

Construction des Trois Mâts, avril 1974, photographie N & B, FRAC69256_1Fi8_1970, collection Archives municipales de Vaulx-en-Velin © D.R.
« Nous organisons des expos thématiques sur les grandes décennies, mises en place avec des comités scientifiques. Après « Les Jours heureux », qui était centrée sur les années 1945-1973, nous partons sur la période 1973-1990. » Directrice de la Cité musée Tony-Garnier, dans le 8e arrondissement de Lyon (quartier des États-Unis), Cécile Capelle et son équipe ont installé dans leurs locaux une nouvelle exposition baptisée Voyages en cité. Elle traite de sept grands ensembles de la métropole lyonnaise : les États-Unis (8e), La Duchère (9e), Bron-Terraillon, Rillieux-la-Pape, la ZUP Grande-Île à Vaulx-en-Velin, le Tonkin à Villeurbanne et les Minguettes à Vénissieux, sur la période 1973-1990.
« Le choix, reprend la directrice, a été fait avec notre comité composé d’une historienne, d’un géographe qui est le directeur du Rize, d’architectes, d’urbanistes et de sociologues, auxquels s’ajoutent trois salariées de la Cité musée. Les territoires ont chacun une identité propre. » Sont ainsi évoqués l’ensemble d’immeubles conçu par Tony Garnier dans le quartier des États-Unis et « la ville idéale d’une grande modernité » que représentait La Duchère. « Aux Minguettes, il est question de l’engagement citoyen avec la Marche pour l’égalité mais pas que. Vaulx-en-Velin était un laboratoire de la Politique de la ville et Rillieux une ville nouvelle pour répondre aux besoins de l’emploi, avec des usines telles que Majorette, Lejaby et Feudor. Le Tonkin représente un exemple d’urbanisme sur dalle, avec sa séparation totale des cheminements piétons et de la circulation. Le Terraillon était un quartier de copropriétés. L’idée était de poser un regard plus nuancé, plus humain. »
Sur deux étages, sont regroupés des éléments symboliques des différents quartiers : photos, vidéos, textes explicatifs, objets, sons — avec, par exemple, une playlist que l’on peut charger et écouter en visitant l’expo (voir plus bas).
1973, année charnière


Vue de l’exposition « Voyages en cité » à la Cité Musée Tony Garnier (Lyon 8) – Photo : Lucas Zambon
« Nous sommes partis de 1973, commente Cécile Capelle, qui est une date spéciale. C’est l’année du premier choc pétrolier mais aussi celle de la circulaire Guichard, qui met fin à la construction des grands ensembles. »
On voit d’ailleurs sur une grande frise colorée due au talent de Manon Cluzel que 1973 est aussi marquée, internationalement, par l’inauguration, le 4 avril, des tours jumelles du World Trade Center à New York.
« Pendant cette période, poursuit Cécile Capelle, énormément de choses se sont passées dans la métropole lyonnaise : les premières émeutes urbaines de Vaulx-en-Velin, l’été chaud des Minguettes et la Marche pour l’égalité, la naissance de la Politique de la ville et d’un ministère de la ville en 1990, la mission Banlieue 89 et la venue du président Mitterrand à Bron et Vénissieux. Quant à l’idée de voyage contenue dans le titre, elle contrebalance les préjugés souvent négatifs associés au terme de cité. À la base, on parlait de « ville idéale », devenue aujourd’hui synonyme de difficultés. Nous avons donc décliné une signalétique pour faire écho aux voyages. »
Une carte postale par quartier
Pour mener à bien ses recherches, l’équipe s’est appuyée sur plusieurs partenaires : associations, maisons de quartier, GPV, etc. « Pour Vénissieux, par exemple, Zoro Henchiri, un des danseurs de Traction Avant, nous a prêté ses archives. Nous avons également rencontré des habitants. »
Passionnante pour les adultes, l’exposition s’adresse également aux plus petits avec des cartes postales (une par quartier) illustrées par Manon Cluzel. « Chacune conte l’histoire imaginaire d’un enfant, basée sur des faits historiques, avec de petits timbres que l’on peut associer aux quartiers. Et nous finalisons un grand jeu de l’oie sur tapis géant qui sera sur la politique de la ville, sans doute prêt pour mars ou avril, et que nous ferons en trois exemplaires. »
L’avantage de Voyages en cité est que la manifestation prend son temps et qu’on pourra la voir jusqu’au 18 décembre 2027. Un programme culturel, avec conférences et spectacles, est en cours de construction. Annonçons d’ores et déjà que le 23 janvier, entre 18 heures et 21 heures, la Cité musée Tony-Garnier accueille la dixième édition des Nuits de la lecture avec deux auteurs vénissians, Thierry Renard et Christophe La Posta, accompagnés au saxophone par Dimitri Porcu.
« Voyages en cité – 1973-1990 : vivre dans les quartiers populaires » : exposition ouverte du mardi au samedi, de 14 à 17 heures (septembre-mai) et de 9h30 à 13 heures (juin-juillet) jusqu’au 18 décembre 2027.
À la Cité musée Tony-Garnier : 4, rue des Serpollières, Lyon 8e. Tél. : 04 78 75 16 75 – cm-tonygarnier.org
Tarif plein : 8 euros. Réduit : 5 euros. Visites flashs les jeudis de 14h30 à 15 heures (supplément de 2 euros).


Vue de l’exposition « Voyages en cité » à la Cité Musée Tony Garnier (Lyon 8) – Photo : Lucas Zambon
La playlist de l’expo
On pourra, en se baladant dans l’expo, écouter plusieurs titres-phares des années étudiées en scannant le QR Code de la playlist proposée sur un panneau. Parmi ceux-là, citons Get Up, Stand Up de Bob Marley, Bohemian Rhapsody de Queen, Hygiaphone de Téléphone, Stand the Ghetto de Lavilliers, Antisocial de Trust, Né quelque part de Maxime Le Forestier, Mala vida de Mano Negra, L’Aziza de Balavoine, Envole-moi de Goldman, Douce France de Carte de séjour, Aïcha de Khaled, Marcia Baïla des Rita Mitsouko, L’État assassine d’Assassin, Meurtre légal de Bougnoul Smala ou Petit frère d’IAM.
Les artistes sont bien sûr autant nationaux et internationaux — on peut encore évoquer Tonton David, Suprême NTM, Disiz la Peste, Nekfeu, Soprano, Claude Barzotti… — qu’originaires de la région : Ganafoul, Marie et les Garçons, IPM Gang du Lyonnais, Casus Belli…
Une façon vraiment originale de se promener dans cette manifestation qui l’est tout autant et qui laisse la part belle aux arts. Ainsi, on peut également admirer cinq œuvres plastiques d’artistes ayant travaillé récemment dans ces quartiers, dont une signée par Guénaëlle de Carbonnières, qui fut en résidence artistique au centre d’art Madeleine-Lambert, à Vénissieux. Elle présente, indique Cécile Capelle, la directrice de la Cité musée Tony-Garnier, « l’empreinte des immeubles sur une plaque de verre issue d’une verrerie de Vénissieux, symbolisant la mémoire et la parole des habitants ».
Cette volonté de mêler l’art contemporain à l’histoire se retrouve plusieurs fois, entre autres avec ce dessin de l’Enfant géant d’Alexis Christiaen, qui est une commande du Rize. Sans oublier « les couleurs pop et flashy des années quatre-vingt, la scénographie immersive et ludique », cette dernière étant due au duo Ludivine Defranoux-Valérie Goutille de l’agence S Cédille, sans oublier les illustrations originales composées par l’illustratrice Manon Cluzel.

































Mino
12 janvier 2026 à 7 h 47 min
Rappelons la construction de ces quartiers pour loger les ouvriers pendant les 30 Glorieuses. Le patronat avait besoin d’ouvriers, les patrons allaient les chercher dans les pays pauvres (ex: le patronat d’Oyonnax (01), avec le développement des plastiques. Les quartiers ont poussé comme des champignons au Minguettes une grue servait pour construire 3 tours en tournant.
Aujourd’hui c’est le chômage et la misère on détruit ces habitats ouvriers et le chômage triomphe sans industrie pour nourrir les familles ouvrières. Les ultra riches se pavanes et les pauvres se nourrissent en discount… le capitalisme a tué la vie des quartiers populaires en France, la solidarité est difficile le Secours Populaire aide les plus démunis. « Les Jours Heureux » sont bien loin.