La chaufferie bois remet le bleu de chauffe

Les deux nouvelles chaudières bois sont installées. La Ville a de sérieux arguments pour obtenir réparation du fiasco de la première installation. L’heure serait presque à la satisfaction… si la préfecture ne posait de nouvelles exigences environnementales qui viennent jeter une ombre sur la saison de chauffe 2010. C’est une ingénieur d’une trentaine d’années, Delphine Le Louarn, qui a conduit le chantier de reconstruction de la chaufferie bois. Un chantier rondement mené puisque les travaux ont commencé à l’automne et que les premiers essais sont programmés en juin. Dès le début de la prochaine saison de chauffe, les deux chaudières bois devront tourner à plein régime, pour assurer 40 % des besoins en chaleur du réseau. “Pour faire simple, disons que nous n’avons gardé que l’enveloppe. Tout le reste est neuf”, explique l’ingénieur de la société Dalkia, chargée de l’exploitation de la chaufferie. Face à un enchevêtrement de tuyaux, d’échelles, de vannes et de robinets, l’œil profane distingue à peine les deux énormes chaudières Weiss. Elles remplacent les Vulcano-Sadeca qui n’ont jamais donné satisfaction depuis leur installation en 2004. Coût de l’échange standard : 6,5 millions d’euros !
“On s’est aperçu que les deux chaudières avaient beaucoup trop d’éléments en commun, de sorte que toute la chaufferie stoppait au moindre problème. Maintenant chaque chaudière est complètement autonome pour l’alimentation en bois, le dépoussiéreur, le traitement des fumées, des cendres… Pour minimiser les risques de panne, nous avons réduit autant que possible la longueur des lignes d’alimentation et d’évacuation. Nous avons également beaucoup travaillé pour améliorer l’acoustique, la propreté, la sécurité, et surtout la solidité des mécanismes, notamment en ajoutant du téflon et du chrome aux aciers.” À l’exposé de la jeune femme, pas besoin d’être spécialiste pour comprendre que la première installation souffrait de nombreuses imperfections.

Préjudices matériels et immatériels

D’après le rapport d’expertise judiciaire rendu en novembre dernier, la responsabilité de cet énorme gâchis incombe pour une grosse part au concepteur-réalisateur, à savoir la société Crystal et son sous-traitant Vulcano Sadeca. Pour obtenir réparation dans les délais les plus courts, la Ville, propriétaire de la chaufferie, a décidé d’engager une action en référé, devant le tribunal administratif, au titre de la responsabilité décennale. En substance, l’argument retenu est le suivant : la première chaufferie devait être amortie sur une période de vingt ans, or cinq ans plus tard l’ouvrage a été démoli, en conséquence de quoi la Ville a perdu l’équivalent de quinze ans d’amortissement. “Nous demandons deux millions d’euros de provision”, précise Pierre-Alain Millet, adjoint au maire en charge du dossier.

Outre ces dommages que l’on peut qualifier de matériels, il faut ajouter les pertes immatérielles subies par les abonnés, à qui l’on avait promis une facture en baisse grâce à l’utilisation du bois et qui ont dû payer le surcoût lié aux énergies de substitution (fuel lourd, fuel et gaz). Ce préjudice est à lui seul estimé à 2,6 millions d’euros en tenant compte de la dernière saison de chauffe. Pour le couvrir, c’est une action devant le tribunal de grande instance qui est cette fois envisagée. S’agissant d’une situation de droit privé, chaque abonné – on en dénombre 107 au total entre les bailleurs, les copropriétés, les équipements publics, la Ville… – devra défendre ses propres intérêts. Mais l’union est évidemment un gage d’efficacité. C’est pourquoi la Municipalité entend proposer, lors de la prochaine réunion du Conseil de surveillance et de transparence du chauffage urbain, programmée le 3 juin, la constitution d’une association de loi 1901 qui pourrait aider les différents plaignants.

“Irréaliste socialement”

Après des premières années cauchemardesques, l’horizon commence donc à s’éclaircir pour la chaufferie bois des Minguettes. Les nouvelles chaudières sont fiables : une installation similaire, gérée par Dalkia, fonctionne parfaitement à La Duchère. La justice ne s’est pas prononcée sur les indemnisations, mais le rapport d’expertise incite à l’optimisme en pointant de nombreuses et lourdes erreurs de conception-réalisation lors du premier chantier. La Ville et Dalkia ont même le projet de construire une seconde chaufferie bois, et de passer au gaz les chaudières historiques du site qui fonctionnent au fuel lourd (CHV). Ce qui doit permettre, dès 2014, de consommer plus de 60 % d’énergie renouvelable.
Pourtant la prochaine saison de chauffe se prépare dans l’inquiétude du côté de la Municipalité. “Nous avons un nouveau coup dur, déplore Pierre-Alain Millet. Nous venons d’apprendre que le préfet, se basant sur un décret de 2008 concernant les normes de rejet de poussières, exige la suppression du CHV sans délai. Parce que nous rejetterons 850 kg de plus que la limite autorisée, nous serons contraints d’utiliser du fuel domestique en complément du bois. Or le fuel domestique est beaucoup plus cher. Le surcoût s’élèverait environ à 3 200 000 euros sur l’année, soit en moyenne 320 euros pour chacun des quelque 10 000 foyers raccordés. Vu la gravité de la crise et la situation sociale dégradée que nous connaissons à Vénissieux, cela nous paraît irréaliste socialement.”
Cette mauvaise nouvelle sera également au menu de la prochaine réunion du Conseil de surveillance et de transparence du chauffage urbain.

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