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Culture

Les “petites gens” sur la grande scène des Fêtes escales

Il fallait les voir, Rosa, Zohra, Manuela, Denise, Nadia, Lydie et les autres, le regard pétillant, le bonheur éclatant d’être en scène devant plusieurs centaines de spectateurs. À leurs côtés, le chanteur kabyle Salah Gaoua, ses musiciens, et le comédien Sylvain Bolle-Redat. Le spectacle commence en douceur sur les notes d’“A Yema” (maman). Puis trois femmes sortent du groupe, s’avancent timidement jusqu’aux micros. Elles lisent leurs propres textes, composés lors d’ateliers d’écriture. La musique reprend avec “Maison blanche”, nom pudique pour dire l’aéroport, là où s’est produit l’arrachement à la terre d’origine. Sylvain Bolle-Redat revient pour lire des passages de “L’immigration ou les paradoxes de l’altérité”, un essai sociologique d’Abdelmalek Sayad. Et la musique de nouveau. Les trente-deux femmes chantent “Ayakchih” : “Garçon, pose ta valise, profitons de notre jeunesse, la vie n’est pas éternelle.” Tour à tour elles s’extraient du chœur pour venir exprimer sur le devant de la scène leur expérience personnelle de l’exil. Des textes courts, denses, vrais, parfois poignants, et surtout qui parlent au public vénissian, expert en matière d’immigration. À peine le temps de méditer ce qui vient d’être dit que les percussions et le luth redonnent des fourmis aux spectateurs.
“Pose ta valise”, le spectacle du Théâtre du Grabuge, a été l’un des moments forts de ces Fêtes escales. Géraldine Bénichou, la metteuse en scène, a travaillé depuis mars avec ce groupe. Elle avait déjà mené des projets similaires à Vaulx-en-Velin et à Lyon. Si le Théâtre du Grabuge n’invite que des femmes à monter sur scène, c’est “parce qu’elles n’ont pas choisi l’exil, elles ont vu partir ou ont suivi leurs hommes, père, mari ou frère”. Pour Géraldine Bénichou, “il s’agit de donner à entendre un rapport particulier à l’émigration”. Une émigration qui peut être de l’intérieur aussi. Plusieurs Françaises de souche ont participé à l’aventure. “Tout le monde peut saisir le sentiment de l’exil. Quand on déménage, enfant, c’est aussi une douleur.”
Pour accompagner Salah Gaoua, les choristes ont dû apprendre à chanter en kabyle. Une langue qu’aucune ou presque ne parlait. À travers cet apprentissage accéléré, Denise dit avoir “ressenti la difficulté de l’immigré face à un langage qu’il doit impérativement maîtriser s’il veut réussir son installation”. Certaines retiennent avant tout de cette aventure humaine les moments d’échanges, de rires, de confidences, d’amitié. Et toutes se souviendront des vibrations de la scène, de la chaleur des projecteurs, de la clameur du public, du privilège d’être une artiste. Zohra, 63 ans, venue en France pour se marier, en rêvait depuis toute petite. “J’en ai toujours eu envie, il a fallu que j’attende d’être à la retraite pour le faire, mais au moins je l’ai fait.”

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