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Au cœur de la lutte des Veninov

Voilà 42 jours que les ex-salariés de Veninov occupent et surveillent leur outil de travail. Nuit et jour, ils s’assurent que personne ne s’introduit dans l’usine pour récupérer les machines et l’important stock, qui sommeillent dans les entrepôts. Car les 90 “Veninov” veulent encore croire que leur activité n’est qu’en sommeil.

Pourtant, le 21 juillet, le tribunal de Nanterrre chargé de trouver un repreneur pour cette usine installée depuis 1874 à Vénissieux, a jeté l’éponge. Dès l’expiration du délai légal, il plaçait en liquidation judiciaire le groupe Alkor-Venilia auquel appartient Veninov. Dans la foulée, le personnel était licencié. Une dose létale de mauvaises nouvelles pour beaucoup d’entreprises, mais pas pour les Veninov : persuadés de la viabilité de leur outil de travail, ils décidaient d’occuper les lieux, jusqu’à ce qu’un nouveau repreneur se manifeste. Un peu plus d’un mois plus tard, l’activité n’a pas encore redémarré. À la préfecture, on assure avoir “quelques touches”. Des noms circulent parmi les salariés. Certains se montrent optimistes, d’autres commencent à se décourager. Mais la lutte est toujours à l’ordre du jour.

Un million de mètres de toile par mois
“Nous sommes présents 7 jours sur 7, explique Stéphane Navarro, délégué syndical CGT. Avec les retours de congés, nous sommes même de plus en plus nombreux. Vingt, trente, cela dépend des jours. En tout cas, la motivation ne faiblit pas. On a été sabordés, mais on ne se laisse pas faire !” Ce jeudi 25 août, installés autour d’une table, ils sont une quinzaine à surveiller les actifs de l’usine, à refaire le monde et à partager un verre. “Aujourd’hui, ça va, il fait à peu près bon, reprend Stéphane Navarro. Mais ces derniers jours, lorsqu’il faisait 45° dehors, c’était l’enfer ici.”
Un peu plus loin, une table de ping-pong a été installée. “On s’occupe comme on peut !”, dit en riant un ex-salarié. Les blagues fusent. Malgré les difficultés, l’humeur des troupes semble bonne. Lorsqu’ils évoquent la fermeture, un mot revient inlassablement : “gâchis”. Même dans les derniers jours, les carnets de commande étaient pleins, rappellent-ils. “Cette usine est capable de produire 1 million de mètres de toile cirée par mois, assure l’un des salariés. Et on doit disparaître ?!”
Aux alentours de midi, Michèle Picard, maire de Vénissieux, accompagnée de ses adjoints Évelyne Ebersviller et Pierre-Alain Millet, vient leur témoigner son soutien. Et les aider à organiser leur prochaine soirée de solidarité (voir plus bas). “Cela fait plaisir de ne pas se sentir seul, estime un des plus jeunes Veninov. D’autant que la préfecture accepte également notre occupation des lieux. Cela nous renforce dans l’idée que notre combat est juste.”

“La qualité, c’est aussi les salaires”
À quelques mètres de là, les bâtiments de Veninov sont bien vides. Sur les murs, les panneaux appelant à la prudence et au professionnalisme se couvrent de poussière. “Plus tôt on découvre un défaut, plus il est facile de le corriger”, indique l’un d’eux. Un autre a été ironiquement et récemment corrigé à la main : “La qualité, c’est aussi (les délais) les salaires”, en rappel des mois d’incertitudes quant au versement des paies. L’air est chargé de cette odeur caractéristique des usines, mélange de poussière et de sueur des ouvriers. S’y ajoute, industrie chimique oblige, une légère odeur de solvant et de peinture. Sur les sols, les chariots ont laissé des traces claires aux endroits de leurs passages les plus réguliers.
Un peu plus loin, trône une gigantesque machine. Longue de plus de 50 mètres, bardée de toute une série de protections et de panneaux incitant à la prudence, elle est l’une des pièces centrales de la production des toiles cirées. Six ou sept ouvriers suffisent pour l’actionner. Si quelques araignées ont profité de l’inactivité pour tisser leurs toiles, “cette machine est prête à redémarrer tout de suite”, assure Bernard Dhennin, délégué syndical CFDT. “Il manque juste les matières premières. Ni nous ni nos machines ne sommes rouillés !”
En pénétrant dans la salle des impressions sur toile, on imagine la pièce pleine d’ouvriers spécialisés, au début du XXe siècle. Aujourd’hui, ces engins imposants sont à l’arrêt. Les dernières machines à fonctionner sont celles à café. Les autres semblent stoppées depuis des années. Des semaines, en réalité. Dans deux d’entre elles, des toiles sont restées en place. Il se dégage des lieux une impression étrange, comme si le temps s’était arrêté sur cette usine, plus de 130 ans après sa création. Là où l’on s’attendrait, voire espérerait un silence religieux et pesant, souffle toujours la puissante ventilation de l’usine. Un peu plus loin, des dizaines et des dizaines de cylindres massifs sont entreposés, témoins de la longue histoire des anciens établissements Maréchal, et d’un savoir-faire unique en Europe. “C’est le vrai trésor de Veninov, estime Frédéric Vera (CFDT). Ils sont chromés, avec des microgravures. Ils valent au bas mot 5 000 euros chacun. Ce sont ces cylindres que nos concurrents seraient trop heureux de récupérer pour leurs productions…”
Dans une autre pièce, des étagères hautes d’une dizaine de mètres semblent attendre la matière première. À moins qu’un repreneur ne se décide à faire revivre l’usine, elles risquent bien de rester vides. Les salariés sont en tout cas prêts à s’investir pour que redémarre la production.

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