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Culture

Gueules d'amour Production : on se retourne sur leur passage

« Gueule d’amour était si beau que l’on se retournait sur son passage.”
Il suffit d’une phrase pour que le lecteur d’André Beucler, auteur du roman “Gueule d’amour” publié en 1926, se fasse une idée du personnage. Une phrase et un film qui, onze ans plus tard, porte à l’incandescence le héros : Jean Gabin l’interprète et porte à merveille l’uniforme de spahi.
Lorsque le 31 août 2007, Maud Charrel, Joanne Rocca et Chloé Vialle portent sur les fonds baptismaux l’association Gueules d’amour Production, elles pensent moins à Gabin qu’à une chanson : “C’était lors de notre premier cabaret, se souvient Chloé. La chanson “Adieu gueule d’amour” nous a plu. Elle n’était pas fleur bleue mais trash, punk, avec une distance, un côté provocateur que l’on revendique. On a juste ajouté Production, pour être associées à un collectif.”
Maud et Joanne se sont rencontrées en master Théâtre, danse et arts du spectacle à l’université Lyon 2. “J’avais créé une petite compagnie en 2004, pendant mes années de fac, explique Maud. J’étais dans une logique de création de théâtre. Avec Joanne et Chloé, nous avions la même conception de la place de l’artiste, du travail en collectif. Je voulais être metteuse en scène, diriger des comédiens, écrire et travailler des propositions sur un plateau. Mon mémoire de maîtrise portait sur trois artistes polyvalents, Rodrigo Garcia, Pippo Delbono et la compagnie tg STAN.”
Si Joanne, qui a passé une partie de son enfance au Moulin-à-Vent, est elle aussi intéressée par le théâtre politique, Chloé a un autre parcours : “De 5 à 15 ans, j’ai pratiqué la danse classique avant d’aborder la danse contemporaine. C’est d’ailleurs au cours de danse que j’ai rencontré Joanne. Après des études d’anglais, j’ai fait de la gestion administrative dans les milieux artistiques. Tout en continuant la danse, j’ai bossé à De l’autre côté du pont, un bar qui possède sa salle de spectacle. J’ai arrêté pour me consacrer à Gueules d’amour. Je suis aussi diplômée en art-thérapie (qui consiste à utiliser la création artistique pour aider des personnes à aller mieux), ce qui m’a amenée à intervenir en clinique psychiatrique.”
On le voit, les trois filles sont des fonceuses qui ne se perdent pas en bavardages. Elles se mettent illico au boulot et créent coup sur coup “Dis-moi comment tu travailles” dans les foyers de jeunes travailleurs, puis un spectacle jeune public “L’odyssée des frères Kiram” qui tourne en milieu scolaire et dans les centres sociaux. À Vénissieux, le foyer de Parilly et le centre social Eugénie-Cotton l’ont accueilli. “Nous recherchons les espaces non théâtraux pour y montrer des thématiques sociétales”, insiste Joanne.
La vidéo (et le talent pour inventer les titres) est également dans leurs cordes. La preuve avec “L’appréhension de la mort limite l’esprit d’entreprise”, un film signé à quatre avec Ismène Leuenberger-Daval, adapté du “Daewoo” de François Bon et montré à la friche RVI de Lyon-Lacassagne. Ou avec une vidéo danse de Louise Hémon, “très écrite, esthétique”, projetée au festival Les Inattendus et à la MJC Monplaisir.

La Biennale et Vénissieux, une ville où elles se plaisent
Depuis un an, les Gueules d’amour ont installé leurs pénates à la maison des associations Boris-Vian, après une rencontre décisive avec Corine Romeu, la directrice. “Nous avions envie de travailler avec les jeunes des quartiers. Les cours vont démarrer dans un mois.”
Boris-Vian signe une convention avec les Gueules d’amour pour les accompagner dans des projets artistiques. “Corine nous a proposé de coordonner à Vénissieux le défilé de la Biennale de la danse, reprend Joanne. C’était une jolie aventure qui allait nous permettre de mieux connaître le territoire, de rencontrer des partenaires. Ce qui a fonctionné : désormais, on nous ouvre les portes différemment.”
L’expérience a beau être formatrice, la Biennale représente un gros travail et les trois demoiselles en sont bien conscientes. Elles se doutent aussi des difficultés que l’affaire va présenter, comme la mobilisation des participants qui commence à s’essouffler. “Il faudrait peut-être regrouper Vénissieux avec d’autres communes, ce que font la plupart des villes.”
Aujourd’hui que la Biennale vient de joliment se conclure, elles repartent d’un pied bondissant sur une quantité de projets.
“Dans le prolongement de “L’odyssée des frères Kiram”, commence Maud, nous allons mener avec le réseau REVE une thématique qui aboutira en juin. Nous avons également travaillé avec sept foyers de jeunes travailleurs sur le spectacle “Working Heroes”. Nous recommencerons en février avec quatre foyers de Lyon et Villeurbanne.”
Le 30 octobre à 20 h 30, les Gueules d’amour retrouveront De l’autre côté du pont pour “Do You Really Want to Hurt Me ? -étape 1 : objets, corps et chansons d’amour”, qu’elles répètent à la MJC Le Cadran et à Boris-Vian, avec cinq musiciens et une autre comédienne. Nos trois amies chanteront dans ce qui est, insistent-elles, “pas un concert mais un spectacle”. “Nous reprenons des chansons de notre enfance et de notre adolescence, qui sont autant de souvenirs collectifs, explique Chloé. Elles sont orientées sur la femme, le couple… Nous avions envie de nous faire plaisir.”
De son côté, Joanne mène avec une musicienne un projet tourné vers la petite enfance, “Leçon d’émotion : les sons des émotions”, qu’elle travaille à Villeurbanne et qu’elle espère développer à Vénissieux. Une ville que toutes trois trouvent “particulière par sa géographie, étendue, diverse”, dans laquelle elles se sentent bien, “avec plein de choses à mettre en place et une population beaucoup plus mixte qu’à Lyon, moins bourgeoise”.
Nos trois Gueules d’amour sont jolies, enjouées, enthousiastes, débordantes d’énergie et l’on a bien envie, en les croisant, de se retourner sur leur passage.

www.gueulesdamour.fr

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