
Carte postale issue de la collection personnelle d’Alain Belmont
Un mot doux à transmettre ? Des nouvelles à donner ? Les mails, notre smartphone, les SMS ou les réseaux sociaux nous offrent leurs services à portée de la main pour contacter nos proches ou le moindre de nos correspondants. Nos prédécesseurs d’il y a un siècle ne disposaient évidemment pas de ces outils-là.
Mais ils ne manquaient pas pour autant de moyens de communication. Depuis les années 1870-1890, période de leur invention en France, ils utilisaient des cartes postales. Un peu plus petites que les nôtres – elles mesuraient alors 14 cm de long et 9 cm de large –, ces cartes offraient au recto une belle photographie, presque toujours en noir-et-blanc mais aussi parfois colorisée et, au verso, l’espace d’abord uniquement destiné à l’adresse du destinataire, mais que la poste finit par partager, en 1904, afin d’accueillir une correspondance en partie gauche, comme de nos jours. Dans les années 1900-1920, ces cartes postales connurent un immense succès, au point que les Vénissians en envoyèrent à tout bout de champ. La preuve : un site de vente en ligne spécialisé en proposait, en août 2026, rien moins que 1618 représentant toutes le moindre quartier, la moindre rue du Vénissieux d’antan
Des petits message qui en disent long
Et sur ces petits bouts de carton, que de messages ! Ils peuvent être particulièrement brefs. Comme ces quatre mots, pas un de plus, qu’expédient le 20 novembre 1909 Edouard et Dina à un marchand tailleur de Chalancon, en Ardèche : au dos d’une vue générale du Bourg, ils inscrivent simplement « Meilleurs baisers de Vénissieux ». Ce couple serait-il paresseux ? Pas du tout ! Car le même jour, 20 novembre 1909, ces mêmes Edouard et Dina envoient derrière une vue de la mairie et de l’église, une longue missive à leurs proches : « Chers parents. Nous voici à Vénissieux depuis ce matin 11 heures. (Nous avons appris) que vous étiez en bonne santé pour quand à nous cela va très bien. Nous avons quitté les cousins de Vaise ce matin, ils ont tous été au travail sauf Henry qui nous a accompagné jusqu’au Pont Mouton. Nous sommes arrivés à Vénissieux et nous avons surpris un peu les cousins car ils ne croyaient pas que nous venions aujourd’hui, nous avons été bien reçus. Dina est enchantée de son voyage, nous avons bien promené malgré que le temps n’a pas été bien beau. Recevez de vos enfants les meilleurs baisers affectueux ».
Souvent, ces gens de la Belle Époque évoquent leur état de santé. Comme cet Eugène, un Creusois de passage à Vénissieux, qui confie à son épouse : « Mon mal de dent me prend toujours de temps en temps ce qui me rend encore plus grincheux. La dernière nuit, je te garantis que j’ai fait un bon roupillon. J’en avais besoin pour me remettre d’aplomb (…). Reçois chère Tine de ton petit mari qui t’aime Mille bons baisers ». Mais s’il est un trait qui revient très fréquemment dans cette correspondance d’antan, c’est une bonne humeur. Comme avec cette carte représentant le tramway de la place Sublet, envoyée en septembre 1906 au pharmacien de Saint-Priest : « Mon gros cocos. C’est toujours pour dimanche 23 courant que Madame Troudupet vous attend pour déjeuner, et elle compte bien ainsi que son vieux que vous nous poserez pas de lapin… puisque elle vous en fera manger… Vous ne le direz pas… C’est son vieux chat que j’ai tué à la chasse hier. Bien gros mimis ». Ou bien, ils écrivent pour informer quelqu’un d’une excellente nouvelle. Sur une carte non datée mais postérieure à 1915, un certain Robert fait ainsi part de son embauche à l’usine de camions et de tanks de Marius Berliet, qui vient à peine de sortir de terre : « Cher Grand-Père, Chère Grand’mère, Cher Papa (…). Je me suis présenté ce matin chez Berliet et après avoir passé la matinée à passer l’essai, la visite médicale et les formalités, je commencerai demain à 7 heures dans le tour et les engrenages. Je terminerai en vous embrassant bien fort ».
« Cela ressemble plus à la campagne »
Une catégorie de la population fait aussi grand usage de ces cartes : les nombreux soldats ou ouvriers stationnés durant la Première Guerre mondiale à l’arsenal de Vénissieux, dans lequel l’on fabrique des obus pour le front. En juin 1917, l’un d’eux confie à sa sœur son souhait d’une prochaine mutation. « Je voudrai bien savoir où je tomberai car à la fabrique de poudre c’est encore plus mauvais qu’au remplissage des obus et où je suis dans un petit atelier à part, je risque moins. Enfin peut-être qu’un jour aurai-je la satisfaction de tomber mieux ». Et encore, cet inconnu n’est pas des plus à plaindre. Le 15 août 1915, le soldat Francis Chevallon décrit des conditions de logement déplorables. Nous sommes pourtant à Vénissieux, et non dans l’enfer des tranchées : « Ma chère sœur (…) je veux te dire que le métier de troupier est encore assez dur, (…) quand il faut porter des bottes de sant kilos toute la journée (…) on ne sait pas quand sette sale guerre sera finite (…) je veux te dire quil faut coucher sur la terre avec une poignée de paille dans une écurie (et) il y a encore de la crôte de mouton dessous nous et on dort quand même ».
Hélas, il est une chose que toutes ces cartes ne décrivent presque jamais : la ville elle-même de Vénissieux. Sur les centaines que nous avons lues, une seule fait exception. Elle a été écrite en anglais, et représente l’ancienne gare de chemin de fer. « 9th January 1905. Dear Léon. My very best wishes to you for a happy new year (…). This is not a view of the city but only the station of our village situated at 7 kilometres from Lyon. It looks rather like a country place ». Soit, dans la langue de Molière : « 9 janvier 1905. Cher Léon. Mes meilleurs vœux à toi pour une heureuse nouvelle année (…). Ce n’est pas une vue de la ville (de Vénissieux) mais seulement la gare de notre village situé à 7 kilomètres de Lyon. Cela ressemble plus à la campagne ».
Sources : collection personnelle d’une quarantaine de cartes, et site Delcampe.net






























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