
Le 17 octobre 1961, à Paris, des milliers d’Algériens manifestant pacifiquement contre un couvre-feu discriminatoire sont victimes d’une répression meurtrière menée par la police française. Soixante-cinq ans plus tard, cette page sombre de l’histoire a été commémorée à Vénissieux, devant la stèle du parc Louis-Dupic. Habitants, élus et représentants du collectif « Devoir de Mémoire et de Réconciliation » s’y sont réunis pour rendre hommage aux victimes et rappeler l’importance de transmettre cette mémoire.
La cérémonie a notamment fait une place particulière à Chahida Fatima Bedar, une collégienne de 15 ans dont le corps avait été retrouvé dans le canal Saint-Denis deux semaines après la manifestation. Adjoint aux affaires culturelles, Farouk Ababsa a évoqué son destin tragique en reprenant des extraits de Fatima pour mémoire, un texte de Didier Daeninckx publié dans un recueil collectif.
La mémoire de ces événements interroge aussi les générations suivantes sur leur rapport à l’histoire. Adjointe à la jeunesse, Amina Manseur a ainsi cité l’écrivain Kateb Yacine et son texte engagé Dans la gueule du loup, dans lequel il interpelle le peuple français sur son regard, son silence et sa responsabilité face aux violences. Une interrogation résume cette adresse : « Tu as tout vu, et maintenant vas-tu parler ? »
Cette mémoire est aussi celle des familles, de l’attente et des disparitions. Dans un discours empreint d’émotion, Kheir-Eddine Mekideche, représentant du collectif « Devoir de Mémoire et de Réconciliation », a rappelé que le souvenir des victimes ne pouvait être dissocié de celui de leurs proches, longtemps confrontés à l’absence de réponses.
Une exigence de vérité et de justice
En clôture de la cérémonie, le maire, Idir Boumertit, a replacé ce massacre dans l’histoire de la ville et de ses habitants. « À Vénissieux, des milliers de familles ont des racines algériennes. Moi également. Cette histoire fait partie de celle de notre ville. Elle vit dans nos quartiers, dans les récits de nos anciens et dans la mémoire de leurs descendants », a rappelé l’élu. Il a également insisté sur la nécessité d’une reconnaissance officielle : « Soixante-cinq ans après, ce massacre n’est toujours pas reconnu comme un crime d’État. Je continuerai à porter cette exigence de vérité et de justice. »
Le maire a enfin présenté une proposition de résolution qu’il porte en tant que député, visant à reconnaître le massacre du 17 octobre 1961 comme un crime d’État et à faire de cette date une journée de commémoration officielle. Une démarche qu’il a résumée en deux exigences : « Nous n’oublions pas. Nous exigeons la reconnaissance. »






























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