisée à Garches, dans la région parisienne, dans un centre de référence. Les quelques semaines qu’elle devait y passer se transforment en quatre années. « C’était très dur psychologiquement, moralement, physiquement. À 15 ans, j’ai été opérée du dos pour me libérer des corsets. Mon père était chaque jour à mes côtés. Il m’avait décalqué des contours de photos de mode. » Ce qui est un jeu et un passe-temps au départ se transforme en passion. Lorsqu’elle quitte enfin l’hôpital, Lucie a un stock de quelque 200 dessins, « avec des choses pas mal ».
« J’avais une vie à vivre, une adolescence à rattraper. J’ai commencé à écrire à des créateurs de mode. Beaucoup n’ont pas répondu, ou m’ont envoyé une réponse pitoyable. Une seule personne m’a adressé une lettre manuscrite : Christian Lacroix. Il m’a écrit que ni mon handicap ni mon âge ne devait être un frein à la création. Rien n’était impossible. »
En 2000, Lucie a 19 ans et organise son premier défilé à l’Embarcadère, à Lyon. Avec, pour marraine, Ophélie Winter. « J’étais angoissée. Christian Lacroix m’a envoyé une composition florale d’un mètre de haut, avec un gentil mot. Un très grand moment ! » L’année suivante, Lucie rencontre la chanteuse colombienne Shakira. « J’ai toujours eu des amis colombiens. Une copine m’avait fait une cassette de Shakira, qui n’était pas connue à l’époque. Par sa voix et sa musique, j’imaginais cette femme que je n’avais jamais vue. Je l’écoutais et c’était un moment d’évasion, quelque chose de très fort. Cette artiste complète est devenue une source d’inspiration. Si j’avais été valide, j’aurais aimé danser. Habiller Shakira était une manière de participer à son show. J’ai essayé de la contacter et je l’ai enfin rencontrée en 2012. Je lui ai montré les robes que j’avais dessinées et elle a choisi celle que j’avais vraiment créée pour elle. En mars 2013, je l’ai retrouvée à Paris pour le lancement de son parfum et je lui ai offert la robe. Aujourd’hui, tous les fans de Shakira me suivent et j’ai vraiment des contacts adorables. Mon objectif serait de lui proposer une ligne complète de vêtements. »
Reprenons la chronologie des défilés. Le premier, à Lyon en 2000, avec Ophélie Winter. En 2002, elle en fait un, « prestigieux », à l’hôtel Crillon à Paris. La même année, au Palais des congrès de Lyon, elle transforme plusieurs humoristes en mannequins : Jean-Marie Bigard, Franck Dubosc, Fred, Bruno Salomone, le regretté Ticky Holgado, Bruno Gaccio, Patrick Bosso, etc. Elle fait encore défiler Adriana Karembeu pendant le festival de Cannes 2011. « Lier la mode et la comédie, commente Lucie, passe mieux aux États-Unis qu’en France. Là-bas, plus vous voulez faire des choses et plus on a envie de vous suivre. J’ai créé ma ligne de chaussures, de bijoux. Ici, ce n’est pas possible. »
Début 2012, elle crée l’association Roule toujours, parrainée par Jean-Marc Barr, pour trouver des aides, organiser des rencontres et des manifestations avec des associations américaines et parcourir ce pays dont elle rêve. Où elle parvient à s’installer au printemps 2013. Partageant son temps entre Los Angeles et la France, Lucie est devenue une styliste à plein temps. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire aussi : « Je le fais depuis toujours et, après la publication de mon premier livre, je suis en train d’en écrire un second. Je fais également des textes de chansons. »
Lucie caresse aussi le projet de tourner un jour son propre film. « J’ai déjà plein de débuts de scènes. C’est vrai que j’aimerais me tourner vers la réalisation. Peut-être sur mes vieux jours… » Et les costumes pour le cinéma ? « Je ne me sens pas encore prête. Enfin ça dépend, si Almodovar me demande… Mais il y a beaucoup de conditions à respecter et j’ai besoin de liberté. »
Cette liberté, c’est à Los Angeles qu’elle l’a finalement trouvée : « Quand j’arrive là-bas, je me sens chez moi. J’ai trouvé un appartement. Les Américains sont rapides et efficaces, ils ne se perdent pas en blabla et en hésitations. En deux jours, j’ai eu des propositions d’embauche. Je vais aussi me marier. J’ai d’autres projets : travailler auprès de Shakira, créer ma propre ligne de vêtements, visiter les enfants hospitalisés… Lorsque j’ai un rendez-vous aux États-Unis, c’est agréable de ne pas me demander si ce sera accessible ou pas en fauteuil roulant. À la différence de la France ! Il existe aussi de mauvais côtés mais là-bas, je peux être Lucie. Pas ici. »

www.lucie-rolls.humanitycode.com

 

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